Un tiers des patients sortant d'hospitalisation pour décompensation cardiaque n'ont pas conscience d'être insuffisants cardiaques

Mis à jour le mardi 11 septembre 2018
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PARIS, 5 septembre 2018 (APMnews) - Plus d'un tiers des patients hospitalisés pour décompensation cardiaque sortent sans savoir qu'ils sont insuffisants cardiaques, révèle une enquête menée par le Groupe insuffisance cardiaque et cardiomyopathies (GICC) de la Société française de cardiologie (SFC), dont les résultats ont été présentés mercredi lors d'une conférence de presse.

Bien qu'il s'agisse d'un problème de santé majeur, l'insuffisance cardiaque est peu connue des Français, a souligné lors de la conférence de presse le président du GICC, Thibaud Damy, cardiologue à hôpital Henri-Mondor (AP-HP, Créteil). Pourtant, 1,5 million de personnes sont concernées en France par cette maladie, qui est à l'origine de 70.000 décès chaque année, a-t-il rappelé.

Le GICC a conduit deux enquêtes afin de déterminer le niveau de connaissance de la population sur l'insuffisance cardiaque. La première enquête, intitulée Premiers symptômes - parcours de soins (IC-PS2) a porté sur des patients hospitalisés pour décompensation cardiaque, tandis que la deuxième, Alerte coeur, a été menée auprès de la population générale.

L'objectif de l'enquête IC-PS2, réalisée au printemps 2018 auprès de 800 patients hospitalisés pour décompensation cardiaque dans 40 centres, a été d'identifier la date d'apparition des premiers symptômes d'insuffisance cardiaque et de décrire le parcours de soins des patients.

Les deux principaux symptômes ayant conduit à l'hospitalisation des patients étaient l'essoufflement (64%) et le gonflement des jambes, des pieds et/ou du ventre (26%). Une fatigue sans raison et une prise de poids rapide (en quelques jours) avaient respectivement conduit à une hospitalisation dans 13% et 10,5% des cas.

Pour 18% des patients, ces symptômes étaient apparus peu de temps avant l'hospitalisation (moins de 48h). Mais près d'un tiers (31%) présentaient des symptômes depuis au moins deux mois (avec une moyenne, dans ce groupe, à 4,6 mois).
 » que ces situations se produisent, et elles sont la conséquence de la méconnaissance, à la fois des patients et des médecins, des symptômes de l'insuffisance cardiaque.

« Si le diagnostic avait été évoqué auparavant, le bon traitement aurait été mis en route, il n'y aurait pas eu de détérioration et les patients n'auraient probablement pas été hospitalisés », a-t-elle noté.

Symptômes d'alerte mal connus

Cette méconnaissance a également été constatée dans le cadre de l'enquête Alerte coeur, menée auprès de la population générale (4.906 participants de 18 ans et plus). Elle révèle que si 7 personnes sur 10 ont déjà entendu parler de l'insuffisance cardiaque, les symptômes d'alerte sont mal connus, avec seulement 6% des participants considérant qu'une prise de poids rapide ou la présence d'un oedème étaient des signes d'alerte d'un éventuel problème cardiaque. Les symptômes d'essoufflement (45%) et de fatigue sans raison (22%) étaient pour leur part un peu mieux connus.

L'enquête IC-PS2 révèle également qu'après leur hospitalisation pour décompensation cardiaque, seulement deux tiers des patients étaient conscients de souffrir d'insuffisance cardiaque. Ils étaient 23% à penser souffrir d'insuffisance respiratoire et 2,6% d'insuffisance veineuse. Près de 6% des patients ont indiqué ne pas connaître le diagnostic de leur maladie.

« L'étude IC-PS2 a été faite avec une grande partie des membres [du GICC], qui sont spécialisés dans l'insuffisance cardiaque, et pour autant, dans nos unités, les patients sortent sans savoir qu'ils sont insuffisants cardiaques dans 35% des cas », a noté Thibaud Damy. « C'est clairement qu'on est complètement débordés et que les médecins ne peuvent pas tout faire eux-mêmes », a-t-il estimé, préconisant un transfert de compétences aux infirmiers diplômés d'Etat (IDE), à l'échelle nationale, pour certains aspects comme la titration des médicaments ou le télémonitoring.

Le cardiologue a précisé qu'un processus de validation relatif à un transfert de compétences à l'hôpital Henri-Mondor avait été lancé. Un dossier de coopération est actuellement en cours de validation à l'AP-HP et devrait être envoyé à l'Agence régionale de santé (ARS) Ile-de-France courant septembre, avant d'être transmis à la Haute autorité de santé (HAS), a-t-il indiqué.

De plus, afin d'améliorer la visibilité de la filière de soins de l'insuffisance cardiaque, le GICC recense actuellement, au niveau national, tous les spécialistes de l'insuffisance cardiaque travaillant en structure hospitalière publique ou privée. Ces données, qui seront publiques et consultables par tous sur le site internet du GICC, ont pour objectif d'aider à l'orientation des patients.

A terme, il doit également identifier les spécialistes du secteur libéral (cardiologues de ville, infirmiers...), afin de mieux coordonner la sortie du patient de l'hôpital. La première phase du recensement (relatif aux structures hospitalières) doit être finalisée pour les journées francophones de l'insuffisance cardiaque (JFIC) qui auront lieu les 20 et 21 septembre à Lille, a indiqué Thibaud Damy.

Lors de cet événement, le GICC présentera également une nouvelle application pour smartphone, intitulée Mon coeur. Destinée aux patients insuffisants cardiaques, elle a pour objectif d'améliorer l'observance du traitement et d'aider le patient à mieux comprendre sa maladie.

Source : APM International

 

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