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Insuffisance aortique sévère à haut risque chirurgical : le traitement médical seul n'est pas une option (SEASON-AR)
En direct du congrès TCT 2026 (San Diego)
Publié le mercredi 4 novembre 2026
D'après la présentation du Dr Jun-Jie Zhang (Nanjing, Chine) : "TAVR vs. Medical Therapy in Pure Aortic Regurgitation: 1-Year Outcomes from the SEASON-AR Randomized Trial", Late-Breaking Clinical Trial, TCT 2026, 1er novembre 2026.
Publication simultanée dans Circulation (Gao XF et al., DOI : 10.1161/CIRCULATIONAHA.126.082827). https://www.ahajournals.org/doi/abs/10.1161/CIRCULATIONAHA.126.082827
Messages clés
Premier essai randomisé TAVI vs traitement médical dans l'insuffisance aortique (IA) pure.
Sous traitement médical seul, un patient sur quatre est mort, a fait un AVC ou a été réhospitalisé pour insuffisance cardiaque à 1 an (24,8 %) – contre 8,3 % avec le TAVI.
Le bénéfice est plus marqué sur l'insuffisance cardiaque : réhospitalisations divisées par six (3,7 % vs 21,3 % ; HR 0,16).
Remodelage inverse à 1 an : FEVG 53 → 61 %, DTSVG 45 → 35 mm, DTDVG 61 → 52 mm, masse VG −25 % – aucune évolution sous traitement médical.
Une marge de progression face à une valve auto-expansible non dédiée (VitaFlow) :
- 9,2 % d'hémorragies majeures, 20 % de pacemakers, 10 % de valve-in-valve, 2 conversions chirurgicales,
- sélection drastique : 77 % des patients screenés exclus, anatomie très encadrée (périmètre annulaire ≤ 85 mm, aorte ascendante ≤ 45 mm).
Le vrai message : l'histoire naturelle de l'IA sévère symptomatique non traitée est sévère et rapide. Le « traitement médical optimal » n'en est pas un – ces patients doivent être traités.
Introduction
L'insuffisance aortique sévère symptomatique est une indication chirurgicale de classe I. Pourtant, dans une cohorte américaine récente, seuls 26 % des patients symptomatiques étaient opérés dans l'année – âge, comorbidités, refus du patient ou simple inertie. Pour ces patients, les recommandations n'offrent aujourd'hui que le traitement médical, dont personne n'a jamais démontré qu'il modifiait le cours de la maladie.
Le TAVI dans l'IA pure reste un exercice difficile : absence de calcifications pour l'ancrage, anneaux larges, aorte dilatée, risque de migration et de fuite paravalvulaire. Les valves dédiées (comme la JenaValve, étude ALIGN-AR [1]) ont montré leur faisabilité mais leur coût et leur disponibilité restent limités à l'échelle mondiale. Les recommandations ESC/EACTS 2025 ont ouvert une porte prudente : TAVI « peut être envisagé » (classe IIb, niveau B) [2] chez les patients inéligibles à la chirurgie et d'anatomie favorable. Mais jusqu'ici, aucune donnée randomisée ne comparait TAVI et traitement médical dans cette situation. C'est l'objet de SEASON-AR [3].
Méthodologie
Essai prospectif, multicentrique (18 centres chinois), randomisé 1:1, en ouvert, comparant TAVI transfémoral + traitement médical optimal au traitement médical optimal seul (GDMT), chez des patients dont la chirurgie était jugée difficile ou inacceptable par la Heart Team locale, ou qui la refusait fermement.
- Inclusion : IA sévère symptomatique, ou asymptomatique avec FEVG < 55 %, DTDVG > 65 mm ou DTSVG > 50 mm ; gradient moyen < 20 mmHg ; STS ≥ 8 % ou refus de la chirurgie ou autre facteur rendant la chirurgie difficile ; anatomie scanner compatible (périmètre annulaire ≤ 85 mm, rapport périmètre LVOT/anneau 0,95–1,05).
- Dispositif : valve auto-expansible VitaFlow (MicroPort), non dédiée à l'IA, recapturable et repositionnable.
