De nouvelles pistes de traitement pour les dyslipidémies au congrès de l'ESC

Publié le jeudi 3 septembre 2026

Plusieurs études de stade précoce présentées au congrès de l'European Society of Cardiology (ESC) à Munich suggèrent de nouvelles voies de traitements des dyslipidémies.

Contre la Lp(a)

C'est le cas notamment d'études sur des molécules ciblant la lipoprotéine Lp(a), un facteur de risque de maladie cardiovasculaire athérosclérotique indépendant des autres facteurs, génétiquement déterminé et sur lequel les statines ont un effet minimal et les anti-PCSK9 un effet modeste, comme l'a rappelé Dan Zhu de l'hôpital universitaire de Pékin.

Elle a présenté une étude sur l'HRS-5346 (Shandong Suncadia Medicine), petite molécule administrée par voie orale qui agit comme inhibiteur de l'assemblage de la Lp(a) en bloquant la liaison entre l'apo(a) et l'apo B-100.

Dans une étude de phase II, 120 patients à haut risque avec un taux élevé de Lp(a) (au moins 0,6 g/l), traités par statine et d'autres hypolipémiants, ont été randomisés entre trois doses d'HRS-5346 et un placebo durant 12 semaines.

Les trois doses ont permis de diminuer le taux de Lp(a) de façon significative, la baisse était de 67 % à 86 % selon la dose.

La proportion de patients dont le taux de Lp(a) est descendu en dessous de 0,5 g/l était d'environ 80 %. Pour une baisse en dessous de 0,3 g/l, la proportion se situait entre 36,7 % et 60 %.

C'était accompagné d'une baisse, modeste, du taux de LDL-cholestérol, de 11 % à 18 % selon la dose.

Le traitement a été bien toléré. Il n'y a pas eu d'augmentation des enzymes hépatiques.

Ces résultats préliminaires ouvrent donc la voie à une évaluation dans des essais à long terme visant à déterminer l'effet de l'HRS-5346 sur le risque d'événement cardiovasculaire.

ARN interférents

D'autres modes de traitement sont évalués pour cibler la Lp(a), comme les ARN interférents, qui agissent en amont, directement en inhibant la production d'apo(a).

Dans une étude présentée par Ashish Sarraju de la Cleveland Clinic, le Kylo-11 (Kylonova Biopharma) a montré un intérêt dans une étude pilote sur une seule dose, chez 70 patients. Une baisse de plus de 90 % de la Lp(a) a été obtenue, durable jusqu'à 48 semaines.

Cela confirme l'intérêt de cette stratégie, déjà suggéré avec le lépodisiran (Lilly) : dans une phase II, il a produit une diminution de 95 % de la Lp(a) durant un an, a rappelé Steve Nissen, lui aussi de la Cleveland Clinic.

À l'ESC, il a présenté de nouvelles données sur l'effet du lépodisiran, montrant qu'il diminue de façon majeure les phospholipides oxydés qui sont portés par la Lp(a) et qui seraient importants pour l'effet défavorable de la Lp(a). Ce résultat apporte un élément supplémentaire validant l'intérêt de ce traitement, qui est d'ores et déjà en cours d'évaluation en phase III.

Contre ANGPTL3

Une autre piste suivie depuis un certain temps, spécialement dans le traitement de l'hypercholestérolémie familiale homozygote, consiste à cibler ANGPTL3, l'angiopoietin-like 3, qui a émergé comme cible potentielle pour cette forme particulièrement grave d'hypocholestérolémie.

Des traitements ont déjà fait leurs preuves comme l'évinacumab (Evkeeza*, Ultragenyx), déjà commercialisé. Daoquan Peng de l'hôpital universitaire de Changsa (Chine) a présenté une étude randomisée sur le rivocibart (ou SHR-1918, Beijing Suncadia Pharmaceuticals), anticorps totalement humanisé de longue durée d'action.

Ce sont 54 patients déjà sous hypolipémiant qui ont été randomisés entre le rivocibart et un placebo donnés en sous-cutané tous les mois.

Après trois mois, le taux de LDL-cholestérol, qui était au départ d'environ 9 mmol/l (environ 3,5 g/l), a été diminué de près de 60 %, alors qu'avec le placebo, il y avait une augmentation de 5 %. Ce sont 83 % des patients qui ont pu obtenir une réduction d'au moins 50 % de leur taux de LDL-C, a indiqué le chercheur chinois.

D'autres voies d'action contre ANGPTL3 sont évaluées, comme l'utilisation d'ARN interférents qui, comme pour les études ci-dessus sur la Lp(a), agissent en inhibant l'expression d'un gène. Zhuang Tian du Peking Union Medical College Hospital à Pékin a présenté une phase III sur un tel produit, le vsa003 (Visirna Therapeutics HK).

Chez 46 patients présentant aussi une hypercholestérolémie familiale homozygote, randomisés entre le vsa003 sous-cutané et un placebo (donnés au départ puis à J30 et J90), après six mois le taux de LDL-C a été diminué de 44 %. Ce bénéfice était apparent que les patients soient ou non traités par ailleurs par un anti-PCSK9, a noté la chercheuse.

Une thérapie d'édition du génome

C'est une voie d'action sur ANGPTL3 totalement différente qui a été présentée par Luke Joseph Laffin de la Cleveland Clinic. L'idée est d'avoir un one-time treatment, traitement unique permettant de définitivement bloquer cette protéine et durablement diminuer le risque cardiovasculaire.

Pour cela, a été évaluée une stratégie d'édition du génome, via le système CRISPR-Cas9 qui consiste à créer une modification dans un gène. Dans ce cas précis, il s'agit d'induire une mutation de perte de fonction du gène ANGPTL3. Ce faisant, on imite une mutation naturelle qui confère aux personnes qui la portent un faible risque de maladie cardiovasculaire athérosclérotique, a noté le chercheur américain.

Des données préliminaires d'une étude pilote ont déjà été publiées, montrent une baisse du LDL-C allant jusqu'à -49 % après 60 jours. Il a présenté des résultats de suivi à un an : à la dose maximale évaluée, le taux de LDL-C était diminué de 52,5 %, de façon corrélée à la baisse de 79 % du taux d'ANGPTL3. Une baisse de 48 % des triglycérides était également observée.

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