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Conséquences cardiovasculaires du cancer du sein
Publié le jeudi 12 mars 2026
Points clés :
- La survie du cancer du sein augmente, avec une exposition croissante aux traitements potentiellement cardiotoxiques
- Anthracyclines et anti-HER2 exposent à une dysfonction ventriculaire gauche et à l’insuffisance cardiaque
- Radiothérapie, hormonothérapie et certaines thérapies ciblées augmentent le risque coronarien, le risque cardiovasculaire global, le risque thromboembolique ou de QT long
- Une évaluation cardiovasculaire pré-thérapeutique permet d’adapter la surveillance au traitement et au profil de risque
- Les survivantes présentent un risque cardiovasculaire majoré justifiant un suivi à long terme
Le cancer du sein est aujourd’hui le cancer le plus fréquent chez la femme dans le monde et en France, plus de 60 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. Grâce aux progrès du dépistage et surtout à l’amélioration des stratégies thérapeutiques, le pronostic s’est heureusement considérablement amélioré, avec actuellement une survie globale d’environ 88% à 5 ans(1). Cette amélioration du pronostic s’accompagne cependant d’une utilisation plus large et plus précoce des traitements systémiques. L’ensemble conduit à une augmentation constante du nombre de femmes survivantes du cancer du sein, faisant émerger de nouveaux enjeux de santé à long terme, en particulier cardiovasculaires.
La prise en charge thérapeutique du cancer du sein repose le plus souvent sur une stratégie multimodale associant selon le stade et le profil biologique de la tumeur : chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie, thérapies ciblées et hormonothérapie. Si ces traitements ont transformé le pronostic oncologique, chacun d’entre eux peut exposer à des complications cardiovasculaires.
Ainsi, à chaque étape du parcours thérapeutique peuvent survenir des atteintes cardiovasculaires variées. Les anthracyclines restent le modèle classique de cardiotoxicité, avec une dysfonction ventriculaire gauche dose-dépendante pouvant évoluer vers une insuffisance cardiaque. Les thérapies ciblant HER2, notamment le trastuzumab et le pertuzumab, peuvent également induire une altération de la fonction ventriculaire gauche. Ce risque est d’autant plus marqué qu’elles sont le plus souvent administrées après une exposition préalable aux anthracyclines, entraînant un effet cumulatif sur le myocarde.
La radiothérapie thoracique, en particulier en cas d’irradiation du sein gauche, peut être associée à des complications post-radiques. Celles-ci peuvent survenir plusieurs années après l’exposition et associent : coronaropathie, valvulopathies, atteinte péricardique mais aussi cardiomyopathie restrictive. L’hormonothérapie peut modifier le profil de risque cardiovasculaire : le tamoxifène est associé à un risque thromboembolique veineux accru, tandis que les inhibiteurs de l’aromatase peuvent favoriser une hypertension artérielle et majorer le risque cardiovasculaire global. Les inhibiteurs de CDK4/6, thérapie orale désormais largement utilisée dans les formes métastatiques, sont associés à un allongement de l’intervalle QT. Enfin, l’immunothérapie, utilisée dans le cancer du sein triple négatif, expose à un risque de myocardite immuno-médiée, complication rare mais potentiellement sévère(2). C’est pourquoi, le cancer du sein apparaît ainsi comme un modèle de cancer illustrant pleinement l’intérêt de la cardio-oncologie.
Surveillance cardiovasculaire individualisée
Cette potentielle cardiotoxicité justifie une surveillance cardiovasculaire adaptée chez ces patientes. Celle-ci doit être individualisée en fonction des traitements administrés mais aussi du profil de risque de cardiotoxicité propre à chaque patiente, évalué dès la phase pré-thérapeutique. De plus, le suivi doit être poursuivi certes pendant le traitement, au cours de la première année qui suit son arrêt, période où surviennent de nombreuses toxicités, mais aussi au long cours.
En effet, les femmes traitées pour un cancer du sein présentent un risque cardiovasculaire global majoré, lié à la fois aux effets tardifs des traitements et à l’évolution de leurs facteurs de risque. Ainsi, à l’heure où la survie oncologique s’améliore, la prévention et la prise en charge des complications cardiovasculaires au long cours deviennent un enjeu majeur pour préserver la qualité de vie de ces patientes.
Ces femmes, souvent encore jeunes au moment du diagnostic (âge médian d’environ 64 ans)(1), doivent devenir une véritable priorité pour la cardiologie moderne. Car au-delà du cancer qu’elles ont combattu, notre rôle est aussi de protéger leur cœur, pour que la guérison oncologique ne se fasse jamais au détriment de leur avenir cardiovasculaire.
Consultez le dossier spécial : Cœur et femmes 2026
Références :
1. Données INCA 2025.
2. Lyon AR, López-Fernández T, Couch LS, Asteggiano R, Aznar MC, Bergler-Klein J, et al. 2022 ESC Guidelines on cardio-oncology developed in collaboration with the European Hematology Association (EHA), the European Society for Therapeutic Radiology and Oncology (ESTRO) and the International Cardio-Oncology Society (IC-OS). Eur Heart J. 1 nov 2022;43(41):4229‑361. doi:10.1093/eurheartj/ehac244 PubMed PMID: 36017568.

