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Les contaminants alimentaires provenant de la transformation ou des emballages pourraient favoriser l'hypertension
Publié le mardi 30 décembre 2026
Les contaminants alimentaires provenant des emballages et des processus de transformation, de cuisson et de stockage, comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et les composés perfluoroalkylés et polyfluoroalkylés (PFAS), pourraient jouer un rôle dans l'étiologie de l'hypertension, selon des résultats issus de la cohorte française NutriNet-Santé présentés aux Journées francophones de nutrition (JFN), organisées à Lyon.
Les contaminants générés lors des procédés de transformation, notamment la cuisson ou la fumaison (acrylamide, HAP…), et les substances provenant des matériaux au contact des aliments ont des effets suspectés sur la santé mais ils sont "encore peu compris", a observé Xuân Le Folcalvez de l'équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Eren) à Bobigny.
Peu d'études épidémiologiques ont examiné le lien entre l'exposition à ces contaminants et le risque de maladie chronique à long terme, même s'il existe des études sur quelques substances chimiques ayant montré une association avec le cancer, les maladies cardiovasculaires et les troubles cérébraux pour le bisphénol A et les phtalates et juste avec le cancer pour l'acide perfluoro-octanoïque (PFOA), a-t-elle ajouté. Avec ses collègues, elle s'est donc attelée à étudier l'association entre une large gamme de contaminants issus des processus de transformation ou des matériaux au contact des aliments et le risque d'hypertension.
Ils ont recueilli les données de 100.038 participants âgés de plus de 15 ans de la cohorte NutriNet-Santé (79,9% de femmes, âge moyen de 41 ans) dans laquelle les apports alimentaires sont évalués grâce à des enregistrements de 24 heures répétés tous les six mois. Pour estimer les expositions, ils ont utilisé l'"étude de l'alimentation totale (EAT) 2" menée entre 2006 et 2009, dans laquelle l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a dosé des contaminants de sources diverses (environnement, emballages, transformation) sur 212 aliments sélectionnés, représentatifs de 90% du régime alimentaire des Français. Ils ont également fait appel à la base de données Sise-eaux du ministère chargé de la santé pour évaluer les contaminants dans l'eau potable.
Ils ont sélectionné 51 contaminants: l'acrylamide (produits céréaliers et boissons non sucrées comme le café parmi les principaux contributeurs), des HAP (fruits, légumes, féculents, céréales, aliments d'origine animale), des retardateurs de flamme bromés (RFB) et des PFAS (aliments d'origine animale pour les deux). Sur une durée de suivi médiane de 8 ans, 5.451 cas incidents d'hypertension ont été identifiés.
Après ajustement pour les principaux facteurs de risque déjà connus (tabagisme, alcool, apport énergétique, niveau d'activité physique, antécédents d'hypertension…), les chercheurs ont trouvé une association entre la hausse du risque d'hypertension et l'acrylamide (hazard ratio -HR- à 1,12 pour le tercile le plus exposé par rapport au moins exposé), d'une dizaine de retardateurs de flamme bromés (HR entre 1,06 et 1,20), de plusieurs PFAS (PFOS, PFUnA…, HR allant jusqu'à 1,23) et de plusieurs HAP (pyrène, benzo[ghi]pérylène…, HR entre 1,11 et 1,15).
Ils ont également étudié les risques associés à des mélanges de contaminants. "Cette vaste étude de cohorte prospective suggère un rôle potentiel des contaminants alimentaires tels que les hydrocarbures aromatiques polycycliques, les retardateurs de flamme bromés, les PFAS et l'acrylamide dans le développement de l'hypertension", a conclu Xuân Le Folcalvez, tout en soulignant la cohérence de ces résultats avec ceux d'autres études épidémiologiques fondées sur les biomarqueurs.
