Covid-19: l'anticoagulation associée à un meilleur pronostic chez les patients hospitalisés

Publié le jeudi 22 octobre 2020
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APM news

WASHINGTON, 21 octobre 2020 (APMnews) - L’administration hospitalière d’anticoagulants, en prophylaxie ou en traitement d'une thrombose, est associée à une mortalité moindre ainsi qu’à un plus faible recours à l’intubation chez les patients hospitalisés atteints de Covid-19, par comparaison avec l’absence d’anticoagulation, selon une étude observationnelle américaine publiée dans le Journal of the American College of Cardiology (JACC).

Dans une analyse préliminaire effectuée sur 2.700 patients hospitalisés pour Covid-19, Girish Nadkarni du Mount Sinai Covid Informatics Center à New-York et ses collègues ont observé une association entre une moindre mortalité et l’administration d’anticoagulants à l’hôpital.

Dans une analyse observationnelle rétrospective utilisant les données des dossiers médicaux électroniques de 5 hôpitaux new-yorkais, ils ont examiné précisément l’association entre la prise d’anticoagulants (en prophylaxie ou en traitement d'une thrombose) et la mortalité, le recours à l’intubation et les saignements majeurs survenus à l’hôpital chez des patients atteints de Covid-19.

Ils ont également décrit les évènements thrombo-emboliques observés à l'autopsie des patients décédés.

Au total, 4.389 patients âgés en médiane de 65 ans ont été inclus dans cette étude: 34,9% n’avaient pas reçu d’anticoagulant (contrôle), 20,5% en avaient bénéficié en traitement car ils présentaient une thrombose (groupe thérapeutique), et 44,6% en avaient reçu dans les 2 jours suivant leur admission à l’hôpital en prophylaxie (groupe prophylaxie).

Près d’un quart des patients (24,4%) sont décédés: 25,6% du groupe contrôle, 21,6% du groupe thérapeutique et 28,6% du groupe prophylaxie.

L’anticoagulation administrée en thérapeutique et en prophylaxie était associée à une mortalité hospitalière diminuée de 47% et 50% respectivement, par rapport à l’absence d’anticoagulation.

Elle était également associée à un moindre recours à l’intubation, avec une diminution de 31% et 28% respectivement, en comparaison du groupe contrôle.

En outre, l’administration d’anticoagulants à titre thérapeutique était associée à une moindre mortalité (-14%) par rapport à son administration prophylactique, mais cette différence n’était pas statistiquement significative.

Les taux de saignements majeurs étaient globalement faibles: des cas étaient rapportés chez 3% des patients du groupe thérapeutique, 1,7% du groupe prophylaxie et 1,9% du groupe contrôle.

Sur les 26 autopsies réalisées, 42% présentaient une maladie thrombo-embolique non suspectée cliniquement, 15% une embolie pulmonaire et 27% étaient sous anticoagulants thérapeutiques.

Les auteurs concluent que l’anticoagulation est associée à une réduction de la mortalité ainsi qu’une réduction du recours à l’intubation chez les patients hospitalisés pour Covid-19.

Ils notent qu’une proportion importante des patients avaient pris plus d'un traitement anticoagulant au cours de son hospitalisation, ce qui empêchait toute comparaison directe entre les anticoagulants, et ajoutent que des études randomisées contrôlées évaluant les différentes stratégies d’anticoagulation chez les patients hospitalisés pour Covid-19 sont nécessaires.

Dans un éditorial, Renato Lopes de la Duke University School of Medicine à Durham (Caroline du Nord) et ses collègues soulignent qu’en l’absence de randomisation, cette étude observationnelle ne permet pas de conclure que l’anticoagulation a causé la réduction observée sur la mortalité et l’intubation.

Ils notent que les raisons pour lesquelles les patients n'ont pas été traités par anticoagulants n'ont pas été décrites dans cette étude et jugent plausible que l’anticoagulation n’ait pas été prescrite en raison de la fragilité des patients, ou de la présence concomitante d’antécédents hémorragiques sévères, d’un saignement, d’une thrombopénie ou d’une coagulopathie, autant de facteurs pouvant impacter le pronostic des patients.

Ils rappellent enfin que le bénéfice de l'anticoagulation dans la réduction des complications thrombotiques est à mettre en balance avec le risque de saignements majeurs qui doit aussi être pris en compte dans les décisions cliniques.

(JACC 2020, vol. 76 n° 16, p1815-1826 )

 

Source : APMnews

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