Insuffisance cardiaque : systématiser le dépistage précoce parmi les pistes pour optimiser le parcours de soins

Publié le jeudi 24 juin 2021
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PARIS, 22 juin 2021 (APMnews) - Une centaine de professionnels, acteurs de santé, sociétés savantes et représentants des patents-usagers, réunis au sein de la démarche nationale OPTIM'IC, appellent à la systématisation du dépistage précoce de l'insuffisance cardiaque et de ses comorbidités, parmi d'autres pistes d'orientation et propositions visant à optimiser le parcours de soins des patients.

Les différentes parties prenantes* de la prise en charge des insuffisants cardiaques, constituée en un comité national et 6 comités régionaux du programme OPTIM'IC, ont mené une réflexion afin d'identifier des pistes d'amélioration du parcours de soins des patients. Un colloque a été organisé mardi sous le patronage du ministère des solidarités et de la santé, afin de présenter la restitution de leurs travaux, avec une note de position comportant des propositions d'actions concrètes à soumettre aux pouvoirs publics. Certaines de ces actions relèvent d'une dimension nationale de santé publique, d'autres de la mise en place de schémas régionaux.

Plus de 1,5 million de personnes souffrent d'insuffisance cardiaque en France, un nombre qui augmente de 25% tous les ans du fait du vieillissement de la population, tandis qu'en face la démographie médicale "s'effondre" et qu'il y a moins de soignants, a rappelé le Pr Thibaud Damy (hôpital Henri-Mondor, AP-HP, Créteil, Val-de-Marne), président du programme OPTIM'IC, lors d'une conférence de presse mardi.

Le diagnostic est souvent tardif, généralement posé lors d'une décompensation. Les patients sont systématiquement orientés vers l'hôpital et les filières de soins ne sont pas rendues visibles, en conséquence ils se retrouvent aux urgences puis hospitalisés dans des services pas forcément adaptés. En outre, le traitement médicamenteux doit être optimisé afin d'améliorer l'espérance de vie des patients, en augmentant progressivement les doses tous les 15 jours, jusqu'à la dose optimale. Mais "notre système de soins ne permet pas d'avoir toutes ces consultations", a souligné le Pr Damy.

"Il y a urgence car il y a 70.000 morts par an" d'insuffisance cardiaque, a-t-il insisté.

Un parcours de soins a été recommandé en 2012, complété en 2014, par la Haute autorité de santé (HAS), avec le médecin généraliste en première ligne pour coordonner et optimiser le traitement, a-t-il rappelé. Mais cette organisation se heurte à l'absence de médecins dans certains territoires, comme l'a montré l'étude IC-PS2 menée en 2018. Il n'existe pas en outre de structure multidisciplinaire pour coordonner, surveiller et optimiser le traitement des patients.

L'assurance maladie a revu le parcours de soins récemment, en établissant de nouveaux indicateurs permettant aux professionnels d'objectiver des phénomènes souvent connus mais rarement quantifiés. Cinq indicateurs sont ainsi définis pour évaluer la qualité de la sortie d'hospitalisation. "Une structure de coordination ville-hôpital commence à exister" a commenté le Pr Damy.

Par ailleurs, des expérimentations sont en cours (réseaux territoriaux, programme Prado, projet ETAPES sur la télémédecine, transfert de compétences par des protocoles de coopération, alternatives à l'hospitalisation, dossier médical partagé entre soignants, biologistes et pharmaciens), a-t-il noté. Certaines de ces expérimentations disposent cependant de moyens limités ne permettant pas de prendre en charge tous les patients insuffisants cardiaques d'un territoire. Il existe en outre, sur le plan du DMP, des problèmes d'interopérabilité des logiciels de données.