- Critère principal : décès toutes causes, AVC invalidant ou réhospitalisation pour insuffisance cardiaque à 1 an (définitions VARC-3).
Résultats
Population : de juin 2021 à mai 2025, 936 patients screenés, 724 exclus (77 %), 212 randomisés ; analyse en intention de traiter sur 109 TAVI et 101 GDMT. Âge médian 74 ans, 63 % d'hommes, STS médian 6,5 %, 35 % de FA, 22 % de BPCO. IA sévère franche (SOR 0,5 cm², volume régurgité 70 mL), FEVG médiane 53 %, valve tricuspide dans 98 % des cas, périmètre annulaire 78 mm, aorte ascendante 40 mm.
- Dans le bras GDMT, 10 patients (9,9 %) ont dû être implantés en sauvetage (9 TAVI, 1 chirurgie) avant tout événement du critère principal.
Figure 1: flowchart de l'étude
Procédure (n = 105) : 100 % transfémoral sous anesthésie générale, pas de prédilatation, valves de 27 et 30 mm dans 96 % des cas, oversizing moyen 16 %.
- Recapture et repositionnement dans 33 % des cas, valve-in-valve de sauvetage dans 10 %.
- 2 conversions chirurgicales en urgence (1 dissection aortique, 1 migration ventriculaire), 3 complications vasculaires majeures, 2 ECMO, 0 obstruction coronaire, 0 fuite paravalvulaire ≥ modérée, 0 décès per-procédure.
Figure 2 : caractéristiques procédurales
Critère principal à 1 an (suivi complet chez 100 % des patients) :
- 8,3 % vs 24,8 % (HR 0,31 ; IC 95 % 0,14–0,66 ; p = 0,001).
- Réhospitalisation pour insuffisance cardiaque : 3,7 % vs 21,3 % (HR 0,16 ; IC 95 % 0,06–0,47 ; p < 0,001).
- Mortalité toutes causes : 2,8 % vs 6,9 % (HR 0,39 ; IC 95 % 0,10–1,50 ; NS). Décès cardiovasculaire : 1,8 % vs 6,0 % (NS).
- AVC : 3,7 % vs 1,0 % (NS) ; AVC invalidant 1,8 % vs 1,0 %.
- Bénéfice homogène dans tous les sous-groupes préspécifiés (âge, sexe, STS, FEVG, FA, anatomie annulaire et aortique).
Figure 3 : critère principal à 1 an (décès toutes causes, AVC invalidant ou réhospitalisation pour insuffisance cardiaque).
Figure 4 : critères principal et secondaire à 1 an
Sécurité à 30 jours :
- Hémorragies majeures ou menaçant le pronostic vital : 9,2 % vs 0 % (p = 0,002).
- Nouveau pacemaker : 20,2 % vs 2,0 % (HR 11,1 ; p < 0,001)
- Infarctus 0,9 %.
- Pas d'effet de la courbe d'apprentissage entre première et seconde moitié des inclusions (pacemaker 23 % vs 18 %, saignements 11 % vs 8 % ; NS).
Échographie à 1 an – toutes les différences ajustées sur la valeur initiale sont significatives :
- FEVG : 53 → 61 % avec TAVI vs 52,5 → 55 % sous GDMT.
- DTSVG : 45 → 35 mm vs 46 → 45 mm. DTDVG : 61,5 → 52 mm vs 63 → 63 mm.
- Masse VG : 287 → 214 g vs 287 → 278 g.
Pour aller plus loin
Le chiffre à retenir de SEASON-AR n'est peut-être pas le HR de 0,31, mais le 24,8 % du bras contrôle. En un an, sous un traitement médical pourtant bien conduit, un patient sur quatre est mort, a fait un AVC ou est revenu en décompensation cardiaque, un sur cinq a été réhospitalisé pour insuffisance cardiaque, un sur dix a dû être implanté en urgence, et le ventricule gauche n'a pas bougé d'un millimètre. Nous le savions depuis les séries historiques de l'IA sévère symptomatique, mais aucun essai randomisé ne l'avait documenté de façon contemporaine : le « traitement médical optimal » de l'insuffisance aortique sévère n'est pas un traitement, c'est une abstention. Il n'y a pas de GDMT de la fuite aortique comme il y en a une de l'insuffisance cardiaque à FEVG altérée – les vasodilatateurs n'ont jamais fait la preuve d'un bénéfice sur la progression, et les bêtabloquants allongent la diastole.
