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Étude P4 : l’angioplastie guidée par coroscanner non inférieure à celle guidée par IVUS

En direct du congrès TCT 2026 

Publié le mercredi 4 novembre 2026

D’après l’étude P4, présentée au TCT 2026 par le Dr Carlos Collet et publiée simultanément dans le New England Journal of Medicine.

Messages clés

  • P4 est le premier essai randomisé comparant les résultats cliniques d’une stratégie d’angioplastie guidée par coroscanner à ceux d’une stratégie guidée par échographie endocoronaire (IVUS).
  • La stratégie guidée par coroscanner est non inférieure à celle guidée par IVUS sur le critère principal d’échec du vaisseau cible à 12 mois : 4,1 % versus 4,6 % (p < 0,001 pour la non-infériorité).
  • Le coroscanner permet une planification préprocédurale complète, intégrant l’anatomie coronaire, la caractérisation des plaques, l’analyse physiologique par FFRCT et la prédiction du résultat hémodynamique après angioplastie.
  • Les procédures guidées par coroscanner sont plus courtes (46 versus 63 minutes) et utilisent moins de produit de contraste pendant l’intervention (150 versus 170 mL), malgré un recours environ 2,5 fois plus fréquent aux techniques avancées de modification calcique.
  • P4 ouvre la voie à une nouvelle organisation de l’angioplastie, avec une planification débutant en amont du cathlab.

Introduction

L’imagerie endocoronaire, notamment l’IVUS, a démontré son intérêt pour améliorer les résultats de l’angioplastie coronaire par rapport au guidage angiographique seul. Toutefois, cette approche nécessite une instrumentation intracoronaire et impose une interprétation perprocédurale afin de prendre les décisions thérapeutiques adaptées au cours de la procédure.

Le coroscanner offre la possibilité d’anticiper ces décisions grâce à une analyse détaillée de l’anatomie coronaire, des caractéristiques des plaques et de leur retentissement fonctionnel par FFRCT. Cette dernière permet également de simuler virtuellement l’angioplastie et d’en prédire le résultat physiologique, ouvrant ainsi la voie à une planification personnalisée de la revascularisation avant même l’entrée en salle de cathétérisme.

L’étude randomisée P4 (Precise Procedural and PCI Plan) a ainsi évalué la non-infériorité d’une stratégie d’angioplastie planifiée et guidée par coroscanner par rapport à une stratégie guidée par IVUS.

Méthode

P4 est un essai international, multicentrique, randomisé, de non-infériorité, ayant inclus 1 105 patients dans 23 centres entre mars 2022 et août 2025.

Les patients présentaient un syndrome coronaire chronique ou un syndrome coronaire aigu sans sus-décalage du segment ST stabilisé, avec une indication de revascularisation. Tous avaient bénéficié d’un coroscanner préalable, réalisé dans le cadre de leur prise en charge habituelle, identifiant au moins une sténose coronaire supérieure à 70 %, associée à une FFRCT ≤ 0,80. Les lésions du tronc commun et les antécédents de pontage coronaire étaient notamment exclus.

Après vérification des critères d’éligibilité par un core lab centralisé, les patients étaient randomisés (1:1) entre deux stratégies :

Stratégie guidée par coroscanner (n = 556), reposant sur trois éléments complémentaires :

  1. Le « CT package », c’est-à-dire un rapport complet élaboré par le core lab et transmis à l’opérateur avant l’intervention. Il synthétisait les caractéristiques anatomiques et physiologiques des lésions ainsi que les incidences angiographiques optimales.
  2. Le FFRCT Planner, permettant de simuler virtuellement l’angioplastie et de prédire son résultat physiologique.
  3. Un guidage perprocédural en direct, reposant sur un modèle tridimensionnel des artères coronaires issu du coroscanner, créé par le core lab et transmis au centre investigateur, puis synchronisé avec les incidences angiographiques pendant l’intervention.

Dans ce bras, l’imagerie endocoronaire n’était pas autorisée, sauf en situation de bailout, tandis que le recours au stent enhancement était obligatoire pour optimiser le déploiement du stent.

Stratégie guidée par IVUS (n = 549) : l’angioplastie était réalisée avec une analyse IVUS avant et après implantation du stent, selon des critères d’optimisation prédéfinis.

Le critère principal était l’échec du vaisseau cible (target vessel failure, TVF) à 12 mois, associant décès cardiaque, infarctus lié au vaisseau cible ou nouvelle revascularisation motivée par une ischémie. La marge de non-infériorité était fixée à 4,5 points de pourcentage.

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Figure 1 : les composantes du CT planning package de P4

 

Résultats

Les patients avaient un âge médian de 65 ans ; 21,7 % étaient des femmes et 20,6 % étaient diabétiques. Une atteinte pluritronculaire était présente chez 35,8 % des patients, avec un score SYNTAX médian de 8 à 9.