Parmi les mécanismes plausibles, des études montrent que les PFAS pourraient générer du stress oxydatif, un dysfonctionnement endothélial et une perturbation de l'activité du récepteur activé par les proliférateurs de peroxysomes (PPAR) α, que l'acrylamide pourrait aussi provoquer du stress oxydatif et de l'inflammation et que les RFB pourraient avoir un rôle disruptif dans la régulation de l'adipogenèse, a expliqué la chercheuse.
Conservateurs alimentaires associés à un risque accru d'hypertension et de cancer
Lors de cette même session, deux études ont été présentées sur l'association entre exposition aux additifs alimentaires et risques d'hypertension et de maladies cardiovasculaires et deux autres sur le lien entre conservateurs alimentaires et incidence de maladies cardiovasculaires, de l'hypertension et de cancers, toutes par des chercheuses de l'Eren à Bobigny.
"En 2024, plus de 20% des aliments et boissons industriels référencés sur le site Open Food Facts contenaient au moins un additif conservateur", mais "à ce jour, aucune étude épidémiologique n'a investigué leur impact potentiel sur la santé cardiovasculaire" ou sur le cancer, a pointé Anaïs Hasenböhler. Pour les deux études sur les conservateurs, qui ont également utilisé la cohorte NutriNet-Santé, 2.450 participants ont été diagnostiqués pendant le suivi avec une maladie cardiovasculaire (dont 1.142 pour une maladie cérébrovasculaire et 1.308 pour une maladie coronarienne), 5.544 avec une hypertension et 4.226 avec un cancer (dont 1.208 pour un cancer du sein, 508 pour un cancer de la prostate et 352 pour un cancer colorectal).
Cette "vaste étude de cohorte prospective" a mis en évidence des associations positives entre des expositions à plusieurs conservateurs très utilisés par l'industrie agro-alimentaire et une incidence plus élevée d'au moins une des pathologies étudiées:
- le sorbate de potassium avec les maladies coronariennes (HR à 1,23 pour le tercile à la plus forte exposition par rapport au tercile le moins exposé) et l'hypertension (1,39)
- le métabisulfite de potassium avec l'hypertension (1,16)
- le nitrite de sodium avec l'hypertension (1,16)
- l'acide ascorbique avec les maladies cardiovasculaires (1,15), les maladies cérébrovasculaires (1,18) et l'hypertension (1,14)
- l'ascorbate de sodium avec l'hypertension (1,12)
- l'érythorbate de sodium avec les maladies cardiovasculaires (1,13), les maladies cérébrovasculaires (1,22) et l'hypertension (1,14)
- l'acide citrique avec l'hypertension (1,25)
- l'extrait de romarin avec l'hypertension (1,10).
S'agissant du risque du cancer, "des études expérimentales ont suggéré des effets délétères de certains conservateurs alimentaires à travers des mécanismes impliquant des produits de glycation avancée (AGE) et des activités mutagènes et potentiellement cancérigènes", a rappelé Anaïs Hasenböhler.
Cette large étude en vie réelle a mis en évidence des associations positives entre des expositions à six conservateurs largement utilisés sur le marché européen et une incidence plus élevée de cancer:
- sorbate de potassium avec le risque global de cancer (HR à 1,14) et le cancer du sein (1,26)
- métabisulfite de potassium avec le risque global de cancer (1,11) et le cancer du sein (1,20)
- nitrite de sodium avec le cancer de la prostate (1,32)
- nitrate de potassium avec le risque global de cancer (1,13) et le cancer du sein (1,22)
- acide acétique avec le risque global de cancer (1,12)
- érythorbate de sodium avec le risque global de cancer (1,12) et le cancer du sein (1,21).
"Si ces résultats sont confirmés, ils pourraient appeler à une réévaluation de la sécurité de ces additifs alimentaires par les autorités compétentes pour une meilleure protection des consommateurs", notent les chercheurs. "Ces résultats soutiennent les recommandations visant à favoriser les aliments frais et pas ou peu transformés."
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