Pendant le premier confinement, moins d'hospitalisations pour infarctus mais hausse de la mortalité cardiaque extrahospitalière

Publié le jeudi 22 avril 2021
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LONDRES, 19 avril 2021 (APMnews) - Le nombre d'hospitalisations pour infarctus du myocarde a diminué de façon importante au cours de la première vague de Covid-19 en Emilie-Romagne (Italie) mais, en parallèle, une augmentation de la mortalité cardiaque a été observée hors hôpital, relève une étude publiée dans The Lancet Regional Health-Europe.

Durant la première vague de Covid-19, une diminution importante des hospitalisations pour infarctus a été rapportée dans plusieurs pays, notamment aux Etats-Unis et en France, avec une chute du nombre des admissions pour infarctus du myocarde avec élévation du segment ST.

En France, une diminution d’environ 20% des admissions pour infarctus du myocarde à l’hôpital a été mise en évidence dans les Hauts-de-France et en Pays de la Loire. Une autre étude française a suggéré une baisse de 30% des admissions hospitalières lors de la période de confinement.

D'autres études ont montré une augmentation du nombre d'arrêts cardiaques hors de l'hôpital. Toutefois, peu d'informations sont disponibles sur la prise en charge et la mortalité des patients atteints d'infarctus lors de l'épidémie. L'association entre la réduction du nombre d'admissions quotidiennes et le nombre de décès cardiaques hors hôpital n'est pas clairement établi.

Gianluca Campo, de l'Institut cardiovasculaire italien et de l'hôpital Maria Cecilia de Cotignola (Italie), ainsi que ses collègues de différents centres d'Emilie-Romagne, l'une des régions les plus durement touchées par le Covid-19 au printemps 2020, ont mené une étude observationnelle et comparative à partir de registres de données cliniques et hospitalières (date d'admission, motif d'hospitalisation pour infarctus avec ou sans élévation du segment ST, intervention coronarienne percutanée, infection au Sars-CoV-2, comorbidités) de patients atteints d'infarctus du myocarde entre janvier 2017 et juin 2020. Ils ont aussi étudié à partir du registre des décès, la mortalité extrahospitalière pour cause cardiaque.

Les chercheurs se sont ensuite concentrés sur trois périodes clés: du 1er janvier au 21 février (avant pandémie), du 22 février au 13 mai (premier vague de la pandémie), du 14 mai au 30 juin (après la première vague).

Au total, de janvier 2017 à juin 2020, 31.381 admissions à l'hôpital pour infarctus du myocarde ont été comptabilisées dont 38,7% (12.164) concernaient un infarctus ST+ et 61,3% (19.217) un ST-.

Durant le premier semestre 2020 (les trois périodes confondues), 3.728 patients ont été hospitalisés pour infarctus du myocarde dont 1,5% étaient positifs au Sars-CoV-2 à leur admission.

A quelques jours du premier confinement, une réduction des admissions quotidiennes pour infarctus du myocarde a été observée à compter du 22 février 2020. L'écart entre le nombre d'admissions réelles par rapport à celles attendues, calculées sur les années précédentes d'avant crise a atteint 19,5%. Une réduction supplémentaire de 21,6% a ensuite été observée après le 5 mars 2020. Le confinement a officiellement débuté le 9 mars 2020 en Italie. Une première inversion de tendance a commencé vers le 17 avril 2020. Puis le nombre d'admissions est reparti à la hausse à partir du 13 mai 2020.

Le profil des patients hospitalisés a légèrement évolué après le déconfinement. Ainsi, ils étaient plus jeunes, avaient moins de facteurs de risques et d'évènements cardiaques antérieurs par rapport à ceux d'avant la crise sanitaire.

Par ailleurs, de janvier 2017 à juin 2020, 4.510 décès pour cause cardiaque ont été comptabilisés hors de l'hôpital, avec une forte concentration de février à avril 2020 et un pic en avril. Une augmentation de 62% des décès cardiaques extra-hospitaliers en février-avril 2020 a été observée.

"Notre étude confirme la réduction significative des admissions à l'hôpital pour infarctus du myocarde", expliquent les auteurs.

Quant à la surmortalité observée en dehors de l'hôpital pour cause cardiaque, les auteurs précisent ne pas être en capacité, à ce stade, de confirmer qu'elle avait un lien avec la baisse du taux d'hospitalisation.

Ils avancent néanmoins deux hypothèses. "Les changements de mode de vie causés par la pandémie et le confinement (rester à la maison, moins de stress, moins de pollution de l'air) ont conduit à une diminution du nombre d'événements coronariens. La théorie opposée suggère que la peur de la contagion et l’interprétation excessive de la campagne gouvernementale "restez à la maison" auraient pu entraver la décision des citoyens de se rendre à l'hôpital en cas de symptômes d'infarctus du myocarde, détaillent-ils, ajoutant que la deuxième hypothèse reste la plus plausible.

Plus précisément, ces campagnes médiatiques visant à alerter sur la propagation du virus auraient probablement conduit à des mauvais comportements. "Les personnes âgées ont perçu qu'elles avaient un risque plus élevé de décès en cas de contagion du Sars-CoV-2 et étaient donc plus réticentes à appeler les services d'urgence. Cette attitude a pu conduire à une augmentation significative des décès cardiaques hors de l'hôpital", ajoutent-ils.

Par ailleurs, concernant les patients qui ont été hospitalisés pour infarctus, les auteurs précisent qu'il n'ont "pas trouvé de variations significatives de la mortalité à 30 jours". Ce qui suggère selon eux que le "réseau bien établi et organisé" de prise en charge des infarctus du myocarde dans la région "est capable de fonctionner efficacement, y compris durant une pandémie".

En revanche, ils ont noté que les patients atteints d'un infarctus et infectés par le Sars-Cov-2 avaient un pronostic moins favorable. La mortalité à 30 jours était 5 fois supérieure aux patients atteints d'un infarctus mais négatifs au Covid-19. Ainsi, 32% d'entre eux sont décédés contre 8% chez les patients négatifs au Sars-Cov-2. Les auteurs notent que l'insuffisance respiratoire, le choc cardiogénique et les hémorragies étaient les complications les plus courantes chez ces patients.

Source: APMnews

Mots clés: Epidémiologie Epidémiologie , Urgences Urgences

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