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La contention en psychiatrie associée à un risque accru de thrombo-embolisme veineux
Publié le mardi 21 juillet 2026
La contention mécanique des patients en hôpital psychiatrique est associée à un risque accru de thrombo-embolisme veineux, selon une étude danoise publiée dans The British Medical Journal (BMJ).
Même si le risque absolu est faible, ces résultats sont en faveur de la poursuite des efforts pour réduire le recours et la durée de la contention lorsque cela est possible, commente la revue britannique dans un communiqué.
La mobilité réduite est un facteur de risque établi de thrombo-embolisme veineux chez les patients hospitalisés. En psychiatrie, la mobilité peut être limitée par des mesures coercitives, notamment par contention physique, rappellent Jakob Hansen Viuff de l'hôpital universitaire d'Aarhus et ses collègues.
Bien que controversée, la contention mécanique reste utilisée dans la plupart des pays. Lorsque les données sont disponibles, il ressort qu'elle peut être utilisée pour moins de 1 % des patients et jusqu'à plus de la moitié, un quart environ en Europe. En France, le gouvernement a fixé un objectif de "zéro contention à l'horizon 2030" en psychiatrie, rappelle-t-on (cf dépêche du 02/06/2026 à 19:03).
Bien qu'il soit connu que les patients avec une maladie mentale présentent un risque accru de thrombo-embolisme veineux, en partie en lien avec de multiples facteurs de risque somatiques mais aussi liés à leur mode de vie, comme le manque d'activité et le tabagisme, les conséquences de la contention sur leur santé physique restent inexplorées.
Dans cette étude, les chercheurs ont voulu évaluer le risque de thrombo-embolisme veineux chez des patients exposés à la contention dans des hôpitaux danois.
Pour cela, ils ont utilisé les données de plusieurs registres nationaux et réalisé une étude de cohorte, avec la contention chimique pour comparaison, et une étude de cas autocontrôlés.
L'étude de cohorte a porté sur un total de 24.423 patients (40,5 ans en médiane, 68,1 % d'hommes) dont 10.208 exposés à la contention mécanique (41,8 %) et 14.215 à la contention chimique.
La contention mécanique était le plus souvent mise en place le jour de l'hospitalisation (48,3 %) et durait 31,5 heures en médiane.
Après pondération sur score de propension, l'analyse a porté sur 10.208 patients exposés à une contention mécanique et 10.230 à une contention chimique. Il apparaît que l'incidence cumulée des événements thrombo-emboliques veineux, incidents et récurrents, à 30 jours de suivi était de respectivement 3,5 et 1,7 cas pour 1.000, soit un rapport des risques statistiquement significatif de 2,1 et un événement pour 548 patients exposés à la contention mécanique.
Le risque atteignait un pic peu après la contention, puis diminuait progressivement en une semaine. À 30 jours de suivi, le rapport des risques restait significatif, de 1,7 et, pour les événements incidents uniquement, de 1,9.
L'étude de cas autocontrôlés a porté sur 1.285 patients avec un événement thrombo-embolique veineux incident survenant à l'inclusion ou au cours d'une période à risque (entre le jour de la contention mécanique et jusqu'à 90 jours de suivi).
Le ratio des taux d'incidence au cours des deux semaines suivant la contention était de 4,5 par rapport à la période initiale, puis n'était plus significatif entre les deuxième et troisième semaines (J15 à J29) après la contention et au cours des deux mois de suivi après (J30 à J90).
La stase veineuse favorisée par l'immobilisation
Globalement, ces résultats suggèrent que chez les patients hospitalisés en psychiatrie, la contention mécanique augmente le risque d'événement thrombo-embolique : il est plus que quadruplé au cours des 14 jours qui suivent et, par rapport à la contention chimique, il est doublé au cours du mois qui suit.
Le mécanisme physiopathologique le plus plausible pour lier contention mécanique et thrombo-embolisme veineux est l'immobilisation, qui favorise la stase veineuse et empêche le retour veineux, supposent les chercheurs, rappelant que l'inactivité physique prolongée est connue pour favoriser la formation de caillots sanguins et constituer un facteur de risque d'événements thrombo-emboliques.
Sur le plan clinique, bien que le risque absolu soit faible, ces résultats suggèrent qu'il faut envisager une thromboprophylaxie après contention mécanique chez ces patients, en évaluant le rapport bénéfice-risque, notamment les risques d'hémorragie, concluent les chercheurs.
Dans un éditorial, Christoph Mueller du King's College London et Beatriz Pozuelo Moyano du King's College Hospital NHS Foundation Trust font remarquer que la contention chimique peut également augmenter le risque d'événements thrombo-emboliques veineux, mais que ce dernier est moins bien documenté.
Il apparaît important de bien évaluer les stratégies visant à réduire ou remplacer la contention physique, notamment lorsqu'il s'agit de recourir à des médicaments, et de mieux caractériser le risque initial lorsque les patients sont hospitalisés en psychiatrie pour déterminer les mesures préventives à mettre en place, notamment comportementales.
(The BMJ, publication en ligne du 1ᵉʳ juillet et éditorial associé)
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