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La grande majorité des effets secondaires supposés des statines n'existent pas (méta-analyse)

Publié le vendredi 13 février 2026

La grande majorité des effets secondaires qui sont attribués aux hypocholestérolémiants de la classe des statines et qui sont mentionnés dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP) ne sont en réalité pas augmentés par ces médicaments, montre une grande méta-analyse conduite par une équipe de pharmaco-épidémiologistes britanniques, publiée par le Lancet.

Ce travail a été conduit par la Cholesterol Treatment Trialists' (CTT) Collaboration, qui regroupe les auteurs de grands essais cliniques sur les hypocholestérolémiants sous l'égide de l'unité spécialisée dans les essais cliniques et l'épidémiologie de l'université d'Oxford (Royaume-Uni), connue pour ses grandes méta-analyses.

Ces chercheurs rappellent que le bénéfice cardiovasculaire des statines est largement démontré dans de nombreux essais randomisés de grande taille. Elles "ont été utilisées par des centaines de millions de personnes dans le monde durant les 30 dernières années" et les données montrent que cela a "contribué substantiellement à la réduction de la morbidité et la mortalité cardiovasculaires".

Quelques effets secondaires des statines sont bien connus, comme les cas rares de myopathie ainsi qu'un risque modeste de symptômes musculaires moins sévères, et un risque modéré de diabète, surtout chez des personnes dont la glycémie était déjà proche du seuil de diagnostic d'un diabète, rappellent les auteurs.

Mais "dans des études observationnelles non randomisées et sans aveugle (surveillance post-marketing et notifications de cas), les statines ont été associées à un risque augmenté d'autres effets indésirables", tels que dépression, troubles cognitifs et démences, perturbations du sommeil, neuropathies périphériques, atteintes rénales aiguës, pneumopathie interstitielle, pancréatites…

Ces effets sont souvent mentionnés dans les documents d'information des statines, alors même que pour les auteurs de la méta-analyse, si les études pharmaco-épidémiologiques peuvent être utiles pour découvrir parfois des effets rares de traitements qui n'ont pas été observés avant dans les essais cliniques, elles ne sont pas fiables pour démontrer un lien causal entre un traitement et une complication.

Or des informations sur de possibles effets secondaires de médicaments peuvent conduire soit à l'arrêt du traitement par le patient, soit à ce que le médecin ne prescrive pas le médicament alors qu'il serait utile. Les auteurs citent des données de plusieurs pays montrant que des publications erronées très médiatisées sur des effets secondaires de statines en 2012-2013 ont conduit à de nombreux arrêts de traitements, et donc à ce que des événements cardiovasculaires qui auraient pu être évités aient quand même eu lieu.

Ils ont réalisé une méta-analyse de 19 essais cliniques randomisés de grande taille, sur un total de 123.940 participants, suivis durant 4,5 ans en médiane. Ils se sont intéressés à 66 effets secondaires potentiels. Il s'avère qu'outre les effets musculaires et le diabète déjà cités, seules quatre complications, rares, sont significativement -mais modestement- augmentées.

Il s'agit de l'élévation des transaminases (avec une fréquence de 0,3% par an avec une statine, contre 0,22% avec un placebo, soit une augmentation de risque de 41%), d'autres anomalies de tests de la fonction hépatique (0,25% contre 0,2% par an; augmentation de 26%), d'altérations de la composition de l'urine (0,21% contre 0,18% par an; augmentation de 18%) et d'œdèmes (1,38% contre 1,31% par an; augmentation de 7%).

Pour tous les autres effets potentiels, "notre analyse n'est pas en faveur d'un rôle causal" et donc "des informations fournies dans les résumés des caractéristiques des statines sont non fiables et induisent en erreur" les médecins prescripteurs et les patients, commentent les chercheurs. "Il y a un besoin pressant que les autorités de régulation demandent une révision des RCP des statines et que d'autres sources officielles donnant des informations de santé soient actualisées", concluent-ils.

(The Lancet, publication en ligne du 5 février)
 

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