Près de 8.400 hospitalisations cardiovasculaires et rénales seraient évitées en France grâce à la limitation du sel dans le pain

Publié le jeudi 5 mars 2026

La politique de réduction de la teneur en sel des différents types de pain vendus en France aurait permis d'éviter près de 8.400 hospitalisations par an pour des problèmes cardio-cérébrovasculaires ou rénaux par le biais de la diminution de la pression artérielle associée à la baisse de la consommation de sel, selon une étude de modélisation française publiée dans Hypertension.

Clémence Grave de Santé publique France (SPF) et ses collègues ont cherché à déterminer l'impact potentiel de l'accord conclu en mars 2022 entre les représentants de la filière boulangerie et les ministres chargés de la santé et de l'alimentation, visant à réduire progressivement la teneur en sel dans les différents types de pain d'ici à 2025.

Ils rappellent que le quatrième plan national nutrition santé (PNNS), pour 2019-2023, proposait de réduire de 30% la consommation de sel dans la population. Le pain, qui contenait alors environ 1,7 g de sel pour 100 g, fait partie de l'alimentation de base en France, avec une consommation d'environ 115 g par jour par adulte, ce qui représente quelque 25% des apports journaliers quotidiens en sel, soit environ 2 g/j.

L'accord conclu en 2022 fixait un objectif de teneur en sel allant de 1,1 à 1,4 g/100 g en fonction du type de pain, qu'il soit artisanal ou industriel. Un rapport indépendant de suivi de cet accord a montré qu'en 2023, 80% des échantillons de pain représentatifs répondaient aux objectifs fixés, notent les auteurs.

Dans leur modélisation, ils se sont fondés sur une baisse de la pression artérielle systolique attendue résultant de la diminution de la consommation de sel provenant du pain, d'entre 6,5 et 2,3 mmHg pour 5,7 g/j de sel consommé en moins. Ils ont fait leurs calculs sur l'incidence des maladies à partir des données de la cohorte ESTEBAN et des statistiques 2022 du Système national des données de santé (SNDS), en incluant toutes les maladies ayant une relation causale bien établie avec une pression artérielle élevée.

En supposant un profil de consommation de pain stable dans la population et un respect de l'accord à 100%, il peut être estimé via la réduction de la teneur en sel dans le pain une baisse de 0,35 g d'apport quotidien moyen en sel dans la population, ce qui, théoriquement, entraîne une diminution moyenne de la pression systolique de 0,21 mmHg (-0,39 mmHg chez les hypertendus et -0,14 mmHg chez les normotendus).

Cela représente une fraction attribuable potentielle de 0,78% des maladies cardio-cérébrovasculaires et rénales, soit 8.400 hospitalisations évitées annuellement et 136.000 journées d'hospitalisation (y compris les séances de dialyse et les hospitalisations de jour) évitées.

Un bénéfice particulier pour les femmes de 55 à 64 ans
Les chercheurs ont calculé que la mesure de réduction de la teneur en sel dans le pain aurait, plus précisément, évité 1,04% des hospitalisations pour maladie coronaire, 1,05% des hospitalisations pour accident vasculaire cérébral (AVC) hémorragique, 0,88% des hospitalisations pour AVC ischémique et 0,58% des hospitalisations pour insuffisance cardiaque.

Selon leurs calculs toujours, cela aurait réduit de 0,18% le taux de mortalité en France, et évité 11.300 années de vie perdues.

Les hommes de tous âges et les femmes de 55 à 64 ans semblent pouvoir tirer le plus grand bénéfice de cette mesure.

En se basant cette fois sur une mise en œuvre à 80% de la mesure prévue dans l'accord, le nombre d'hospitalisations évitées serait de 6.720, le nombre de journées d'hospitalisation serait réduit de 108.960, et 949 décès seraient évités.

"Ces résultats mettent en exergue l'impact de santé publique de stratégies de reformulation discrète de l'alimentation sur la réduction du fardeau des maladies sans nécessiter de modification des comportements individuels", commentent les auteurs.

L'impact réel d'une telle mesure de réduction de la teneur en sel d'un aliment serait difficile à quantifier car son effet ne peut être isolé dans les données de vie réelle, étant donné les interactions complexes avec d'autres interventions de santé publique et les facteurs comportementaux, notent-ils.

"Etant donné que l'hypertension contribue à plus de 400.000 hospitalisations et 55.000 décès par an, nos résultats soulignent l'intérêt de maintenir et évaluer les stratégies de réduction du sel, au sein de stratégies de santé publique de plus grande ampleur", concluent-ils.


(Hypertension, publication en ligne du 26 janvier)

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