L’Anses alerte sur le risque d’hyperkaliémie avec les sels de régime à base de chlorure de potassium

Publié le vendredi 10 avril 2020
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MAISON-ALFORT (Val-de-Marne), 7 avril 2020 (APMnews) - L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) alerte sur les risques pour la santé associés à la consommation de "sels de substitution" à base de chlorure de potassium qui peuvent aggraver une situation d’hyperkaliémie, dans son bulletin des vigilances diffusé lundi.

Cette alerte est basée sur un avis de l’Anses relatif à la caractérisation des dangers liés à l’utilisation des sels de potassium en substitution au chlorure de sodium dans l’alimentation pour des populations à risque.

Il fait suite à l’alerte d’un cardiologue qui avait noté un risque d’hyperkaliémie sévère (concentration sérique ou plasmatique de potassium supérieure à 6,5 mmol/l chez les adultes) voire mortelle nécessitant un traitement en milieu hospitalier et réanimatoire en raison de la consommation de chlorure de potassium en lieu et place du chlorure de sodium.

"Les produits à base de chlorure de potassium (KCl) sont utilisés comme substituts au chlorure de sodium ou 'sel de table' et sont destinés aux patients nécessitant un régime hyposodé", rappelle Fanny Huret de l’Anses dans le bulletin.

Or, ces patients présentent souvent une hypertension artérielle, une insuffisance cardiaque, une insuffisance rénale ou un diabète, des pathologies à risque direct ou indirect d’anomalie de la kaliémie.

Si les formes légères à modérées d’hyperkaliémie (concentration supérieure à 5,5 mmol/l) provoquent des manifestations cliniques non spécifiques telles qu’une fatigue, une diminution de la force musculaire ou des symptômes gastro-intestinaux, les formes sévères peuvent induire des signes cliniques plus graves, les plus dangereux étant les troubles du rythme potentiellement mortels.

Dans de précédents travaux, l’Anses et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) avaient estimé que les données étaient insuffisantes pour la fixation d’une limite de sécurité maximale pour le potassium. L’agence européenne considérait que le régime européen n’induisait pas de risque de surconsommation en potassium, en soulignant toutefois que certaines activités (activité sportive, travail en pleine chaleur…) ou pathologies pouvaient majorer le risque d’hyperkaliémie.

Sur la base des observations de l’Efsa mais aussi des recommandations américaines de la National Kidney Foundation, de la base d’information internationale Vigilyze qui recense tous les cas d’hyperkaliémie depuis 1986 (dont près de 3.000 cas français) et de l’ensemble des données de la littérature, l’Anses a identifié plusieurs profils à risque d’hyperkaliémie en cas d’utilisation inappropriée des sels de potassium : les insuffisants rénaux en stade terminal, les diabétiques, les insuffisants cardiaques, les hypertendus et les sujets âgés.

Informer les patients du risque d’hyperkaliémie associé à ces produits

L’Anses recommande que "les personnes qui doivent diminuer leurs apports sodés ou augmenter leurs apports potassiques soient informées des risques d’hyperkaliémie liés aux interactions médicamenteuses avec les substituts à base de KCl".

Elle attire l’attention des pouvoirs publics sur l’allégation santé stipulant que "le potassium contribue au maintien d’une pression sanguine normale", qui pourrait "inciter les patients hypertendus à se tourner vers ce type de produits et s’exposer à un risque sanitaire".

Elle alerte aussi les pouvoirs publics sur les dangers encourus par les consommateurs, en raison d’un manque d’informations sur la présence de KCl dans les denrées alimentaires, et notamment "pour les personnes non suivies ou mal suivies présentant une des affections qui majorent le risque".

A cet égard, l’agence souligne que l’apport en potassium de la population à risque est souvent difficile à quantifier en raison des processus de fabrication des produits alimentaires et recommande qu’une étude ultérieure évalue cet apport afin d’affiner le risque encouru.

Source: APMnews

Mots clés: Facteurs de risque Facteurs de risque

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