Cancer de la prostate : un défi cardiovasculaire majeur

ESC Cardio-oncology 2026

Publié le mercredi 24 juin 2026

Dr Charles Dolladille

Charles Dolladille

Cardio-oncologie, Cardiologie et maladies vasculaires - Autres - Caen

Le risque cardiovasculaire des patients atteints de cancer de prostate est très élevé. Leurs facteurs de risque cardiovasculaires ne sont pas à l’équilibre et ils reçoivent des traitements susceptibles d’aggraver encore ce risque. Voici, en somme, les sujets passionnants abordés lors des sessions du congrès Européen de Cardio-Oncologie 2026 ! 

 

Au moins un facteur de risque cardiovasculaire dans ¾ des cas chez les patients atteints de cancer de la prostate

Dans le détail, une série monocentrique prospective australienne de 28 patients a montré que plus des ¾ des patients atteints de cancer de prostate avaient au moins un facteur de risque cardiovasculaire. Elle montre également qu’une consultation de cardio-oncologie permettait d’en dépister au moins un autre dans plus de la moitié des cas et qu’une modification des traitements cardiovasculaires intervenait chez 79 % des patients à l’issue de cette consultation (poster, Yap HS et al., Australie). Le service rendu à cette population fragile est donc substantiel, au regard du très haut risque d’évènement cardiovasculaire qui les affecte.

Si le surrisque conféré par les hormonothérapies (déprivantes en androgènes) est désormais bien établi, la conférence du Pr Szmit (Pologne) a clairement rappelé que la controverse persiste à l’échelle de chaque traitement. Les agonistes et les antagonistes de la GnRH, première ligne du traitement, n’auraient pas le même niveau de risque (étude HERO, Shore N et al, New Engl J Med, 2020, en faveur d’un risque moindre pour les antagonistes, étude PRONOUNCE Lopes et al, Circulation, 2021, ne montrant pas de différence au cours d’une étude arrêtée prématurément). 

La question se pose également entre les différentes hormonothérapies de nouvelle génération, qui vont concerner un nombre croissant de patient, comme l’a montré le Dr Castro (Espagne) lors d’une session jointe avec l’ESMO (European Society of Medical Oncology). À ce titre, une méta-analyse en réseau d’essais cliniques randomisés incluant 39 études et 22 000 patients semble indiquer que toutes ces nouvelles hormonothérapies (les ARPI, androgen receptor pathway inhibitors) ne sont pas équivalentes, avec un surrisque d’évènement cardiovasculaires majeurs non fatal plus net pour 3 d’entre-elles (abiratérone, enzalutamide, apalutamide), tandis que la 4ème (darolutamide) serait peut-être moins à risque (poster modéré, Durand L et al, France).

 

Un lien entre cancer de la prostate et insuffisance cardiaque

Enfin, et de façon tout à fait surprenante, des études observationnelles ont établi un lien entre cancer de prostate et une plus faible incidence d’insuffisance cardiaque. Les déterminants de cette observation ont été approchés par une étude cas-témoin nichée dans une cohorte de la UK Biobank. 11 000 patients atteints de cancer de prostate ont été comparés à 32 000 contrôles et l’analyse de médiation causale mettait en évidence que l’utilisation de bêtabloquants pourrait être un facteur important (poster modéré, Gomez Ochoa SA et al, Allemagne).

Conclusion

En somme, une actualité riche, offrant des perspectives translationnelles et soulignant l’importance de l’évaluation cardio-oncologique dans cette population fragile !

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