De la nécessité d’essais cliniques randomisés

Publié le mardi 24 mars 2020

D’après le communiqué d'Ariel Cohen, président de la Société Française de Cardiologie

La Société Française de Cardiologie est pleinement impliquée dans la prise en charge des patients COVID+.

De nombreux essais thérapeutiques, répondant à une méthodologie stricte, sont en cours. Les résultats sont attendus avec impatience par la communauté médicale, afin d’en faire bénéficier le plus grand nombre de patients, dans les délais les plus courts, à la condition que les résultats de ces essais puissent être interprétés, car répondant à une méthodologie rigoureuse et stricte

La Société Française de Cardiologie est alertée par l’utilisation large potentielle, de la CHLOROQUINE ou de l’HYDROXYCHLOROQUINE chez des patients COVID+.

La publication récente de l’équipe marseillaise ouvre une piste thérapeutique intéressante, mais les données actuelles, très préliminaires, sont difficiles à interpréter, compte-tenu de la taille de l’échantillon, et surtout de l’absence de données sur l’évolution clinique ou la mortalité, et de l’absence de confirmation indépendante des résultats observés (Gautret et al. In Press 17 March 2020 – DOI : 10.1016/j.ijantimicag.2020.105949)...

La Société Française de Cardiologie attire l’attention de la communauté médicale, et cardiologique en particulier, sur les points suivants.

Une utilisation non conforme (hors AMM) de cette molécule n’est pas sans danger potentiel car

  • La CHLOROQUINE ou l’HYDROXYCHLOROQUINE, associée à l’AZITHROMYCINE, augmente le risque d’allongement de QT et donc de torsades de pointes, (https://www.rfcrpv.fr/chloroquine-point-dinformation/);
  • Elle risquerait d’interférer avec les essais randomisés, contrôlés, testant l’efficacité de l’HYDROXYCHLOROQUINE dans le COVID+ et qui devraient permettre de disposer d’une réponse rapide, basée sur des données scientifiques indiscutables ;
  • Elle risquerait d’entraîner une pénurie dans la disponibilité de l’HYDROXYCLOROQUINE pour les patients traités au long cours dans un contexte de maladies inflammatoires sévères, et dans lesquelles cette thérapeutique est essentielle ;
  • Elle risquerait de susciter des espoirs encore non fondés et même un ressentiment des patients ou des familles de patients qui n’auraient pas reçu ce traitement, puisque annoncé comme efficace, alors même que nous manquons à ce jour de preuve formelle.

La Société Française de Cardiologie insiste sur le fait que la CHLOROQUINE ou l’HYDROXYCHLOROQUINE peut être efficace chez le patient COVID+ et que cela mérite une investigation indépendante et rigoureuse, afin de la confirmer ou de l’infirmer et donc de ne pas donner de faux espoirs, mais dans le cas contraire, de faire bénéficier nos patients de cette thérapeutique, dans les meilleurs délais.

La Société Française de Cardiologie invite instamment au respect des règles indispensables de sécurité pour les patients et de méthodologie rigoureuse, car les résultats obtenus par les essais, en cours, pourraient influencer la diffusion de ces molécules si elles s’avéraient efficaces et éviter dans le cas contraire, d’ajouter à la crise sanitaire actuelle un risque de pénurie ou de faux espoir.

Source: Société Française de Cardiologie

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