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La détection d'une fibrillation atriale quadruplée avec une montre connectée

Publié le jeudi 5 février 2026

Le port d'une montre connectée avec une fonction électrocardiogramme permet de quadrupler le nombre de fibrillations atriales (FA) détectées chez des personnes à risque, montrant l'intérêt d'utiliser en pratique clinique ce type de dispositif, dans une étude randomisée publiée par le Journal of the American College of Cardiology (JACC).

La FA est l'une des causes principales d'accident vasculaire cérébral (AVC) et augmente également le risque d'insuffisance cardiaque. Il y a donc un intérêt majeur à la détecter précocement mais une part importante des FA sont asymptomatiques et restent non détectées en pratique clinique, rappellent Nicole van Steijn de l'Amsterdam University Medical Centre et ses collègues.

Les recommandations européennes préconisent de rechercher une FA chez les personnes de 65 ans et plus à haut risque d'AVC mais jusqu'à présent il n'y a pas d'approche de dépistage généralisée, notamment en raison d'inconvénients des techniques disponibles, notent-ils: les moniteurs cardiaques implantables sont invasifs, coûteux et de ce fait difficilement utilisables à large échelle; les dispositifs non-invasifs de mesure d'électrocardiogramme (ECG) à domicile nécessitent une participation active des patients; les dispositifs portables de photopléthysmographie pour mesurer la fréquence cardiaque nécessitent que les résultats soient ensuite confirmés en consultation avec un ECG, retardant le diagnostic.

 Une smartwatch intégrant à la fois la photopléthysmographie et un ECG, avec télétransmission possible 24 h/24, 7 j/7, pourrait donc avoir un intérêt, en permettant de contourner ces inconvénients. Les chercheurs néerlandais ont conduit l'étude EQUAL, avec la montre connectée Apple Watch*, dans laquelle 437 personnes à risque élevé d'AVC (score CHA2DS2-VASc ≥2 pour les hommes et 3 pour les femmes) ont été randomisées durant six mois entre l'utilisation de ce dispositif et une prise en charge standard (qui a inclus au cours du suivi une mesure du rythme cardiaque pour 22,9% des patients). 

La proportion de patients chez lesquels une nouvelle FA a été détectée était quatre fois plus élevée avec l'Apple Watch*: 9,6% des patients ont été identifiés contre 2,3% dans le groupe contrôle.Dans le groupe utilisant la montre connectée, 57,1% des FA détectées étaient asymptomatiques et n'auraient donc pas été découvertes sans cela. Les auteurs rappellent que le risque thrombo-embolique est comparable que la FA soit symptomatique ou non.

Tous les patients avec une FA, dans les deux groupes, ont initié un traitement anticoagulant. De plus, parmi les 21 patients dans le groupe smartwatch ayant un diagnostic de FA, en fonction des caractéristiques de l'arythmie, six ont initié un traitement anti-arythmique, trois ont été traités par cardioversion et un par ablation. Trois des cinq patients détectés dans le groupe contrôle ont été mis sous anti-arythmique. En montrant la faisabilité et l'intérêt clinique, "cet essai établit un modèle pour l'intégration à grande échelle d'un screening digital en pratique cardiologique de routine", concluent les auteurs.

 Dans une autre étude publiée dans le JACC sous forme de brief report, des chercheurs britanniques ont étudié l'intérêt de la même Apple Watch* dans une autre population: des patients ayant eu une ablation par cathéter de leur FA. Ils rappellent que le risque de récidive symptomatique est élevé dans cette population et cela cause de l'anxiété pour les patients et conduit à des hospitalisations non planifiées; il y aurait donc là aussi un intérêt à détecter plus tôt les récidives de FA.

 L'étude a inclus 168 patients, randomisés entre la montre connectée et une prise en charge standard. Le taux de récidive détectée était plus élevé avec le dispositif: 52,9% des patients contre 34,9% dans le groupe contrôle. De plus, le délai médian avant détection d'une première récidive de FA était plus court: 116 jours contre 132 jours.

Ces détections plus précoces ont permis de diviser par deux le nombre d'hospitalisations non planifiées, indiquent Nikhil Ahluwalia du St Bartholomew Hospital à Londres et ses collègues.

 (JACC, publication en ligne du 22 janvier & publication en ligne du 28 janvier)

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