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Nouvelles recommandations ESC 2026 : réadaptation cardiaque

ESC 2026

Publié le mardi 1 septembre 2026

Antonin Trimaille

Antonin Trimaille

Cardiologie interventionnelle - Strasbourg

Pour la première fois, l’ESC publie des recommandations spécifiquement consacrées à la réadaptation cardiaque. Jusqu’ici, celle-ci était abordée de manière fragmentée dans les recommandations sur le syndrome coronaire aigu, l’insuffisance cardiaque ou les valvulopathies. Le document 2026 propose au contraire une vision globale, centrée sur le patient, depuis l’événement aigu jusqu’au retour à une vie quotidienne active.

Le message principal est que la réadaptation cardiaque ne doit plus être considérée comme un simple programme d’exercice. Elle devient une intervention thérapeutique multimodale à part entière, associant entraînement physique, optimisation des traitements, prise en charge des facteurs de risque, nutrition, soutien psychologique, éducation thérapeutique, accompagnement au changement de comportement et retour à la vie sociale et professionnelle.


Une prise en charge qui doit débuter tôt et se poursuivre dans le temps

L’ESC propose une vision continue de la réadaptation, organisée en plusieurs phases :

  • Pré-habilitation avant une intervention programmée ;
  • Prise en charge précoce pendant l’hospitalisation ;
  • Programme structuré après la sortie puis maintien à long terme de l’activité physique et des mesures de prévention secondaire.
Recommandations ESC 2026 sur la réadaptation cardiaque : Figure 1 - Les phases de la réadaptation cardiaque.

Figure 1 : Les phases de la réadaptation cardiaque.
 

Cette notion de précocité est particulièrement importante. Après un syndrome coronaire aigu, la réadaptation devrait idéalement commencer dans les 14 jours et au plus tard dans les 30 jours. Après pontage coronaire, elle devrait débuter dans les 28 jours et ne pas être retardée au-delà de 42 jours. Chez un patient hospitalisé pour insuffisance cardiaque décompensée, elle peut débuter rapidement après décongestion et stabilisation hémodynamique, dès lors que la sortie devient envisageable et que le traitement médical a été initié. 

En pratique, cela implique de penser à la réadaptation dès la phase hospitalière, et non lors d’une consultation plusieurs semaines plus tard.


Syndrome coronaire aigu : un traitement pronostique

C’est dans la maladie coronaire que le niveau de preuve est le plus élevé. La réadaptation cardiaque est recommandée en classe IA après syndrome coronaire aigu ou chez les patients ayant un syndrome coronaire chronique, avec ou sans angioplastie ou pontage, afin de réduire la mortalité cardiovasculaire et le risque d’infarctus du myocarde. Elle réduit également les hospitalisations et améliore la capacité physique et la qualité de vie.

Ces données rappellent que la réadaptation ne doit pas être présentée au patient comme une option. Après un infarctus, elle fait partie intégrante du traitement de prévention secondaire au même titre que le contrôle du LDL-cholestérol, l’arrêt du tabac ou les traitements antithrombotiques.


Des indications désormais beaucoup plus larges

L’un des intérêts majeurs de ces recommandations est l’élargissement de la réadaptation à des populations jusque-là moins systématiquement adressées.

Dans l’insuffisance cardiaque à FEVG altérée, la réadaptation améliore la capacité fonctionnelle, la qualité de vie et réduit les hospitalisations. Elle est également recommandée chez les patients porteurs d’un LVAD et après transplantation cardiaque. Chez les patients avec insuffisance cardiaque à FEVG préservée, la réadaptation doit être envisagée pour améliorer les capacités fonctionnelles et la qualité de vie. Après une décompensation, elle peut également être proposée précocement lorsque l’état clinique le permet.

L’ESC reconnaît également un bénéfice après remplacement valvulaire aortique chirurgical ou percutané, dans les cardiopathies congénitales, la fibrillation atriale et après ablation de FA. Les patients porteurs de pacemaker, défibrillateur ou CRT peuvent également participer à des programmes adaptés.

Autre population émergente : les patients atteints de cancer, pendant ou après des traitements potentiellement cardiotoxiques. L’exercice est recommandé pour améliorer la condition physique et réduire la fatigue, notamment chez les patients à haut risque de toxicité cardiovasculaire.

Recommandations ESC 2026 sur la réadaptation cardiaque : Figure 2 - Les indications de la réadaptation cardiaque.

Figure 2 : Les indications de la réadaptation cardiaque.
 

Un programme personnalisé, et non pas une prescription standardisée

La philosophie centrale des recommandations est l’individualisation de la réadaptation. Avant de prescrire un programme d’exercice, une évaluation globale est indispensable : état clinique, symptômes, capacité fonctionnelle, comorbidités, facteurs de risque, traitements, santé mentale, contexte social, objectifs personnels et préférences du patient. L’évaluation fonctionnelle ne doit pas se limiter à la VO2peak.

Les objectifs doivent être définis conjointement avec le patient. Pour certains, le principal objectif sera de reprendre un emploi physique, pour d’autres, de pouvoir monter un escalier, reprendre le vélo, voyager ou simplement retrouver confiance après un infarctus. Cette prise en compte des objectifs du patient est explicitement présentée comme un facteur d’adhésion au programme.


Exercice : associer endurance et renforcement

La prescription d’exercice repose sur le principe FITT-VP : fréquence, intensité, durée, type, volume et progression.

