Risque cardiovasculaire : réduire les apports sodiques n'est efficace que dans les populations en consommant plus de 5g/j

Publié le mardi 14 août 2018
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LONDRES, 10 août 2018 (APMnews) - Diminuer l'apport de sodium ne serait efficace qu'à une échelle communautaire plutôt qu'individuelle, chez les populations qui en consomment plus de 5g/jour, selon une étude prospective publiée dans le Lancet.

La réduction de l'apport en sodium à l'échelle de la population pour réduire les maladies cardiovasculaires et la mortalité est recommandée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette dernière préconise en prévention du risque cardiovasculaire une consommation moyenne au niveau de la population de 2 g/j, mais cela n'a été atteint dans aucun pays, rappellent Andrew Mente de la Health Sciences and MacMaster University à Hamilton au Canada et ses collègues.

Cette recommandation est basée sur des données individuelles issues d'essais à court terme sur la pression artérielle, mais sans données provenant d'essais randomisés ou d'études observationnelles sur le taux d'évènements cardiovasculaires ou de mortalité.

Ils ont étudié les associations entre les apports moyens de sodium et de potassium, à l'échelle d'une communauté, et les maladies cardiovasculaires et la mortalité. Leur analyse a été réalisée chez des individus âgés de 35 à 70 ans recrutés dans la population générale dans un grand nombre de communautés de 18 pays différents, pendant un suivi médian de 8,1 ans.

La pression artérielle a été évaluée chez 95.767 participants de 369 communautés et les résultats cardiovasculaires chez 82.544 participants issus de 255 communautés.

Ils ont constaté que 80% des communautés chinoises avaient un apport moyen de sodium supérieur à 5g/j, alors que cet apport était en moyenne de 3-5g/j dans 84% des 266 communautés des autres pays.

Dans l'ensemble, la pression artérielle systolique moyenne a augmenté de 2,86 mmHg par gramme supplémentaire d'apport en sodium moyen.

Les chercheurs ont constaté une association positive significative entre l'apport de sodium moyen et le taux moyen d'événements cardiovasculaires global (0.66 événement pour 1.000 années par gramme supplémentaire de sodium, dans toutes les communautés).
Quant à l'association positive observée entre la consommation de sodium et les événements cardiovasculaires majeurs, elle était similaire dans toutes les communautés.

Toutefois, cette association était inversée de manière significative dans le plus bas tertile de l'apport en sodium : en dessous d'un certain seuil, la diminution supplémentaire de l'apport en sodium augmente le risque d'évènements cardiovasculaires.

L'association entre chaque gramme supplémentaire de sodium et les événements cardiovasculaires majeurs était principalement due aux accidents vasculaires cérébraux (AVC), mais cette association positive a été retrouvée uniquement parmi les communautés du tertile supérieur de l'apport en sodium (> 5,08 g/j), qui étaient largement confinées à la Chine (apport moyen de sodium 5,58 g/j, 0,42 événément par g supplémentaire pour 1.000 années), contrairement aux autres pays (4,49 g/j, -0,26 événement par g de sodium supplémentaire). 
En revanche, les chercheurs ont observé qu'un apport plus élevé en sodium était associé à des taux plus faibles d'infarctus du myocarde et de mortalité totale.


Par ailleurs, les taux d'AVC, de décès cardiovasculaires et de mortalité totale ont diminué avec l'augmentation de l'apport en potassium dans toutes les communautés/pays. "Cependant, on ne sait pas si le potassium lui-même est protecteur ou s'il pourrait simplement être un marqueur d'une alimentation saine", commentent les auteurs.

"Une stratégie de réduction du sodium ciblant les communautés et les pays ayant un apport moyen en sodium élevé (par exemple > 5 g/j) pourrait être préférable à une stratégie mondiale" concluent les chercheurs. "En revanche, il est possible d’augmenter la consommation d’aliments riches en potassium, comme les fruits et les légumes, dans le monde entier", ajoutent-ils.

"La recommandation de réduire la consommation de sodium à 2g/jour est entre autres basée sur l'hypothèse que toute approche visant à réduire la pression artérielle se traduira nécessairement par un risque plus faible de maladie cardiovasculaire sans conséquences imprévues", commente Andrew Mente dans un communiqué du Lancet.

Mais "bien que l'apport faible en sodium réduise la pression artérielle, il peut aussi provoquer des élévations indésirables de certaines hormones associées à une augmentation du risque de décès et de maladies cardiovasculaires", explique-t-il.

(Lancet, publication en ligne du 9 août)

Source : APM International

Thibaud DAMY

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