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La vape semble avoir des effets sur le système cardiorespiratoire et la cancérogenèse (Anses)
Publié le vendredi 6 février 2026
Le vapotage comporte des risques pour la santé liés à l'inhalation de substances toxiques qui sont présentes dans les e-liquides ou qui se forment lors de leur chauffage, conclut l'Agence nationale de sécurité sanitaire, de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) dans un avis et un rapport publiés mercredi 4 février 2026.
"Vapoter est devenu une pratique répandue, exposant à des substances nocives et comportant des risques sanitaires", a résumé le chef de l'unité d'évaluation des produits du tabac et produits connexes de l'Anses, Benoît Labarbe, lors d'une conférence de presse en ligne, mardi, en amont de la publication de ces documents.
Au regard des risques identifiés, l'Anses recommande d'"écarter toute action susceptible d'inciter au vapotage, en particulier en direction des non-fumeurs et des jeunes", et d'éviter toute forme de banalisation de la cigarette électronique", en raison notamment des enjeux de dépendance liés à la nicotine.
Il s'agit également de faire appliquer les règles existantes, comme l'interdiction de vente aux mineurs ainsi que de la publicité et de la promotion des produits du vapotage.
Benoît Labarbe a précisé que l'Anses n'avait "pas été mandatée pour étudier l'effet passerelle" du vapotage en particulier, c'est-à-dire le risque que, notamment, les jeunes non-fumeurs qui se mettent à vapoter commencent à fumer plus facilement.
Concernant les fumeurs, il a tout d'abord rappelé que le tabac fumé avait des effets délétères démontrés. Même si l'Anses reconnaît l'e-cigarette comme une aide au sevrage tabagique, elle doit être envisagée "uniquement comme une option transitoire" pour arrêter de fumer dès que possible. Il s'agit ensuite d'arrêter de vapoter. L'agence souligne ainsi l'importance du rôle que jouent les professionnels de santé auprès des fumeurs et vapoteurs et recommande de renforcer leur information et leur formation sur les produits du vapotage.
Elle recommande également de mieux informer les consommateurs sur les risques associés à leurs pratiques, responsabiliser les fabricants sur la sécurité des dispositifs et des e-liquides, de renforcer l'encadrement des ingrédients et poursuivre la recherche sur les effets à moyen et long termes, en particulier chez les vapoteurs exclusifs. En 2024, 6,5% des adultes déclaraient vapoter tous les jours, selon le baromètre de Santé publique France (cf dépêche du 12/12/2025 à 10:35), soit plus de 3 millions de personnes, ce qui fait du vapotage "une pratique bien installée", a rappelé le directeur de l'évaluation des risques de l'Anses, Eric Vial.
Afin d'éclairer les pouvoirs publics sur les risques sanitaires de la vape, un groupe de travail composé de 14 experts a mené une revue exhaustive de la littérature, associant des données déclaratives, des enquêtes de consommation; des campagnes de mesure et des études de modélisation, a précisé Thibault Mansuy, pharmacien à l'unité d'évaluation des produits du tabac et produits connexes.
Des effets possibles et probables identifiés
Ils ont identifié 106 substances préoccupantes parmi 1.775 identifiées et analysé les données scientifiques avec une pondération selon le niveau de preuves.
Globalement, l'analyse établit que le vapotage est associé à des effets sanitaires possibles à moyen et long termes, a rapporté Carole Leroux, cheffe de projets scientifiques.
Sur le plan cardiovasculaire, une exposition courte au vapotage apparaît avoir des effets hémodynamiques possibles et ils s'avèrent être probables avec une exposition prolongée, en particulier une altération de la fonction endothéliale avec des e-liquides contenant de la nicotine en particulier, une augmentation de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque ainsi qu'une réduction de la réponse hyperémique.
Vapoter semble également avoir des effets possibles sur la circulation sanguine et la rigidité artérielle, avec une exposition courte et prolongée pour cette dernière.
Sur le système respiratoire, il existe des effets possibles sur le risque de survenue de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). En revanche, les données sont insuffisantes concernant un risque d'asthme et de bronchite, pour cette dernière chez les vapoteurs exclusifs en particulier.
Les effets cancérogènes du vapotage sont possibles mais il s'agit des "effets précurseurs du cancer sans que surviennent nécessairement des cancers", a fait observer Carole Leroux. Il s'agit d'effets génotoxiques et mutagènes, d'altérations épigénétiques, de modifications transcriptomiques et de processus néoplasiques.
Les e-cigarettes n'étant arrivées qu'en 2010 sur le marché et les cancers étant des pathologies qui se développent sur le long cours, les études ne permettent pas d'évaluer leur effet cancérogène propre en raison également des parcours des fumeurs. Il faudrait des études approfondies au long cours, a commenté Benoît Labarbe.
L'Anses a en particulier réalisé des études de modélisation des risques liés aux aldéhydes selon différents scénarios d'exposition à la vape. Ces substances, connues pour être présentes dans les e-liquides mais aussi dans la fumée de tabac, sont des cancérogènes certains ou probables.
Les résultats confirment qu'aucune situation d'exposition n'est sans risque.
Enfin, l'analyse de la littérature scientifique a porté sur les enfants exposés in utero au vapotage maternel. Les résultats suggèrent des effets cardiovasculaires et respiratoires possibles.
L'Anses recommande par ailleurs d'informer les usagers qui fabriquent eux-mêmes leur e-liquide, de les sensibiliser sur les risques en particulier liés à des erreurs de surdosage et de mener des travaux sur le vapotage passif notamment en lieux clos.
(Anses, rapport d'expertise collective, "Évaluation des risques sanitaires liés aux produits du vapotage")
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