Ce constat renvoie à un problème de santé publique bien documenté : l'insuffisance aortique est la valvulopathie la plus sous-traitée. Un quart seulement des patients symptomatiques opérés dans l'année aux États-Unis [4], et l'Euro Heart Survey avait déjà montré il y a vingt ans qu'une large part des IA sévères symptomatiques en Europe n'était pas opérée [5]. Les raisons sont connues – symptômes insidieux attribués à l'âge, dilatation ventriculaire tolérée trop longtemps, patients adressés tard avec une FEVG déjà altérée, absence d'alternative percutanée crédible qui ferme la discussion dès que la chirurgie est jugée risquée. SEASON-AR rappelle que cette inertie a un coût, et qu'il se paie en hospitalisations et en remodelage irréversible.
Le remodelage, justement, est l'autre enseignement majeur. En un an, la FEVG gagne 8 points, le diamètre télésystolique perd 10 mm, la masse ventriculaire diminue d'un quart. Que le ventricule récupère aussi bien suggère qu'il n'était pas trop tard – mais chaque mois de surveillance supplémentaire rapproche du point de non-retour. Dans l'IA, le moment de traiter est au moins aussi important que la décision de traiter.
Il faut ensuite être lucide sur ce que SEASON-AR ne dit pas. Ce n'est pas un essai de dispositif. La VitaFlow n'est pas conçue pour l'IA, et cela se voit : 10 % de TAVI in TAVI en sauvetage, une dissection aortique, une migration ventriculaire, 20 % de pacemakers et 9 % d'hémorragies majeures. Ces chiffres ne sont ceux d'une plateforme mature. Ce n'est pas non plus un essai généralisable tel quel : 77 % des patients screenés ont été exclus, le suivi se limite à un an, et l'étude n'a pas la puissance pour conclure sur la mortalité.
Car le paysage des dispositifs a changé, et SEASON-AR arrive au moment où l'arsenal percutané de l'IA se structure enfin. D'un côté, les valves dédiées, qui ne comptent plus sur la force radiale mais capturent les feuillets natifs : la Trilogy (JenaValve), avec ses trois « locators », a montré dans ALIGN-AR un succès technique de 95 % et moins de 1 % de fuite paravalvulaire significative à 2 ans [1] ; la J-Valve, désormais développée par Edwards, repose sur le même principe avec trois « claspers » en U, et son essai pivot américain JOURNEY est en cours. Le talon d'Achille commun reste la conduction – autour de 24 % de pacemakers avec la Trilogy, c'est-à-dire guère mieux que les 20 % de SEASON-AR : dans ces anneaux larges, non calcifié et ces ventricules dilatés, le problème tient à l'anatomie plus qu'à l'outil. De l'autre côté, les valves conventionnelles utilisées hors indication, avec un oversizing pour compenser l'absence de calcifications : la SAPIEN 3 à expansion par ballonnet, pour les anneaux petits ou moyens et lorsqu'un peu de calcium offre une prise, l'Evolut auto-expansible et recapturable, et la Myval (Meril), dont les tailles intermédiaires et les modèles XL de 30,5 et 32 mm permettent de traiter des anneaux extrêmes qu'aucune autre plateforme n'accepte. Les registres internationaux rapportent avec ces valves un succès technique de l'ordre de 75 à 85 %, grevé par les migrations et les fuites paravalvulaires [7] – des résultats voisins de ceux de la VitaFlow dans SEASON-AR [8]. Le message pratique est simple : l'anatomie choisit la valve. Un scanner dédié, la mesure du périmètre annulaire et du LVOT, déterminent si le patient relève d'un dispositif dédié, d'une valve conventionnelle surdimensionnée.
