Fermeture de l’auricule gauche après récidive embolique sous anticoagulant : quel risque résiduel ?

ESC 2026

Publié le vendredi 21 août 2026

Résumé de l’abstract présenté par le Dr Mehdi Benamer , cardiologue et membre du Collège des Cardiologues en Formation de la SFC, à l’ESC 2026 à Munich. Co-auteurs :  J. Mesnier, P.-G. Piriou, P. Guedeney, M. Zeitouni, L. Giovachini, T. Pommier, G. Suc, A. Cailliau, N. El-Bèze, C. Delhomme, G. Montalescot, G. Ducrocq. 

La fermeture de l’auricule gauche (FAG) est une alternative validée à l’anticoagulation orale (ACO) pour la prévention de l’AVC dans la fibrillation atriale. Elle est de plus en plus proposée à des patients ayant présenté une récidive embolique malgré une ACO bien conduite (« breakthrough stroke »), une indication émergente pour laquelle les données de suivi restent rares.

Nous avons analysé rétrospectivement 803 patients ayant bénéficié d’une FAG réussie dans deux centres parisiens (Bichat–Claude Bernard et Pitié-Salpêtrière) entre 2012 et 2025, répartis selon l’indication : récidive embolique sous ACO bien conduite (n = 66 ; 8 %) versus prévention du saignement (n = 737 ; 92 %). Le critère de jugement principal (AVC ischémique ou embolie systémique) a été analysé par un modèle de Fine-Gray prenant le décès comme risque compétitif, ajusté sur les scores CHA₂DS₂-VASc et HAS-BLED et sur l’anticoagulation à la sortie.

Les patients opérés pour récidive embolique étaient plus jeunes (74 vs 78 ans), avaient un score HAS-BLED plus bas, davantage d’artériopathie périphérique (42,4 % vs 25,9 %) et sortaient bien plus souvent sous ACO (92,4 % vs 28,5 %). Après un suivi médian de 20,5 mois, un événement embolique est survenu chez 10 d’entre eux (15,2 % ; 5,15 pour 100 personnes-années) contre 41 (5,6 % ; 2,60 pour 100 personnes-années) dans le groupe prévention du saignement, soit un risque environ triplé (sHR 3,05 ; IC 95 % 1,37–6,79 ; p = 0,006), confirmé après appariement sur score de propension (HR 2,79 ; 1,06–7,35 ; p = 0,038). La mortalité toutes causes était en revanche plus faible dans ce groupe (HR ajusté 0,54 ; p = 0,046), vraisemblablement du fait d’un profil moins fragile, sans différence de saignement majeur ni de thrombose de prothèse.

Mise en perspective, cette incidence de 5,15 pour 100 personnes-années se situe au-dessus des séries dédiées déjà publiées dans cette indication (2,0 à 3,0 pour 100 personnes-années), mais reste inférieure au risque attendu du score CHA₂DS₂-VASc moyen de la population (7,0 pour 100 personnes-années) et aux taux rapportés sous traitement médical seul après récidive sous anticoagulant (8,1 pour 100 personnes-années), ces comparaisons restant indirectes.

Au total, la récidive embolique sous anticoagulant identifie, parmi les patients adressés pour FAG, un phénotype à haut risque thrombotique résiduel, qui persiste après le geste. Ces résultats incitent à la prudence dans la sélection des patients et à mieux caractériser cette population hétérogène, en attendant les essais randomisés ELAPSE et ADD-LAAO.

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