3 minutes de lecture
Téléréadaptation après infarctus, une alternative utile, mais pas encore suffisante : étude Remote Exercise SWEDEHEART
ESC 2026
Publié le dimanche 30 août 2026
D’après l’étude Remote Exercise SWEDEHEART, présentée par la Pr Maria Bäck lors de l’ESC 2026.
Messages clés
- L’ajout d’une réadaptation cardiaque supervisée à distance n’a pas augmenté le nombre de séances réalisées après un infarctus du myocarde par rapport à une stratégie reposant uniquement sur la réadaptation en centre.
- Lorsqu’elle était proposée, la modalité à distance était néanmoins largement utilisée, représentant environ 38 % des séances réalisées.
- L’amélioration de la capacité physique était comparable quelle que soit la stratégie proposée, avec peu d’événements indésirables graves liés à l’exercice.
- La téléréadaptation apparaît ainsi comme une modalité complémentaire permettant d’individualiser la prise en charge, mais ne constitue pas à elle seule une réponse à la faible participation aux programmes de réadaptation cardiaque.
Introduction
La réadaptation cardiaque fondée sur l’exercice constitue un élément majeur de la prise en charge après infarctus du myocarde. Malgré ses bénéfices et sa place dans les recommandations européennes, sa mise en œuvre reste insuffisante : seule une minorité des patients éligibles en Europe achève un programme supervisé en centre.
Méthode
L’étude Remote Exercise SWEDEHEART a évalué si la possibilité de réaliser les séances à distance pouvait améliorer cette participation dans les conditions de soins courants.
Il s’agit d’un essai pragmatique, intégré au registre SWEDEHEART, randomisé en clusters avec un schéma en cross-over. Vingt-trois centres suédois alternaient des périodes de 15 mois d’intervention et de contrôle. Pendant les périodes d’intervention, les patients pouvaient choisir une réadaptation supervisée en centre, à distance, ou combiner les deux modalités. Pendant les périodes de contrôle, seule la prise en charge en centre était proposée.
La téléréadaptation reposait sur des séances collectives réalisées au domicile, en visioconférence et en temps réel sous la supervision d’un kinésithérapeute. Les principes d’entraînement aérobique et de renforcement musculaire ainsi que leur progression étaient identiques à ceux appliqués en centre.
Résultats
L’analyse présentée incluait 3 112 patients, âgés en moyenne d’environ 67 ans, et dont approximativement un quart étaient des femmes.
Le résultat principal est négatif : la mise à disposition de la téléréadaptation n’a pas significativement augmenté le nombre moyen de séances réalisées. De même, la proportion de patients ayant achevé le programme complet était pratiquement identique entre les périodes d’intervention et de contrôle (13,8 % contre 13,6 %).
Cette absence d’effet sur la participation globale ne signifie toutefois pas que la modalité à distance n’a pas été adoptée. Lorsqu’elle était disponible, 38 % des séances enregistrées étaient réalisées à distance contre 62 % en centre. L’amélioration de la capacité physique après réadaptation était par ailleurs similaire entre les deux stratégies. Enfin, les événements indésirables graves liés à l’exercice étaient rares, avec des taux rapportés de 0,47 événement pour 1 000 heures-patients en centre et 0,17 pour 1 000 heures-patients à distance.
Conclusion
L’étude Remote Exercise SWEDEHEART apporte un message nuancé. La téléréadaptation semble techniquement réalisable, utilisée par une proportion substantielle des patients lorsqu’elle est proposée et compatible avec une amélioration fonctionnelle comparable à celle obtenue avec la réadaptation conventionnelle. Elle ne permet cependant pas, à elle seule, d’augmenter la participation globale.
Ces résultats suggèrent que les obstacles à la réadaptation ne se limitent pas aux contraintes de déplacement. Comorbidités, difficultés socio-économiques, barrières linguistiques ou maîtrise insuffisante des outils numériques pourraient également intervenir. La téléréadaptation doit donc probablement être considérée comme une option supplémentaire au sein d’une offre multimodale et centrée sur le patient plutôt que comme un substitut aux structures de réadaptation traditionnelles.



