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L’algorithme 0/1 h est sûr, sans raccourcir le passage aux urgences : étude PRESC1SE-MI
ESC 2026
Publié le dimanche 30 août 2026
D’après l’étude PRESC1SE-MI, présentée par le Pr Christian Mueller à l’ESC 2026.
Messages clés de l’étude PRESC1SE-MI
- L’implémentation de l’algorithme ESC 0/1 h est non inférieure en termes de sécurité à la stratégie 0/3 h pour le risque de décès toutes causes ou de nouvel infarctus de type 1 à 30 jours.
- Malgré un deuxième dosage de troponine disponible environ 2 heures plus tôt, l’algorithme 0/1 h ne réduit pas la durée de passage aux urgences, médiane de 309 minutes dans les deux groupes.
- Ces résultats suggèrent que le facteur limitant n’est plus la disponibilité de la troponine mais plutôt l’organisation en aval du diagnostic : charge médicale et paramédicale, processus de décision, admission et disponibilité des lits.
- Des signaux exploratoires selon le sexe et l’existence d’une coronaropathie connue devront être confirmés.
Pourquoi comparer les stratégies 0/1 h et 0/3 h ?
Les recommandations de l’ESC privilégient depuis plusieurs années l’algorithme 0/1 h utilisant la troponine ultrasensible pour exclure ou confirmer rapidement un infarctus du myocarde. Pourtant, de nombreux centres continuent d’utiliser une stratégie 0/3 h, notamment en raison d’incertitudes concernant sa sécurité et son efficacité lorsqu’elle est déployée en pratique courante.
PRESC1SE-MI est un essai international pragmatique, randomisé en clusters selon un design stepped-wedge, réalisé dans des centres jusque-là utilisateurs de l’algorithme 0/3 h. L’analyse principale a porté sur 67 624 passages consécutifs pour suspicion d’infarctus : 36 464 sous stratégie 0/3 h et 31 160 après implémentation de la stratégie 0/1 h. Les deux co-critères principaux étaient la sécurité — décès toutes causes ou nouvel infarctus de type 1 à 30 jours — et l’efficacité, évaluée par la durée de séjour aux urgences. La marge de non-infériorité était fixée à un OR ajusté de 1,3. Le suivi à 30 jours était pratiquement complet (99,98 %).
Résultats de l’étude PRESC1SE-MI
Le critère principal de sécurité est survenu chez 1,1 % des patients avec l’algorithme 0/1 h contre 1,2 % avec le 0/3 h, démontrant la non-infériorité du parcours rapide (OR ajusté 0,93 ; IC95 % 0,77–1,13 ; p de non-infériorité <0,001).
Figure 1 : critère principal de sécurité : incidence cumulée du décès toutes causes ou d’un nouvel infarctus de type 1 à 30 jours. aOR 0,93 (IC95 % 0,77–1,13) ; p = 0,00038. Source : diapositive PRESC1SE-MI, ESC Congress 2026.
En revanche, l’hypothèse d’un gain organisationnel n’est pas confirmée. Le deuxième dosage de hs-cTn était réalisé à une médiane de 86 minutes avec le 0/1 h contre 190 minutes avec le 0/3 h, soit près de deux heures plus tôt. Pourtant, la durée médiane de passage aux urgences était strictement identique : 309 minutes dans les deux groupes (p=0,65).
Les deux composantes du critère de sécurité évoluaient par ailleurs dans des directions différentes, avec moins de décès toutes causes sous 0/1 h mais davantage de nouveaux infarctus de type 1. Ces analyses secondaires doivent rester prudentes. De même, les analyses en sous-groupes suggéraient un effet potentiellement plus favorable chez les femmes et chez les patients sans coronaropathie connue, résultats qui nécessitent confirmation.
Conclusion
PRESC1SE-MI apporte une démonstration robuste de la sécurité de l’algorithme ESC 0/1 h en conditions réelles, y compris dans des centres tardivement convertis à cette stratégie. En revanche, raccourcir le délai du deuxième dosage de troponine ne suffit pas à accélérer la prise en charge globale.
L’enseignement principal est donc probablement organisationnel : un biomarqueur disponible plus tôt n’entraîne un bénéfice que si le reste du parcours patient peut suivre au même rythme. La fréquence des écarts au protocole et l’impossibilité, dans un centre important, d’assurer systématiquement le prélèvement à 1 heure en raison d’un manque de personnel infirmier illustrent ce point. Enfin, le taux d’événements plus faible qu’anticipé — environ 1,2 % contre 3 % prévu — constitue une limite à garder à l’esprit.




