L'étude française PSYCOV-CV montre que dans la population générale, 44 jours après le premier confinement, 63 % des patients présentent une aggravation du risque cardiovasculaire et 32 % ont développé des symptômes anxio-dépressifs ou une dépression !

Publié le mardi 12 janvier 2021
dans

Auteur :

Pr Jean Ferrières

 
Jean Ferrières au nom de tous les auteurs de PSYCOV-CV
Toulouse

 

Facteurs associés à l’aggravation du risque cardiovasculaire et à l’anxiété ou à la dépression durant le confinement lié à la première vague de la pandémie COVID-19 : étude PSYCOV-CV

Message clé

Les dégâts cardiovasculaires et psychologiques du premier confinement sont déjà perceptibles 

Chiffres clés

  • À 44 jours après le premier confinement du mois de mars
  • 63 % des patients ont une aggravation du risque cardiovasculaire
  • 32 % ont développé des symptômes anxio-dépressifs ou une dépression

Les facteurs favorisant la survenue de l'aggravation du risque cardiovasculaire et de la dépression sont détaillés dans l'article. 

L'originalité de notre article est basée sur les faits suivants:

  • Étude basée sur une cohorte de patients de la Haute-Garonne et représentative de la population générale, patients que nous avons examinés physiquement à déjà au moins une reprise ;
  • Les questionnaires développés pour le risque cardiovasculaire ainsi que pour la dépression et les symptômes anxieux sont validées sur le plan international par notre équipe ou par d'autres équipes de recherche ;
  • L'étude se poursuit pour connaître l'impact de cette dégradation cardiovasculaire et psychologique sur la survenue de maladies graves à distance puisque la durée de l'étude est prévue jusqu'à 1 an ;
  • L'intérêt pour la santé des populations est grand puisqu'elle permet de circonscrire les facteurs favorisant la dégradation du risque cardiovasculaire d'une part et la survenue d'une dépression d'autre part.

 

Résumé de l'étude

En réponse à la pandémie Covid-19, le gouvernement français a mis en place le 17 mars dernier, un confinement à domicile de la population générale afin de limiter la transmission du virus, en particulier aux personnes à risque de forme grave dont la prise en charge hospitalière pouvait être saturée. Il paraissait probable que le confinement à domicile engendre des manifestations psychologiques négatives (telles que l’anxiété et la dépression) susceptibles d’avoir un impact sur l’aggravation des facteurs de risque cardiovasculaire et la décompensation des maladies cardiovasculaires. Il est donc important de mieux comprendre les conséquences du confinement à domicile sur la santé mentale ainsi que sur le risque cardiovasculaire, qui sont des problèmes majeurs de santé publique. Nous avons donc évalué les facteurs associés à une aggravation du risque cardiovasculaire ainsi qu’à des symptômes d’anxiété ou de dépression, dans le cadre du confinement lié à la première vague de la Covid-19.

Notre travail à porté sur 536 patients âgés de 50 à 89 ans issus de la population générale de la Haute-Garonne et ayant déjà participé à l’une de nos précédentes enquêtes sur les facteurs de risque cardiovasculaire (étude MONALISA). Le taux de participation a été de près de 70% et autant d’hommes que de femmes ont participé. Tous les participants ont donné leur consentement éclairé pour participer à l’étude et celle-ci a été conduite en accord avec la déclaration d’Helsinki. Compte tenu du contexte de confinement, les participants ont été interrogés par téléphone par des enquêteurs expérimentés. L’entretien téléphonique a visé à recueillir des caractéristiques socio-démographiques, des éléments de contexte lié à la Covid-19, les habitudes de vie et l’humeur des participants durant le confinement ainsi qu’une éventuelle majoration des traitements cardiovasculaires (traitement de l’hypertension, des dyslipidémies et du diabète) ou la survenue d’un événement cardiovasculaire.

Nous avons tout d’abord constaté que les règles du confinement avaient été respectées par plus de 91% des participants. Pendant le confinement, 63% des participants ont rapporté une diminution de leur activité physique [supérieure ou égale à 15 minutes par semaine par rapport à avant le confinement] ou une dégradation de leur alimentation [augmentation de la consommation de produits sucrés dont l’alcool ou de matières grasses ou de féculents, non compensée par une augmentation de la consommation de fruits et de légumes ou de protéines maigres ou de produits laitiers (dans la limite de 2,5 produits laitiers/jour)] ou une prise de poids [supérieure ou égale à 500g par rapport à avant le confinement]. D’autre part, durant le confinement, les participants ont déclaré la survenue d’un évènement cardiovasculaire et de deux majorations des traitements cardiovasculaires, ce qui peut être le reflet du net ralentissement des consultations médicales hors Covid durant le confinement. En ce qui concerne le tabagisme, 4% des participants ont déclaré une augmentation de leur consommation tabagique d’au moins 1 cigarette par jour. De plus, selon des échelles validées en langue française et en population générale [GAD (Generalized Anxiety Disorder)-7 et PHQ (Patient Health Questionnaire)-9], 32% des participants ont rapporté des symptômes d’anxiété ou de dépression durant le confinement.