Quatre pistes d'orientation

Les acteurs* mobilisés au sein d'OPTIM'IC ont identifié 4 pistes d'orientation, déclinées en propositions pour leur mise en oeuvre, afin d'optimiser le parcours de soins:

  • Systématiser le dépistage précoce de l’insuffisance cardiaque et de ses comorbidités et encourager les actions de prévention pour limiter les décompensations:
    • accéder aux données de la CPAM afin de mieux identifier et suivre les patients les plus à risque
    • créer un livret individuel de l’insuffisance cardiaque
    • organiser de campagnes nationales et locales de sensibilisation à l’insuffisance cardiaque, visant à la fois le grand public et les professionnels de santé.
  • Optimiser les parcours autour de filières territoriales, afin de s’ajuster au mieux aux besoins des patients et des ressources disponibles:
    • adapter le parcours au niveau de chaque territoire
    • optimiser les liens ville-hôpital/clinique en désignant un interlocuteur privilégié
    • créer un modèle de coordination type articulé autour des rôles du cardiologue ville-hôpital, du gériatre, du médecin généraliste, du pharmacien, de l’infirmier
    • développer l'e-santé.
  • Mieux partager l’information pour limiter les pertes de chances d’accès aux soins:
    • structurer des systèmes d’information sur le plan national et régional à travers notamment le développement de plateformes de centralisation des données
    • améliorer et rationaliser des systèmes de communication et de coordination territoriaux
    • valoriser et promouvoir des bonnes pratiques grâce à des initiatives telles qu’un "observatoire de l’IC", un "prix de l’IC" ou des temps forts régionaux dédiés.
  • Faire du financement au parcours un succès pour les patients et les soignants:
    • adapter le financement à l’ensemble du parcours afin qu’il couvre la prise en charge de l’ensemble des soins et faire en sorte que les ressources financières soient mieux allouées et que les ressources soignantes soient utilisées de manière plus efficiente
    • s’appuyer pour cela sur des indicateurs objectifs, comme le nombre d’hospitalisations évitées.
    • valoriser ceux qui œuvrent à l’amélioration de la qualité de la prise en charge des patients via des incitations financières.

Le Pr Hervé Puy (Université de Paris, AP-HP Nord) a souligné lors de la conférence de presse l'importance du rôle des biologistes médicaux dans le parcours de soins, notamment pour le dosage des biomarqueurs BNP et NT-proBNP, plus accessibles qu'une échographie cardiaque nécessitant l'accès à un cardiologue, et qui peuvent être utilisés, pour un coût "modeste" (environ 20 euros), au dépistage de l'insuffisance cardiaque avant que les lésions du myocarde ne soient trop importantes.

"On a la chance en France d'avoir un réseau de laboratoires accrédités, certifiés, qui ont un maillage territorial permettant à des habitants isolés d'avoir accès via leur infirmière ou le laboratoire de ville à la prise de sang. Cela permet de détecter une population à risque qui elle sera réorientée ensuite vers le parcours de soins", a-t-il évoqué.

Il a également rappelé l'importance de la carence martiale parmi les comorbidités exposant au risque d'insuffisance cardiaque. Invisible avant le stade de l'anémie, elle suffit pourtant à elle seule (en l'absence d'anémie) à expliquer beaucoup de rechutes et de décompensations.

Le Dr Michel Fanget, député du Puy-de-Dôme (Modem) et conseiller régional, engagé dans le programme OPTIM'IC, a fait savoir lors la conférence de presse qu'il mènerait les concertations nécessaires au sein de son groupe politique "dans l'objectif d'avoir la meilleure approche possible au niveau institutionnel et au niveau national" pour porter ces propositions. "Cela prendra la forme d'un plan national sur l'insuffisance cardiaque", a-t-il indiqué.

*Cardiologues hospitaliers et libéraux, médecins généralistes, gériatres, pharmaciens, infirmiers, biologistes, représentants de fédérations hospitalières, décideurs et institutionnels territoriaux, économistes; la Fédération hospitalière de France (FHF), le Collège national de biochimie-biologie moléculaire médicale (CNBBMM), le Collège de la pharmacie d'officine et de la pharmacie hospitalière (CPOPH), le Syndicat national des cardiologues (SNC), le Collège national des cardiologues français (CNCF), la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG); l'Alliance du coeur, France Rein, l'Association pour le soutien à l’insuffisance cardiaque (SIC), l’Association vie et coeur (AVEC) et l’Association pour les patients insuffisants cardiaques (ASPIC).

Source: APMnews

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