La prévalence de l'hypertension artérielle en France n'a pas baissé depuis 2006

Mis à jour le jeudi 26 avril 2018
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SAINT-MAURICE (Val-de-Marne), 24 avril 2018 (APMnews) - Aucune diminution de la prévalence de l'hypertension artérielle (HTA) n'a été observée en France entre 2006 et 2015, pas plus que n'a été constatée une amélioration de son dépistage et de sa prise en charge, alerte Santé publique France dans son Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) diffusé mardi.

L'hypertension artérielle, qui touche près d'un adulte sur trois en France, constitue un facteur de risque majeur de pathologies cardioneurovasculaires, rappellent Anne-Laure Perrine de Santé publique France et ses collègues.

Au travers de l'étude Esteban, leur objectif a été d'estimer la prévalence de l'hypertension artérielle en France, son dépistage et sa prise en charge, en 2015. Les chercheurs se sont également attachés à comparer ces données à celles de l'étude nationale nutrition santé (ENNS) de 2006, afin d'en étudier les évolutions.

Ils ont mené leur étude sur 2.169 adultes (1.195 femmes et 974 hommes) ayant eu au moins deux mesures de leur pression artérielle entre 2014 et 2016.

Au total 30,6% des participants étaient concernés par une hypertension artérielle, définie par des valeurs de pression artérielle (PA) systolique supérieure ou égale à 140 mmHg et/ou de PA diastolique supérieure ou égale à 90 mmHg ou le remboursement d'au moins un traitement à action anti-hypertensive. En 2006, lors de l'étude ENNS, cette proportion était de 31%.

L'hypertension touchait davantage les hommes que les femmes, avec une prévalence respective de 36,5% et 25,1%. La prévalence augmentait avec l'âge, passant de 6,3% chez les 18-34 ans à 67,8% chez les 65-74 ans.

Alors que 84% des participants déclaraient avoir eu une mesure de la pression artérielle dans l'année précédant l'examen de santé, seule une personne hypertendue sur 2 (55%) avait connaissance de son hypertension. Et parmi les personnes hypertendues -qu'ils connaissent ou non leur condition-, 47,3% étaient traitées par un médicament à action anti-hypertensive. Les chercheurs notent que près de 15% des personnes traitées ne déclaraient pas d'hypertension connue.

Chez les personnes prenant un traitement, seule une sur deux avait une pression artérielle contrôlée (41,4% chez les hommes et 60,1% chez les femmes).

Par rapport aux résultats de l'enquête ENNS 2006, la valeur moyenne de la PA systolique est restée stable chez les hommes mais a significativement augmenté chez les femmes, quelle que soit leur tranche d'âge. La PA diastolique moyenne a pour sa part diminué de manière significative chez les hommes de 35 à 74 ans et chez les femmes de 65 à 74 ans. Mais la proportion de personnes concernées par une PA trop élevée est restée stable entre 2006 et 2015.

De plus, la proportion de personnes avec une hypertension connue traitée a diminué de manière significative entre les deux études, passant de 82% en 2006 à 72,6% en 2015. Cette diminution était "complètement imputable aux femmes", la proportion d'hypertendues connues traitées étant passée de 86,6% à 70,7% sur cette période (cf également dépêche du 09/03/2018 à 19:32).

"Contrairement à la diminution observée dans la plupart des autres pays, la prévalence de l'hypertension artérielle est restée stable en France, avec près d'un adulte sur trois hypertendu", soulignent les auteurs. "Dans ce contexte, il est primordial de poursuivre les efforts de prévention en matière d'activité physique et de nutrition, principaux déterminants de l'hypertension artérielle, et d'identifier les causes de la diminution de la proportion de femmes hypertendues traitées afin de pouvoir améliorer, de manière significative, la prise en charge de cette pathologie."

Bénéfices de l'adhésion aux recommandations européennes

Dans une autre étude parue également dans le BEH, Emilie Bérard de l'université de Toulouse et ses collègues se sont justement intéressés à l'impact sur le risque cardiovasculaire des recommandations de prévention -qui reposent sur la promotion d'une hygiène de vie saine et sur le contrôle des facteurs de risque.

Ils se sont pour cela concentrés sur les recommandations européennes émises par la Société européenne de cardiologie en 2016. Ces recommandations visent le tabac, la consommation d'alcool, l'activité physique, l'indice de masse corporelle, la pression artérielle, le LDL cholestérol, le HDL cholestérol, la glycémie à jeun et la nutrition.

Les chercheurs ont calculé un score d'adhésion aux recommandations pour 1.311 participants issus de la 3e enquête en population du projet Monica. Ils étaient âgés de 35 à 64 ans et étaient de sexe masculin pour 73% d'entre eux.

Durant le suivi, 186 décès ont été enregistrés, dont 41 de cause cardiovasculaire.

Le risque de mortalité cardiovasculaire était triplé chez les participants les moins adhérents aux recommandations (4e quartile) par rapport à ceux des 1e, 2e et 3e quartiles. Ce résultat était statistiquement significatif.

De plus, les personnes du 4e quartile présentaient un risque de mortalité totale multiplié par 2,27 par rapport aux autres groupes.

Les chercheurs en concluent qu'une "meilleure adhésion aux recommandations de prévention cardiovasculaire de la Société européenne de cardiologie de 2016 est associée significativement à une réduction du risque de mortalité cardiovasculaire et du risque de mortalité totale dans un échantillon français représentatif".(BEH, 24 avril, n°10, p169-186).

Source : APM International

Mots clés: Prévention Prévention

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