Dans la maladie coronaire, l’association d’un entraînement d’endurance et d’un renforcement musculaire est privilégiée. Dans l’insuffisance cardiaque chronique, un entraînement d’endurance, de résistance et éventuellement des muscles inspiratoires peut être proposé. Une séance comprend généralement une majorité d’exercice d’endurance, complétée par du renforcement musculaire. Les recommandations insistent sur la nécessité d’une véritable prescription d’exercice avec une intensité et un volume adaptés à l’objectif recherché.

L’entraînement fractionné de haute intensité, ou HIIT, peut améliorer davantage la VO2peak que l’entraînement continu modéré chez certains patients coronariens, insuffisants cardiaques ou transplantés. Mais les données de sécurité sont insuffisantes pour une utilisation généralisée en autonomie : il doit donc être réservé aux patients sélectionnés, évalués médicalement et idéalement dans un environnement supervisé.

Les recommandations ne se limitent pas aux séances encadrées. Tous les patients doivent recevoir des conseils visant à maintenir une activité physique régulière après la fin du programme et à réduire le temps passé en position assise. 

Les traceurs d’activité sont recommandés comme outil permettant d’augmenter le nombre de pas et le niveau quotidien d’activité physique. L’enjeu est de transformer quelques semaines de réadaptation en changement durable de mode de vie.


Médicaments, sevrage tabagique, nutrition et santé mentale font partie de la réadaptation

La réadaptation devient également un lieu pour vérifier l’implémentation des traitements. Dans la maladie coronaire, l’insuffisance cardiaque ou la fibrillation atriale, l’équipe doit profiter du programme pour identifier une sous-prescription, une mauvaise tolérance ou une faible adhésion thérapeutique. Le sevrage tabagique, la nutrition et la gestion du poids doivent être intégrés au programme, tout comme la prise en charge de la fragilité et de la sarcopénie.

La dimension psychologique est particulièrement mise en avant. Environ un patient cardiaque sur trois présente une détresse psychologique significative. La prise en charge doit donc intégrer le dépistage de l’anxiété, de la dépression ou du stress, avec interventions psycho-éducatives ou thérapie cognitivo-comportementale si nécessaire. 

Les recommandations abordent aussi la sexualité et le retour au travail, deux dimensions souvent négligées alors qu’elles contribuent directement à la qualité de vie et au sentiment de récupération.


Télé-réadaptation et modèles hybrides

L’autre grande évolution est la reconnaissance des programmes à domicile et de télé-réadaptation. L’ESC distingue les programmes en centre, les programmes à domicile, la télé-réadaptation complète et les modèles hybrides associant séances présentielles et suivi à distance. L’objectif n’est pas de supprimer les centres spécialisés, mais d’élargir l’accès aux patients qui vivent loin, travaillent, ont des contraintes familiales ou préfèrent une prise en charge à domicile. Même dans un programme entièrement à distance, l’évaluation initiale, la stratification du risque et le screening avant exercice restent idéalement réalisés en présentiel. L’équipe de réadaptation reste responsable du programme, quel que soit son mode de délivrance.

Le standard minimal proposé pour un programme ambulatoire est de 24 séances, typiquement réparties sur environ 12 semaines, tout en laissant la durée réelle dépendre du profil clinique et fonctionnel du patient.

Les applications mobiles et outils numériques peuvent également être utilisés pour l’auto-surveillance et le recueil des événements. L’intégration de méthodes d’intelligence artificielle est évoquée, mais avec un niveau de preuve encore faible.


Le principal problème reste l’accès à la réadaptation

Malgré les bénéfices démontrés, la réadaptation cardiaque reste très sous-utilisée. Les taux d’adhésion varient considérablement selon les pays. Les principaux freins sont la distance, les contraintes professionnelles ou familiales, le manque de personnalisation, la faible perception de l’intérêt du programme et les difficultés de transport.

Certaines populations sont particulièrement sous-représentées : femmes, personnes âgées, minorités ethniques, patients défavorisés et patients ayant de multiples comorbidités. 

Les recommandations proposent donc des solutions très concrètes : orientation automatique depuis le dossier médical, horaires flexibles, télé-réadaptation, aide au transport ou à la garde d’enfants, soutien psychologique et programmes adaptés aux besoins spécifiques des femmes.


Quel impact pour la pratique ?

Ces premières recommandations ESC sur la réadaptation cardiaque confirment un changement de perspective : la réadaptation n’est plus une activité complémentaire optionnelle proposée après le traitement cardiologique, mais une composante du traitement lui-même.

Pour le cardiologue, trois réflexes doivent devenir systématiques :

  • Adresser précocement les patients éligibles, notamment après un syndrome coronaire aigu ou une hospitalisation pour insuffisance cardiaque ;
  • Proposer une réadaptation multidisciplinaire et individualisée plutôt qu’un simple programme d’exercice ;
  • Utiliser les modèles à domicile ou hybrides lorsque ceux-ci permettent de lever les obstacles à la participation.

La réussite de la réadaptation se mesure ainsi autant par la capacité à réduire les événements cardiovasculaires que par le retour du patient à une vie active, autonome et psychologiquement satisfaisante, ce qui constitue justement le fil conducteur de ces nouvelles recommandations.

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Figure 3 : Aspect multidisciplinaire et individualisée de la réadaptation cardiaque.
 

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