Reste la question qui compte pour la Heart Team en centre chirurgical : que faire d'un patient de 74 ans, IA sévère symptomatique, STS 6 %, que le chirurgien hésite à opérer ou qui refuse la chirurgie ? Jusqu'ici, la réponse honnête était « on ne sait pas, on surveille ». SEASON-AR nous dit que surveiller, c'est accepter 25 % d'événements à un an. Trois conséquences pratiques. Premièrement, la chirurgie reste le traitement de référence et son seuil de risque acceptable doit être réévalué à l'aune de ce que coûte l'abstention : un STS à 6–8 % n'est pas une contre-indication opératoire chez un patient dont le ventricule se dilate. Deuxièmement, lorsque la chirurgie est réellement écartée, le TAVI doit être discuté systématiquement – avec un scanner dédié, une anatomie favorable, un opérateur expérimenté, une discussion de back-up chirurgical, et une information claire du patient sur les risques de l’intervention. Troisièmement, ces patients doivent être vus tôt, avant que la FEVG se dégrade et que le ventricule ne se dilate trop : le pronostic se joue en consultation, pas en salle de cathétérisme.
Pour la communauté française, l'accès aux dispositifs dédiés reste la question centrale. En attendant le remboursement potentiel de dispositif dédié, SEASON-AR fournit l'argument qui manquait pour que l'insuffisance aortique sévère sorte enfin de l'angle mort des valvulopathies : ne pas la traiter n'est pas une option neutre.
Conclusion
Chez des patients porteurs d'une IA sévère pure, à haut risque chirurgical ou refusant la chirurgie, et d'anatomie favorable, le TAVI associé au traitement médical réduit de 69 % le risque de décès, AVC invalidant ou réhospitalisation pour insuffisance cardiaque à 1 an, par rapport au traitement médical seul. Il s'accompagne également d'un remodelage ventriculaire inverse marqué, au prix d'un surcroît d'hémorragies et d'implantations de pacemaker avec une valve non dédiée.
Toute la couverture du TCT 2026
Références
1. Vahl TP, Thourani VH, Makkar RR, et al. Transcatheter aortic valve implantation in patients with high-risk symptomatic native aortic regurgitation (ALIGN-AR): a prospective, multicentre, single-arm study. Lancet 2024;403:1451-1459.
2. Praz F, Borger MA, Lanz J, et al. 2025 ESC/EACTS Guidelines for the management of valvular heart disease. Eur Heart J 2025;46:4635-4736.
3. Gao XF, Wang Y, Jiang H, et al. Transcatheter aortic-valve replacement in pure aortic regurgitation: the randomized SEASON-AR clinical trial. Circulation 2026; publié en ligne le 1er novembre 2026. DOI : 10.1161/CIRCULATIONAHA.126.082827.
4. Thourani VH, Brennan JM, Edelman JJ, et al. Treatment patterns, disparities, and management strategies impact clinical outcomes in patients with symptomatic severe aortic regurgitation. Structural Heart 2021;5:608-618.
5. Iung B, Baron G, Butchart EG, et al. A prospective survey of patients with valvular heart disease in Europe: the Euro Heart Survey on Valvular Heart Disease. Eur Heart J 2003;24:1231-1243.
6. FDA approves JenaValve's Trilogy for aortic regurgitation. TCTMD, 23 mars 2026. https://www.tctmd.com/news/fda-approves-jenavalves-trilogy-aortic-regurgitation
7. Poletti E, De Backer O, Scotti A, et al. Transcatheter aortic valve replacement for pure native aortic valve regurgitation: the PANTHEON international project. JACC Cardiovasc Interv 2023;16:1974-1985.
8. Yu FC, et al. Transcatheter aortic valve replacement with the VitaFlow system in pure aortic regurgitation: the AURORA study. EuroIntervention 2025.
9. Zhang JJ. TAVR vs. medical therapy in pure aortic regurgitation: 1-year outcomes from the SEASON-AR randomized trial. Late-Breaking Clinical Trial, TCT 2026, San Diego, 1er novembre 2026.




