Une endothéliopathie persistante observée dans le "Covid long"

Publié le jeudi 19 août 2021
dans
APM news

WASHINGTON, 17 août 2021 (APMnews) - Un dysfonctionnement persistant de l'endothélium vasculaire semble fréquent chez les patients conservant des symptômes après la phase aiguë d'un Covid-19, suggérant qu'il puisse participer à la pathogenèse d'un "Covid long", selon un article à paraître dans le Journal of Thrombosis and Haemostasis.

Une part notable de patients rapportent des symptômes persistant après une infection à Sars-CoV-2, notamment une dyspnée, une fatigue et une tolérance à l'exercice réduite. Les mécanismes sous-jacents restent inconnus mais de précédentes données montrent qu'un quart des patients en convalescence présentent un taux de D-dimères accru jusqu'à 4 mois après, ce qui suggère la présence persistante de troubles de la coagulation, expliquent Helen Fogarty du Royal College of Surgeons in Ireland (RCSI) à Dublin et ses collègues irlandais, allemands et britanniques.

D'autres travaux, notamment des études post mortem de cas de Covid-19 graves, ont mis en évidence des thromboses disséminées dans le système vasculaire pulmonaire et le fait qu'elles étaient associées à une endothéliopathie pulmonaire marquée, avec la présence dans le plasma des marqueurs d'activation des cellules endothéliales.

Pour en savoir plus, ils ont analysé les données de 50 adultes suivis à l'hôpital St James à Dublin, examinés à 68 jours en médiane de la fin de l'infection aiguë de Covid-19, et de 17 contrôles. Parmi les 50 patients, 74% avaient été hospitalisés et avaient reçu une thromboprophylaxie par héparine de bas poids moléculaire (HBPM). Aucun des patients restés à domicile n'a reçu une telle thromboprophylaxie.

Les marqueurs d'activation des cellules endothéliales, l'antigène du facteur von Willebrand (vWF:Ag) et le propeptide du VWF (VWFpp), l'activité coagulante du facteur VIII (FVIII:C) et la thrombomoduline soluble (sTM) ont été mesurés.

Les résultats montrent que le délai de formation de la thrombine était significativement plus court chez les patients post-Covid, de 6,2 min en médiane, contre 8,2 min parmi les contrôles. En outre, le potentiel endogène de thrombine et le pic de thrombine étaient significativement plus élevés chez les patients convalescents, de respectivement 1.111 nM/min vs 768 nM/min et 157 nM vs 97 nM. Le délai pour atteindre le pic de thrombine était en outre significativement plus court chez les patients convalescents (9,8 min vs 13,8 min en médiane).

Le taux plasmatique du facteur VIII était significativement accru chez les patients convalescents par rapport aux contrôles (1,53 UI/mL vs 1,13 UI/mL), comme il l'est à la phase aiguë de l'infection à Sars-SoV-2. Un patient en particulier avec un FVIII:C de 2,7 UI/mL à 84 jours de suivi a développé plus tard une embolie pulmonaire, font observer les auteurs.

Le taux plasmatique de vWF:Ag était également plus élevé chez les patients convalescents (1,1 UI/mL vs 0,84 UI/mL), allant jusqu'à 3,4 UI/mL et une valeur dépassant la limite normale supérieure de 2 UI/mL chez 30% des patients. Le FVIII:C était significativement corrélé au taux de vWF:Ag.

Enfin, le taux de sTM était aussi supérieur chez les patients post-Covid (5,3 ng/mL vs 4,1 ng/mL).

Par ailleurs, les taux de vWF:Ag et de VWFpp étaient inversement associés aux performances réalisées au test de marche de 6 minutes.

Ces données démontrent pour la première fois qu'une activation soutenue des cellules endothéliales est fréquente jusqu'à 10 semaines après une infection aiguë à Sars-CoV-2 mais semble intervenir indépendamment de la phase précoce d'activation des neutrophiles polynucléaires, commentent les chercheurs. Elle est aussi associée à un potentiel accru de formation de la thrombine.

Des essais cliniques apparaissent nécessaires pour déterminer si cette activation soutenue des cellules endothéliales et de la coagulation joue un rôle dans la stratification des patients à risque thrombotique après la phase aiguë du Covid-19 pour leur proposer une thromboprophylaxie plus longue et/ou la prise en charge des symptômes persistant, ajoutent-ils.

Dans un communiqué du RCSI, le Pr James O'Donnell, qui a coordonné cette étude, souligne que la compréhension des causes du 'Covid long' est la première étape pour permettre de développer des traitements efficaces. "Des millions de personnes dans le monde souffrent déjà de ce syndrome et de plus en plus de personnes seront concernées tant que l'infection continue, notamment chez les non-vaccinés."

Source: APMnews

Mots clés: Recherche Recherche

Dépêche précédente

Plus de 220.000 nouveaux patients traités chaque année par anticoagulants oraux pour une fibrillation atriale en France

0 commentaire — Identifiez-vous pour laisser un commentaire