Risque de myocardite après vaccin anti-Covid : moins de risque avec un intervalle plus long entre deux doses chez les jeunes

Publié le mardi 19 juillet 2022
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APM news

LONDRES, 15 juillet 2022 (APMnews) - Le risque de myocardite ou de péricardite après la deuxième injection d'un vaccin à ARNm contre le Covid-19 est atténué en allongeant le délai entre les deux doses, chez les moins de 40 ans, ressort-il d'une synthèse de la littérature scientifique qui met à jour les connaissances sur ces complications cardiaques post-vaccin anti-Covid, publiée dans le British Medical Journal (BMJ).

Cette revue de la littérature met à jour les données sur ce sujet au 10 janvier 2022. Au total, 46 études ont été incluses, portant sur plus de 8.000 cas, dont 14 études sur l'incidence des myocardites et péricardites post-vaccin anti-Covid à ARNm, sept sur les facteurs de risque de ces complications, 11 sur leurs caractéristiques et leur évolution à court terme, trois sur l'évolution à plus long terme et 21 sur les mécanismes sous-jacents.

Les chercheurs ont évalué le niveau de certitude des éléments de connaissance avancés en utilisant l'approche GRADE. Dans celle-ci, il est considéré que les essais randomisés contrôlés génèrent des preuves ayant un haut niveau de certitude, contre un faible niveau pour les études observationnelles.

L'analyse établit que l'incidence des myocardites post-vaccin à ARNm est la plus élevée chez les adolescents et jeunes adultes de sexe masculin, atteignant 50 à 139 cas par million chez les garçons de 12 à 17 ans et 28 à 147 cas par million chez les hommes de 18 à 29 ans.

Chez les filles et les garçons de 5 à 11 ans, et chez les femmes de 18 à 29 ans, l'incidence est "probablement" inférieure à 20 cas par million -un seuil déterminé par les auteurs comme indiquant un évènement "très rare", avec un faible niveau de certitude selon l'approche GRADE.

Les données chez les adolescentes, les personnes de 30 à 39 ans et les femmes de 18 à 39 ans sont très incertaines du fait de risques de biais et d'incohérence, soulignent Jennifer Pillay de l'University of Alberta à Edmonton (Canada) et ses collègues.

Après la troisième dose, l'incidence des myocardites chez les hommes de 40 ans et plus doit être inférieure à 20 cas par million, avec un faible niveau de certitude. Chez les 18-39 ans et chez les femmes de 40 ans et plus, l'imprécision et l'incohérence des multiples études donne des éléments de très faible certitude sur l'incidence des myocardites.

Une seule étude a porté sur l'incidence des péricardites après vaccination, dans les deux sexes, chez les enfants de 5-11 ans, avec un très faible niveau de certitude.

Avec un niveau de certitude modéré, l'analyse confirme qu'après deux doses, chez les 18-29 ans et chez les hommes de 18 à 39 ans, l'incidence des myocardites est "probablement" plus élevée avec Moderna qu'avec Pfizer, et avec un faible niveau de certitude que cette incidence "pourrait être" plus élevée avec Moderna que Pfizer chez les femmes de 18 à 39 ans.

Chez les 30-39 ans, il n'y aurait pas ou peu de différence d'incidence des myocardites après Moderna ou Pfizer, avec un faible niveau de certitude.

Il semble y avoir peu ou pas de différence d'incidence des myocardites ou péricardites chez les 18-29 ans, les 18-39 ans et les hommes de 18-29 ans ayant reçu un schéma de primovaccination hétérologue (Moderna puis Pfizer ou l'inverse) par rapport à ceux ayant reçu un schéma homologue.

L'analyse s'est concentrée aussi sur les intervalles entre les deux premières doses de vaccin. Il ressort que chez les 12-17 ans, les 18-29 ans et les 18-39 ans, l'incidence des myocardites ou péricardites après la deuxième dose pourrait être plus faible si elle est administrée au moins 31 jours après la première dose (faible niveau de certitude). La réduction proportionnelle de l'incidence en fonction de l'intervalle entre les deux doses pourrait être moins importante avec Moderna qu'avec Pfizer chez les 18-39 ans, et similaire chez les 18-29 ans.

Chez les hommes de 18 à 29 ans, il pourrait être nécessaire d'allonger l'intervalle entre les deux doses à au moins 56 jours pour réduire l'incidence de façon importante.

Un risque potentiellement accru avec un intervalle plus long chez les plus de 40 ans

Mais chez les personnes de 40 ans et plus, l'espacement entre deux doses de 31 jours ou plus pourrait être associé à une incidence plus élevée de myocardites ou péricardites, par rapport à un intervalle de 30 jours ou moins (faible niveau de certitude). Dans ce groupe, l'augmentation proportionnelle de l'incidence des myocardites ou péricardites 31 jours ou plus après la deuxième dose par rapport à 30 jours ou moins pourrait être plus importante avec le vaccin Moderna qu'avec le vaccin Pfizer.

Concernant l'évolution clinique et le résultat à court terme, chez les adolescents et les adultes, plus de 90% des cas de myocardite impliquaient des hommes âgés en médiane de 20 à 30 ans, dont les symptômes sont apparus deux à quatre jours après la deuxième dose (71% à 100% des cas). Dans 84% des cas, ils ont été hospitalisés, pour une courte durée (deux à quatre jours).

Les données sont plus limitées pour les cas de péricardite et montrent plus de variations concernant l'âge, le sexe, l'apparition des symptômes et les taux d'hospitalisation.

Trois séries de cas à plus long terme (trois mois) suggèrent des anomalies échocardiographiques persistantes, ainsi que des symptômes persistants ou la nécessité d'un traitement ou d'une restriction des activités chez plus de la moitié des patients.

Pour finir, 16 mécanismes hypothétiques ont été décrits, avec peu de preuves permettant de les soutenir ou de les infirmer.

Il persiste des incertitudes sur des points clés comme les risques associés aux doses de rappel, ceux associés à la primovaccination des jeunes enfants et l'évolution à long terme des cas de myocardite, commentent Jing Luo de l'University of Pittsburgh School of Medicine et Walid F. Gellad du VA Pittsburgh Healthcare System à Pittsburgh (Pennsylvanie), auteurs d'un éditorial accompagnant l'article.

"Mais ces incertitudes doivent être replacées dans le contexte des bénéfices importants et largement acceptés de la vaccination", concluent-ils.

Source: APMnews

Mots clés: Facteurs de risque Facteurs de risque

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