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TCT 2026 : congrès Transcatheter Cardiovascular Therapeutics
Publié le mercredi 4 novembre 2026
TCT 2026 : nos dogmes à l'épreuve
On peut toujours regarder la cardiologie avec nos concepts acquis, érigés en dogmes. Un rétrécissement aortique « modéré » se surveille. Une insuffisance aortique « inopérable » se traite médicalement. Une angioplastie se guide dans le cathlab, sonde en main. Ces étiquettes nous rassurent, elles organisent nos consultations, nos réunions de Heart Team, nos programmes opératoires. Le TCT 2026 vient de rappeler qu'elles méritent, de temps en temps, d'être retournées pour voir ce qui est écrit au dos.
Le TCT est une conférence de cardiologie interventionnelle, et l'édition de San Diego a apporté des études de haut niveau – randomisées, publiées simultanément dans le New England Journal of Medicine et Circulation – qui nous remettent en question sur nos dogmes et nos pratiques. Cette conférence nous rappelle à l'humilité que nous devons avoir vis-à-vis de la science que nous pratiquons tous les jours : ce que nous tenions pour acquis n'était souvent qu'une absence de données.
Nous avons choisi trois études pour cette newsletter, et chacune s'attaque à une étiquette :
- PROGRESS – l'étiquette « modéré ». Chez des patients âgés, symptomatiques, porteurs d'un rétrécissement aortique modéré avec critères de risque, un TAVI précoce fait mieux que la surveillance recommandée par les guidelines : moins de décès ou d'insuffisance cardiaque à 2 ans, avec 0 % de mortalité à 30 jours. Le mur du « sévère » se fissure – chez des patients très sélectionnés.
- SEASON-AR – l'étiquette « traitement médical ». Premier essai randomisé dans l'insuffisance aortique pure à haut risque chirurgical : sous traitement médical seul, un patient sur quatre est mort, a fait un AVC ou a été réhospitalisé pour insuffisance cardiaque à un an. Le TAVI, même avec une valve non dédiée, divise ce risque par trois. Ne pas traiter une fuite aortique sévère n'est pas une option neutre.
- P4 – l'étiquette « guidage per coronarographie », analysée par Frédéric Bouisset (CHU Toulouse). Une angioplastie planifiée et guidée par coroscanner est non inférieure à une angioplastie guidée par IVUS à 12 mois, avec des procédures plus courtes et moins de contraste. La décision quitte le cathlab pour se préparer en amont, à tête reposée.
Il faut à la fois challenger ces études et garder un regard critique, scientifique : des populations très sélectionnées, des suivis courts, des critères composites portés par les hospitalisations plus que par la mortalité, une marge de non-infériorité calibrée sur un taux d'événements plus élevé que celui observé. Rien de tout cela ne doit être passé sous silence, et nos rubriques « Pour aller plus loin » s'y emploient. Mais il faut aussi savoir reconnaître que les innovations techniques peuvent modifier nos stratégies, nos pratiques et la façon dont nous collons des étiquettes à certains patients – ou à notre propre mode d'exercice.
L'histoire est toujours en cours. Les étiquettes changeront encore. Stay tuned.
Bonne lecture.
Guillaume Bonnet – Bordeaux
