Une atteinte cardiaque non diagnostiquée chez plus de 10% des patients diabétiques

Publié le mardi 14 avril 2026

Plus de 10% des patients présentant un risque métabolique, notamment les personnes diabétiques, présenteraient une atteinte cardiaque encore non diagnostiquée, a évalué une étude de cohorte française présentée au congrès de la Société francophone du diabète (SFD), à Lyon.

L'étude METAB-HEART a été conduite à partir d'une cohorte de 1.430 patients, diabétiques ou obèses, sans pathologie cardiaque connue, suivis entre 2021 et 2024 aux hôpitaux Avicenne et Jean-Verdier, respectivement à Bobigny et Bondy (Seine-Saint-Denis, AP-HP). Elle a été présentée par le Pr Emmanuel Cosson, qui exerce dans les deux établissements.

Dans cette cohorte, 347 patients ont été suspectés d'un trouble cardiaque, dont 155 ont présenté une échographie cardiaque anormale. Cela a surtout permis de diagnostiquer des déformations longitudinales (96 patients) et des hypertrophies ventriculaires gauches (76).

La prévalence des atteintes cardiaques initialement non diagnostiquées s'élève donc à au moins 10,8 % de l'ensemble de la cohorte. Elle est notamment élevée chez les patients diabétiques avec obésité (jusqu'à 15 %) et sans obésité (12 %), mais faible chez les obèses non diabétiques (2,3 %).

Sur les 284 patients qui ont eu une échographie pour suspicion d'un trouble cardiaque, la prévalence a été de 54,6 %.

Le tri des patients éligibles à l'échographie a été fait selon quatre critères :

  • la présence de symptômes ou signes cliniques,
  • la présence d'une anomalie à l'électrocardiogramme,
  • un taux de NT-proBNP supérieur à 125 ng/L,
  • ou un taux de troponine supérieur à 14 ng/L.

Les deux marqueurs sanguins ont chacun permis d'identifier plus de la moitié des patients à risque.

Plusieurs déterminants d'une atteinte cardiaque non diagnostiquée ont été identifiés chez les patients diabétiques : 

  • un âge avancé,
  • le diabète de type 2,
  • une durée plus longue de diabète,
  • une insuffisance rénale (même traitée par inhibiteur du SGLT2),
  • une dyslipidémie,
  • de l'hypertension.

En revanche, l'indice de masse corporelle (IMC), l'hémoglobine glyquée (HbA1c) et le statut tabagique ne ressortaient pas comme facteurs associés au risque d'atteinte cardiaque.

Prendre en compte la rétinopathie dans l'évaluation du risque cardiovasculaire

Dans la même session, le Pr Olivier Bourron de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris (AP-HP) a présenté des données montrant l'intérêt d'ajouter la rétinopathie et le tabagisme au score calcique coronaire (CAC) -un biomarqueur d'imagerie prédictif du risque cardiovasculaire- pour mieux évaluer ce risque chez les diabétiques de type 2.

Ses résultats reposent sur une analyse de la cohorte ACCoDiab, comprenant 424 diabétiques de type 2 ayant réalisé un bilan cardiométabolique en hôpital de jour, puis suivis en prospectif pendant sept ans.

En plus du score calcique coronaire, deux autres facteurs se sont montrés indépendamment associés au risque cardiovasculaire : la rétinopathie (proliférante ou non) et le statut tabagique.

Prendre en compte ces deux facteurs permettrait de reclasser les patients identifiés comme à risque cardiovasculaire faible ou intermédiaire selon le CAC seul (c'est-à-dire avec un score entre 1 et 399). Ces patients se répartiraient en fait entre risque très faible (inférieur à 4 % sur sept ans) en l'absence de rétinopathie et de tabagisme et risque très élevé (d'environ 25 %) s'ils sont atteints de rétinopathie et s'ils fument. Avec seulement du tabagisme, leur risque cardiovasculaire serait intermédiaire (environ 7 %) tandis qu'avec seulement une rétinopathie, leur risque serait élevé (environ 13 %).

Selon le Pr Bourron, "la rétinopathie permet de mieux capter le risque résiduel qui n'est pas mesuré dans les valeurs les plus faibles de score calcique, donc il y a un intérêt à prendre en compte cette rétinopathie""Cela pousserait à intensifier les traitements préventifs cardiovasculaires chez ces patients qui ont un diabète de type 2, une rétinopathie et un CAC subnormal ou modérément augmenté", a-t-il avancé.

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