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L'ESC incite les cardiologues à parler des aliments ultratransformés avec leurs patients comme facteur de risque cardiovasculaire

Publié le mercredi 20 mai 2026

L'European Society of Cardiology (ESC) appelle les cardiologues à aborder avec leurs patients le sujet des aliments ultratransformés et du fait qu'une consommation élevée constitue un facteur de risque cardiovasculaire, en se fondant sur une déclaration de consensus publiée dans l'European Heart Journal.

"Bien que les données épidémiologiques tendent de plus en plus à confirmer l'existence d'un lien entre la consommation d'aliments ultratransformés et une mauvaise santé cardiovasculaire [cf dépêche du 19/11/2025 à 08:29, dépêche du 17/12/2025 à 16:32 et dépêche du 13/11/2024 à 18:11], cette question reste largement méconnue, tant dans le débat général sur la santé publique qu'en cardiologie générale", observent Luigina Guasti de l'Università degli studi dell'Insubria à Varèse (Italie) et 18 autres experts européens dans la déclaration de consensus.

Comme la plupart des recommandations alimentaires nationales continuent de privilégier les conseils axés sur les nutriments et les aliments, sans tenir compte de la question de la transformation, les aliments ultratransformés sont largement négligés dans le milieu clinique, alors que l'alimentation reste un pilier de la prévention et de la prise en charge des maladies cardiovasculaires, ajoutent-ils.

La déclaration de consensus clinique a été élaborée par l'ESC Council for Cardiology Practice et l'European Association of Preventive Cardiology de l'ESC, en collaboration avec un groupe pluridisciplinaire d'experts européens.

Son objectif est d'introduire le concept de transformation des aliments et d'aliments ultratransformés dans les connaissances des cardiologues, afin de les sensibiliser au fait que les aliments ultratransformés constituent un potentiel facteur de risque supplémentaire à prendre en compte quand ils conseillent des patients.

Aggravation de facteurs de risque majeurs comme l'obésité, le diabète de type 2, l'hypertension artérielle...

À partir d'une revue systématique de la littérature scientifique, essentiellement d'études observationnelles, ils ont estimé que les adultes avec la consommation d'aliments ultratransformés la plus élevée ont un risque pouvant être augmenté jusqu'à 19 % de cardiopathie, 13 % de fibrillation atriale et 65 % de décès cardiovasculaire, par rapport aux personnes ayant la plus faible consommation.

Les aliments ultratransformés aggravent également plusieurs facteurs de risque majeurs, notamment l'obésité, le diabète de type 2, l'hypertension artérielle et l'accumulation de lipides athérogènes dans le sang.

Il est précisé dans la déclaration que les aliments ultratransformés ne sont pas considérés comme agissant isolément, mais comme faisant partie d'une chaîne dans laquelle l'exposition alimentaire contribue au développement de facteurs de risque cardiométaboliques intermédiaires, lesquels favorisent ensuite les événements cardiovasculaires. Il s'agit donc principalement d'effets indirects.

"Les aliments ultratransformés sont généralement riches en sucres, en sel et en graisses de mauvaise qualité", contiennent des additifs et "présentent une structure alimentaire altérée susceptible d'induire une inflammation, des perturbations métaboliques, des modifications du microbiote intestinal et une surconsommation alimentaire", pointe une des scientifiques ayant participé à la déclaration de consensus, Marialaura Bonaccio du Neuromed-Istituto Neurologico Mediterraneo à Pozzilli (Italie), citée dans un communiqué de l'ESC.

Pour les chercheurs, il faut désormais sensibiliser la population aux aliments ultratransformés par un meilleur étiquetage alimentaire, la réglementation et l'actualisation des recommandations nutritionnelles.

Ils préconisent que les cardiologues interrogent leurs patients sur leur consommation d'aliments ultratransformés et discutent avec eux de la manière de la réduire, en plus des autres conseils sur l'alimentation, l'activité physique, le tabac et l'alcool. Ils conseillent également d'expliquer aux patients que des aliments vendus comme étant plus sains peuvent souvent être ultratransformés.

"L'intégration de la notion d'aliments ultratransformés dans la prise en charge médicale courante pourrait améliorer la santé des patients sans coût ni contrainte de temps significatifs", soulignent les experts.

Enfin, ils prônent le lancement d'essais interventionnels à long terme afin de tester si une réduction de la consommation d'aliments ultratransformés améliore la santé cardiovasculaire. Il leur semble également nécessaire de mener davantage de recherches pour comprendre les effets sur la santé cardiaque des différents additifs, des composés issus de la transformation industrielle et de la structure des aliments.

(European Heart Journal, publication en ligne du 6 mai)

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