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Les statines diminuent le risque cardiovasculaire des diabétiques de type 2 même chez ceux à risque faible
Publié le mercredi 7 janvier 2026
Un traitement hypocholestérolémiant par statine diminue le risque d'événement cardiovasculaire ainsi que la mortalité chez les patients diabétiques de type 2, y compris chez ceux considérés à faible risque cardiovasculaire, suggère une étude d'émulation basée sur des données de suivi de patients, publiée par les Annals of Internal Medicine.
Les diabétiques sont à risque cardiovasculaire augmenté par rapport à la population générale et sont donc potentiellement candidats à un traitement préventif par statine. Mais les différentes recommandations disponibles, selon les pays et les sociétés savantes, diffèrent sur les critères qui doivent décider d'un traitement par statine. Notamment, certaines ont un critère d'âge (à partir de 40 ans), d'autres un critère d'estimation du risque d'événement cardiovasculaire (au moins 10% de risque dans les 10 ans), rappellent Vincent Ka Chun Yan de l'université de Hong Kong et ses collègues.
Ils ont voulu voir en particulier si les patients à faible risque tiraient ou non un bénéfice d'un traitement par statine. Pour cela, ils ont travaillé sur une base de données de patients traités en soins primaires au Royaume-Uni d'Iqvia.
Ils ont utilisé le score QRISK3 pour calculer les niveaux de risque et ont défini quatre groupes de patients dont le risque estimé d'événement cardiovasculaire à 10 ans était inférieur à 10%, entre 10 et 19%, entre 20 et 29% et 30% ou plus. Dans chaque groupe, des patients qui ont reçu un traitement par statine ont été comparés à quatre fois plus de patients non traités. Cette étude était conçue comme une émulation d'essai clinique, c'est-à-dire que des patients traités en pratique clinique, mais ayant des caractéristiques similaires, étaient comparés comme s'ils avaient été randomisés dans une étude.
Ce choix de méthodologie a été fait notamment parce que les statines sont des médicaments anciens, génériqués, et qu'il n'y a aucune chance désormais qu'un grand essai randomisé coûteux soit réalisé, expliquent les auteurs. Il fallait donc trouver des méthodes alternatives d'évaluation.
Ils ont étudié 64.589 patients ayant un risque cardiovasculaire à 10 ans inférieur à 10%, 117.630 avec un risque entre 10 et 19%, 101.262 avec un risque entre 20 et 29% et 135.067 avec un risque de 30% ou plus. Globalement, les caractéristiques des patients prenant ou ne prenant pas de statine étaient similaires, hormis un peu plus de patients ayant des taux élevés de cholestérol non-HDL et de triglycérides parmi ceux traités par statine dans le groupe de patients à plus faible risque.
Le traitement par statine a diminué le risque cardiovasculaire ainsi que la mortalité dans tous les groupes, y compris le groupe ayant le plus faible risque. Dans ce groupe, un événement cardiovasculaire est survenu chez 2,91% des patients traités par statine, contre 3,74% de ceux non traités, soit une différence de risque absolu de 0,83% et une baisse de risque relatif de 22%. C'était statistiquement significatif. De même, leur mortalité était respectivement de 2,14% et 2,67%, soit une baisse de risque absolu de 0,53% et une baisse de risque relatif de 20%, également statistiquement significative.
De façon logique, plus on monte dans le niveau de risque, plus les baisses de risque absolu sont importantes, note-t-on. Ainsi, on passe d'une baisse de risque cardiovasculaire absolue de 0,83% dans le premier groupe, à une baisse de 2,14% dans le deuxième groupe, de 2,59% dans le troisième et de 4,57% dans le quatrième. Les baisses de risque absolu étaient respectivement de 22%, 28%, 22% et 21%.
Quant à la sécurité du traitement par statine, les résultats sont rassurants. Les auteurs ont noté une légère augmentation du risque d'atteinte musculaire mais seulement dans un seul des groupes et qui était à la limite de la significativité, et par ailleurs il n'y avait pas d'augmentation significative des dysfonctions hépatiques.
Les auteurs estiment que leurs résultats "ont des implications importantes pour les patients, les cliniciens et ceux qui élaborent les recommandations". En particulier, ils démontrent que dans le groupe à faible risque, qui incluait notamment plus de femmes et plus de patients jeunes que dans les études antérieures, il y a un bénéfice significatif. Notamment pour les femmes diabétiques, celles-ci sont souvent moins traitées par statine alors qu'il est pourtant déjà connu que leur risque cardiovasculaire est plus important que pour les hommes, et l'étude confirme que le bénéfice obtenu par le traitement par statine était plus important.
Les auteurs notent toutefois que dans le groupe à plus faible risque, pour lequel le bénéfice en termes de risque absolu est plus modeste, ce bénéfice n'apparait de façon significative qu'après plus de quatre ans de traitement et il faut donc arriver à obtenir des patients une bonne observance à long terme. Quant au risque, limité, d'atteinte musculaire, ils suggèrent que les patients qui auraient ce type d'effet secondaire pourraient passer à un autre traitement hypolipémiant comme l'acide bempédoïque ou l'ézétimibe.
"Les cliniciens devraient considérer les bénéfices de l'utilisation d'une statine chez tous les patients adultes ayant un diabète de type 2, même quand le risque cardiovasculaire prédit à court terme est faible", concluent-ils.
(Annals of Internal Medicine, publication en ligne du 29 décembre)
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