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Une nouvelle technique prometteuse pour la récupération des greffons cardiaques après arrêt circulatoire

Publié le mercredi 28 janvier 2026

Une nouvelle méthode de récupération du cœur par "conservation ultra-oxygénée prolongée" chez des donneurs décédés en arrêt circulatoire après arrêt des thérapeutiques (Maastricht III) s'est avérée faisable, sûre et efficace sur une première cohorte de 24 receveurs, décrite lundi dans le Journal of the American Medical Association (JAMA).

Cette technique, développée par Aaron Williams et ses collègues de l'université Vanderbilt à Nashville (Tennessee), consiste à injecter, dans le cœur d'un donneur décédé selon un protocole Maastricht III, une solution de conservation froide et oxygénée, puis à prélever le cœur et à le greffer.

Contrairement aux techniques actuellement utilisées à l'international pour le prélèvement cardiaque après arrêt circulatoire, il n'y a pas ici de réanimation du cœur (ex-vivo ou in situ) permettant de vérifier sa viabilité. Sur les 24 patients américains greffés d'un cœur prélevé selon cette technique, 95,8% étaient encore en vie après 30 jours.

Ces résultats préliminaires paraissent assez favorables, mais ils devront être confirmés à six mois et à un an, commente le Pr Julien Guihaire, chirurgien cardiaque à l'Hôpital Marie-Lannelongue (qui fait partie du Groupe hospitalier Paris Saint-Joseph). La greffe cardiaque de cœur prélevé sur des donneurs Maastricht III n'est actuellement pas autorisée en France, rappelle-t-on. Elle est néanmoins réalisée depuis de nombreuses années à l'étranger, notamment au Royaume-Uni, en Australie et aux Etats-Unis.

Deux techniques sont majoritairement utilisées au moment du prélèvement afin de vérifier la viabilité du cœur qui, chez ces donneurs décédés d'arrêt circulatoire, a subi une période d'ischémie chaude. La plus répandue aux Etats-Unis est le prélèvement direct associé à une perfusion ex-vivo oxygénée, qui consiste à faire repartir le cœur sur une machine à perfusion, tandis que les Britanniques réalisent aussi des reperfusions cardiaques in situ, par circulation régionale normothermique avant prélèvement.

Pour le Pr Guihaire, la nouvelle technique développée par les médecins de l'université Vanderbilt serait une approche plus simple que les deux autres. La perfusion ex-vivo a comme désavantages d'être complexe et coûteuse à cause du dispositif de perfusion, tandis que la reperfusion in situ demande des moyens humains et techniques élevés, avec un risque d'endommagement des poumons.

 Les bons résultats obtenus sur cette série de patients pourraient aussi être liés, d'une part, à la méthode de préservation des greffons, qui utilise un nouveau dispositif les plaçant à 10°C et qui rendrait possible une régénération du greffon par rapport à la conservation traditionnelle entre 2 et 8°C; et d'autre part, à la méthode de reperfusion du cœur une fois greffé, qui a été très progressive, pointe le spécialiste français.

Il note à l'inverse que les cœurs ont subi une durée d'ischémie froide élevée, de trois heures et demie en médiane, et jusqu'à sept heures pour un greffon, alors que la durée critique est conventionnellement de quatre heures. Mais il s'agit aussi de cœurs de donneurs américains, en moyenne bien plus jeunes que les donneurs français.

En France, l'autorisation de réaliser des greffes cardiaques à partir de donneurs Maastricht III est espérée pour 2026. Elle se ferait selon un protocole national et pourrait, à terme, augmenter jusqu'à 10% l'activité française de greffe cardiaque.

 

(JAMA, publication en ligne du 26 janvier)

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