À 12 mois, le taux d’échec du vaisseau cible était de 4,1 % dans le groupe coroscanner versus 4,6 % dans le groupe IVUS (différence absolue : −0,42 point ; IC 95 % : −2,82 à 1,99 ; p < 0,001 pour la non-infériorité). La non-infériorité était démontrée, sans supériorité statistiquement significative (p = 0,73).

Les composantes du critère principal étaient comparables entre les deux groupes : décès cardiaque (0 % versus 0,4 %), infarctus lié au vaisseau cible (2,9 % versus 3,5 %) et nouvelle revascularisation du vaisseau cible (1,4 % versus 1,5 %). Les résultats étaient cohérents dans l’analyse per-protocole.

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Figure 2 : incidence cumulée de l’échec du vaisseau cible à 12 mois (critère principal)

 

La durée médiane de la procédure était inférieure de 17 minutes dans le groupe coroscanner (46 versus 63 minutes), avec un volume de produit de contraste moindre (150 versus 170 mL) et une exposition aux rayonnements numériquement inférieure (35,6 versus 38,5 Gy·cm²).

Ces résultats étaient observés malgré un recours environ 2,5 fois plus fréquent aux techniques avancées de modification calcique (lithotripsie intravasculaire, athérectomie rotationnelle ou orbitale) dans le groupe coroscanner (9,2 % versus 3,8 %).

La FFR invasive moyenne après angioplastie était identique dans les deux groupes (0,88), et les complications cliniques perprocédurales étaient peu fréquentes (6 versus 9 patients).

Pour aller plus loin

P4 ne compare pas directement les performances diagnostiques du coroscanner et de l’IVUS, mais deux stratégies globales de guidage de l’angioplastie coronaire. Elle ne démontre donc pas que le coroscanner peut remplacer l’IVUS dans toutes les situations cliniques.

P4 propose surtout un changement de paradigme dans l’organisation de l’angioplastie coronaire : déplacer une partie importante de la planification en dehors du cathlab, à partir des données déjà disponibles, issues du coroscanner réalisé dans le cadre du parcours de soins du patient. Traditionnellement, l’interprétation de l’angiogramme et de l’imagerie endocoronaire, ainsi que les décisions qui en découlent, sont réalisées en temps réel, dans un environnement où les contraintes de temps et la pression liée à l’intervention sont importantes.

La planification par coroscanner permet au contraire d’étudier les lésions et les différentes options de revascularisation en amont de la procédure, dans un environnement moins contraint, laissant davantage de temps à la réflexion et à l’anticipation. L’opérateur arrive ainsi au cathlab avec une stratégie structurée qu’il peut adapter aux constatations perprocédurales. Cette anticipation pourrait contribuer à améliorer l’efficience des interventions, comme le suggèrent les résultats de P4.

L’adoption de cette stratégie en pratique courante nécessitera de rendre ces outils directement accessibles aux cardiologues interventionnels. Dans P4, une grande partie de l’analyse était réalisée par un core lab centralisé utilisant plusieurs logiciels spécialisés. Sa généralisation repose donc sur le développement d’interfaces intuitives permettant aux opérateurs d’explorer eux-mêmes les données du coroscanner, de planifier l’angioplastie et d’en simuler le résultat physiologique. Plusieurs industriels développent actuellement de telles solutions et commencent à les mettre à disposition des cliniciens.

Certaines limites doivent néanmoins être soulignées. La population était sélectionnée, avec une complexité anatomique modérée et l’exclusion des lésions du tronc commun. La qualité des images du coroscanner constitue également un déterminant majeur de la faisabilité de cette stratégie. Enfin, le taux d’événements observé dans le groupe IVUS (4,6 %) était inférieur à celui anticipé (7,2 %), invitant à interpréter avec prudence la marge de non-infériorité de 4,5 points. Le suivi à 12 mois ne permet pas encore de conclure sur les résultats à plus long terme.

Conclusion

P4 démontre la non-infériorité à 12 mois d’une stratégie d’angioplastie guidée par coroscanner par rapport à une stratégie guidée par IVUS. Associant planification anatomique et physiologique préprocédurale et guidage perprocédural, cette approche s’accompagne de procédures invasives plus courtes et utilisant moins de produit de contraste. Elle ouvre de nouvelles perspectives pour faire du coroscanner un outil de planification et de guidage de la revascularisation coronaire.

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Référence 

Collet C, Mizukami T, Bouisset F, et al. Coronary CT Angiography versus Intravascular Ultrasound Guidance for PCI. N Engl J Med. 2026. DOI : 10.1056/NEJMoa2610771. https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa2610771