Nous avons analysé les facteurs indépendamment associés à une aggravation du risque cardiovasculaire par une diminution de l’activité physique ou une dégradation de l’alimentation ou une prise de poids durant le confinement. A côté des femmes et des participants les plus jeunes (50-60 ans) qui présentent près de 2 fois plus fréquemment une aggravation du risque cardiovasculaire durant le confinement, nous avons également élucidé des facteurs liés au confinement comme étant associés à une aggravation du risque cardiovasculaire. En effet, les participants qui estimaient avoir un niveau de risque supérieur aux autres d’être contaminé par le Covid-19, les participants qui vivaient en zone urbaine durant le confinement (par rapport à ceux vivant en zone rurale), les participants qui avaient continué à travailler que ce soit à la maison (en télétravail) ou en présentiel avec un contact avec le public (comme les caissiers, les infirmières ou les médecins) par rapport aux participants qui ont continué à travailler en présentiel sans contact avec le public (comme les éboueurs), reportaient (respectivement 1.5, 2, 3 et 4 fois) plus fréquemment une aggravation du risque cardiovasculaire durant le confinement. Nous avons également montré que les participants qui vivaient avec des enfants de moins de 18 ans à la maison lors du confinement présentaient 2 fois moins fréquemment une aggravation du risque cardiovasculaire durant le confinement.

En ce qui concerne les facteurs indépendamment associés aux symptômes d’anxiété ou de dépression survenus durant le confinement, des résultats très intéressants se dessinent. À côté des femmes qui présentaient près de 2 fois plus fréquemment des symptômes d’anxiété ou de dépression durant le confinement et des participants ayant déjà eu dans le passé des troubles anxio-depressifs qui en présentaient près de 7 fois plus fréquemment, nous avons également trouvé des facteurs liés au confinement comme étant associés à la survenue de symptômes d’anxiété ou de dépression durant le confinement. En effet, les participants qui se sentaient socialement isolés durant le confinement ou qui n’étaient pas totalement convaincus par l’efficacité des gestes barrières, les participants qui vivaient dans un logement sans terrasse ni balcon durant le confinement (par rapport à ceux vivant dans un logement avec un extérieur) ou qui avaient une détérioration de leur relation de couple depuis le confinement présentaient (respectivement 1,7, 2,5, 4,8 et 5,2 fois) plus fréquemment des symptômes d’anxiété ou de dépression durant le confinement. Nous avons également constaté que les participants qui avaient une alimentation plus équilibrée avant le confinement présentaient 2 fois moins fréquemment des symptômes d’anxiété ou de dépression durant le confinement.

À noter qu’à ce stade nous n’avons pas mis en évidence d’association entre la santé mentale et l’aggravation du risque cardiovasculaire durant le confinement, mais nous pensons que l’impact de la santé mentale sur l’aggravation du risque cardiovasculaire devrait être observé lors du suivi post-confinement actuellement organisé jusqu’à 12 mois après le confinement lié à la première vague de la Covid-19.

Notre étude, menée sur un échantillon représentatif d'un groupe d'âge à risque accru de maladie cardiovasculaire et de formes graves de la Covid-19 a démontré des facteurs modifiables liés au confinement associés à une aggravation du risque cardiovasculaire et à la survenue de symptômes d'anxiété ou de dépression pendant la première vague de la pandémie de la COVID-19. Nous pensons que nos résultats améliorent la compréhension de l'impact du confinement sur la santé, en particulier dans une population qui pourrait être soumise à des périodes de confinement supplémentaires. Les résultats de l’étude PSYCOV-CV seront examinés plus en détail à l’issue du suivi à 12 mois du confinement lié à la première vague de la Covid-19.

Retrouvez l'intégralité de l'étude en langue anglaise : "Lockdown-related factors associated with the worsening of cardiovascular risk and anxiety or depression during the COVID-19 pandemic"

Références

E. Bérard1S. Huo Yung Kai1, N. Coley1, V. Bongard1,2, J. Ferrières1,2   au nom de tous les auteurs de PSYCOV-CV

Preventive Medicine Reports Volume 21, March 2021, 101300. https://doi.org/10.1016/j.pmedr.2020.101300

  1. UMR1027 INSERM, Université de Toulouse III et Service d’Epidemiologie,
  2. Fédération de Cardiologie, CHU de Toulouse.