4 minutes de lecture
Étude STAREE : Faut-il prescrire une statine en prévention primaire après 70 ans ?
ESC 2026
Publié le dimanche 30 août 2026
D’après la présentation de l’étude STAREE à l’ESC 2026 par le Pr Sophia Zoungas (Sydney, Australie).
Messages clés
- Chez des sujets de 70 ans ou plus, autonomes, sans maladie cardiovasculaire clinique, diabète ni démence, l’atorvastatine 40 mg réduit de 30 % le risque relatif d’événements cardiovasculaires majeurs sans bénéfice démontré sur la survie sans incapacité.
- Le bénéfice cardiovasculaire est notamment porté par la réduction des infarctus du myocarde et des revascularisations, sans réduction démontrée de la mortalité cardiovasculaire.
- L’âge seul ne paraît donc plus devoir constituer un motif pour écarter une statine en prévention primaire, mais la décision doit rester individualisée.
La place des statines en prévention cardiovasculaire primaire chez le sujet âgé reste débattue, en raison d’une sous-représentation historique de cette population dans les essais randomisés. STAREE (STAtins for Reducing Events in the Elderly) a été spécifiquement conçue pour répondre à cette question chez des sujets âgés sans maladie cardiovasculaire constituée.
L’objectif était d’évaluer si l’instauration d’une statine permettait non seulement de réduire les événements cardiovasculaires majeurs, mais également de prolonger la survie sans démence ni handicap chez des personnes âgées vivant de manière autonome.
Méthode de l’essai STAREE
STAREE est un essai randomisé, contrôlé contre placebo, en double aveugle, mené en Australie. Au total, 9 971 participants âgés de ≥70 ans ont été randomisés pour recevoir soit atorvastatine 40 mg par jour par voie orale, soit un placebo.
La population étudiée était constituée de sujets âgés vivant à domicile, autonomes et ambulatoires, sans antécédent de maladie cardiovasculaire clinique. Les principales situations exclues comprenaient notamment une maladie cardiovasculaire préexistante, une démence ou un diabète. L’âge moyen de la population étudiée était de 74,7 ans et 52 % des participants étaient des femmes. Le suivi médian était de 5,9 ans.
L’étude évaluait notamment deux enjeux majeurs :
- la survenue d’événements cardiovasculaires majeurs (MACE), définis par un critère composite associant décès cardiovasculaire, infarctus du myocarde non fatal, accident vasculaire cérébral ou revascularisation coronaire ;
- la survie sans handicap, intégrant décès, démence ou handicap physique persistant.
Résultats
Le traitement par atorvastatine a entraîné une diminution importante du LDL-cholestérol, d’environ 126 mg/dL à l’inclusion à 79 mg/dL au cours du suivi, contre environ 111 mg/dL sous placebo.
Concernant les événements cardiovasculaires majeurs, 297 participants (6,0 %) sous atorvastatine contre 412 (8,3 %) sous placebo ont présenté un événement, correspondant à une réduction relative du risque de 30 % (HR 0,70 ; IC95 % 0,61–0,82 ; p<0,001). Le bénéfice était notamment porté par la diminution des infarctus du myocarde et des revascularisations coronaires. Le nombre nécessaire à traiter pour éviter un événement sur environ 6 ans était de 37. L’effet apparaissait cohérent chez les participants âgés de 70–74 ans comme chez ceux âgés de ≥75 ans. Cette réduction des événements cardiovasculaires ne s’accompagnait cependant pas d’une réduction de la mortalité cardiovasculaire (HR 1,00), ni d’une réduction statistiquement significative de la mortalité toutes causes (HR 0,91).
En revanche, la survie sans incapacité, intégrant décès, démence ou handicap physique persistant, ne différait pas significativement entre les deux groupes (HR 0,94 ; IC95 % 0,84–1,05 ; p=0,25).
Les événements indésirables musculaires, hépatiques et liés au diabète étaient plus fréquents dans le groupe atorvastatine. Toutefois, les événements indésirables graves étaient globalement rares et survenaient dans des proportions identiques dans les deux groupes : 2,7 % sous atorvastatine comme sous placebo.
Ainsi, STAREE démontre avant tout une prévention des événements cardiovasculaires, sans démontrer de bénéfice sur la survie sans handicap.
Courbes d’incidence cumulée des événements cardiovasculaires majeurs sous atorvastatine et placebo, illustrant la réduction significative du risque sous atorvastatine (HR 0,70 ; IC95 % 0,61–0,82 ; p<0,001).
Référence bibliographique
Zoungas S, et al. Atorvastatin, cardiovascular events, and disability-free survival in older adults. N Engl J Med. 2026. doi:10.1056/NEJMoa2607314.
Conclusion
STAREE apporte une réponse importante à une question jusqu’ici insuffisamment documentée : chez des sujets âgés de 70 ans ou plus, sans maladie cardiovasculaire constituée, donc en prévention primaire, le traitement par atorvastatine réduit significativement la survenue d’événements cardiovasculaires majeurs.
À noter cependant que, comme l’a souligné le Pr François Mach (Genève, Suisse) lors de la discussion de l’étude, la population de STAREE reste sélectionnée : les sujets fragiles et multimorbides étaient peu représentés, seuls 3,8 à 4,4 % avaient ≥ 85 ans, et 98 % des participants étaient blancs. L’extrapolation des résultats au patient très âgé, fragile et polymédiqué doit donc rester prudente.
STAREE apporte ainsi des données majeures en faveur de la prévention cardiovasculaire primaire après 70 ans, tout en rappelant que la réduction des événements cardiovasculaires ne se traduit pas nécessairement par un allongement de la survie ni par un vieillissement sans handicap.
Ces résultats pourraient faire évoluer la pratique en suggérant que l’âge, à lui seul, ne devrait plus constituer un argument pour renoncer à une statine en prévention primaire. Ils ne doivent cependant pas conduire à traiter systématiquement toute personne de plus de 70 ans. La décision d’instaurer une statine chez le sujet âgé doit ainsi rester individualisée, en intégrant le risque cardiovasculaire absolu, l’espérance de vie, la fragilité, la charge thérapeutique et les préférences du patient.



