L'édulcorant érythritol majorerait le risque cardiovasculaire

Publié le jeudi 2 mars 2023
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LONDRES, 1er mars 2023 (APMnews) - Une consommation élevée de l'édulcorant érythritol, utilisé comme substitut de sucre, a été associée à une élévation de risque d'événement cardiovasculaire parmi des personnes à risque, en raison d'une action sur les plaquettes sanguines qui augmenterait le risque thrombotique, selon une étude publiée par Nature Medicine.

Les édulcorants sont de plus en plus utilisés, à la fois pour remplacer le sucre et pour diminuer l'apport calorique, et le sont particulièrement par les diabétiques et les obèses. Mais on sait peu de choses sur les effets à long terme et leurs éventuels risques. Il n'y a pas eu d'études randomisées de taille et durée suffisantes pour évaluer leur sécurité, notamment cardiovasculaire.

Marco Witkowski de la Cleveland Clinic (Ohio) et ses collègues se sont intéressés à cette question en étudiant une cohorte de 1.157 personnes qui ont bénéficié d'une évaluation globale de leur risque cardiovasculaire et ont ensuite été suivies durant trois ans. Dans ce cadre, les scientifiques ont mesuré une série d'édulcorants artificiels de la famille de polyols.

Ils ont constaté que l'un d'entre eux, l'érythritol, était particulièrement associé au risque d'événement cardiovasculaire (décès, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral) durant les trois ans de suivi, quand il était consommé en quantité élevée.

L'érythritol peut être présent en faible quantité dans certains aliments, notamment des fruits, mais en tant qu'édulcorant -produit en grande quantité par fermentation- il est incorporé dans des aliments à des doses 1.000 fois plus élevées (ce qui est nécessaire en raison d'un pouvoir sucrant plus faible que le sucrose), expliquent les auteurs. Il a un succès grandissant et il est estimé que sa part de marché devrait doubler dans les cinq ans.

Les participants à cette cohorte ont été divisés en quatre groupes (quartiles) en fonction de la concentration d'érythritol, alors que dans les trois quartiles des concentrations les moins élevées environ 5-6% des sujets ont eu un événement cardiovasculaire, dans le quatrième quartile, avec les plus fortes concentrations (donc les plus fortes consommations) le risque d'événement cardiovasculaire atteignait 20%.

Les chercheurs ont calculé que dans cette cohorte, les taux élevés de l'édulcorant multipliaient par 3,2 le risque cardiovasculaire.

Ils ont confirmé ces résultats dans deux autres cohortes de respectivement 2.149 et 833 personnes, étudiées alors qu'elles bénéficiaient d'une évaluation cardiaque. Là aussi une élévation de risque -bien qu'un peu moindre- a été observée. Le risque d'événement cardiovasculaire était multiplié par 1,8 dans une cohorte et par 2,2 dans l'autre dans le quartile des concentrations les plus élevées de l'édulcorant.

Des expériences in vitro ont montré que l'érythritol augmentait la réactivité des plaquettes et des expériences in vivo chez la souris ont montré une augmentation de la formation de caillot dans la carotide après une lésion.

Enfin, chez huit volontaires, les chercheurs ont constaté qu'une ingestion d'érythritol conduisait durant plus de deux jours à une concentration de l'édulcorant similaire à celle qui, dans les expériences in vitro et animales, activait les plaquettes et favorisait la thrombose.

Ils concluent sur la nécessité de conduire des essais randomisés de taille et durée appropriées et avec des critères d'évaluation "cliniquement pertinents" sur l'érythritol, afin de clarifier ces inquiétudes sur la sécurité du produit. C'est d'autant plus nécessaire que les personnes qui en consomment le plus -diabétiques, obèses, personnes ayant des problèmes cardiaques ou rénaux- sont justement celles dont le risque cardiovasculaire est élevé.

Des études épidémiologiques comme celle de la cohorte française NutriNet-Santé ont montré que les édulcorants de façon globale pouvaient augmenter le risque de maladies cardiovasculaires, rappelle-t-on. Certains, comme l'aspartame et l'acésulfame-K, semblent aussi associés à un risque accru de cancers. Et de façon plus inattendue, la consommation de "sucrettes" serait associée à un risque accru de diabète de type 2.

(Nature Medicine, publication en ligne du 27 février)

Source: APMnews

Mots clés: Facteurs de risque Facteurs de risque

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