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La variabilité de la transthyrétine sérique pourrait-elle être un nouveau biomarqueur de l’amylose à transthyrétine ?
Étude ATTRibute-CM à l’HFA 2026
Publié le lundi 18 mai 2026
Messages clés de l’étude ATTRibute-CM à l'HFA 2026
- L’étude ATTRibute-CM suggère que la variabilité intra-individuelle de la transthyrétine sérique possède une valeur pronostique dans l’ATTR-CM,
- Une transthyrétine sérique élevée, mais également stable dans le temps, est associée au meilleur pronostic,
- L’acoramidis augmente les concentrations de transthyrétine sérique et réduit leur variabilité biologique,
- La variabilité de la transthyrétine sérique pourrait devenir un biomarqueur de sévérité et de réponse thérapeutique.
Lors du congrès Heart Failure 2026 à Barcelone, une analyse complémentaire issue de l’étude ATTRibute-CM a exploré un nouveau concept biologique dans l’amylose cardiaque à transthyrétine : celui de la variabilité intra-individuelle des concentrations sériques de transthyrétine.
Jusqu’à présent, les travaux portant sur les stabilisateurs de transthyrétine se concentraient principalement sur l’augmentation des concentrations circulantes de transthyrétine sérique considérée comme un reflet indirect de la stabilisation de la protéine. Cette nouvelle analyse va plus loin en évaluant non seulement le niveau moyen de transthyrétine sérique obtenu sous traitement mais également sa stabilité au cours du temps.
La variabilité intra-individuelle de la transthyrétine sérique dans l’essai ATTRibute-CM a été mesurée à l’aide d’un coefficient de variation défini comme le rapport entre l’écart-type et la moyenne des concentrations de transthyrétine sérique mesurées entre J+28 et M+12, un coefficient de variation faible étant assimilé à des concentrations plus stables au cours du suivi.
Résultats
Les résultats montrent qu’une variabilité élevée de la transthyrétine sérique était associée à des cardiopathies plus sévères : stades NAC plus avancés, taux de NT-proBNP plus élevés, capacité fonctionnelle plus altérée ainsi qu’à des concentrations moyennes de transthyrétine sérique plus basses.
Par ailleurs, l’acoramidis augmentait durablement les concentrations de transthyrétine sérique mais réduisait également significativement leur variabilité par rapport au placebo. Les patients traités par acoramidis maintenaient plus fréquemment des concentrations de transthyrétine sérique au-dessus de seuils physiologiques considérés comme cliniquement pertinents. Ainsi, 93 % des patients sous acoramidis maintenaient des concentrations ≥ 20 mg/dL entre J+28 et M+12, contre 56 % sous placebo.
Figure 1 : trajectoires intra-individuelles de la transthyrétine sérique sous acoramidis versus placebo
L’analyse pronostique apporte probablement les résultats les plus intéressants. Les patients présentant à la fois des concentrations moyennes élevées de transthyrétine sérique et un faible coefficient de variation avaient un meilleur pronostic avec moins de mortalité globale et cardiovasculaire entre M+12 et M+30. Inversement, les patients combinant faibles concentrations de transthyrétine sérique et forte variabilité présentaient le risque le plus élevé d’événements fatals. Cette association persistait après ajustement multivarié incluant les principaux facteurs pronostiques et les concentrations moyennes de transthyrétine sérique. Enfin, les auteurs suggèrent que la réduction de la variabilité de transthyrétine sérique pourrait expliquer environ 20 % de l’effet bénéfique observé de l’acoramidis sur la mortalité globale.
Figure 2 : courbes de survie selon le niveau moyen de la transthyrétine sérique et la variabilité (CVi)
Conclusion
Cette étude introduit une approche innovante dans le suivi biologique de l’amylose cardiaque à transthyrétine en suggérant que l’efficacité d’un stabilisateur de transthyrétine ne dépendait pas uniquement de l’augmentation de la transthyrétine sérique mais également de la stabilité durable de ses concentrations.
Le concept est séduisant car il rapproche l’ATTR-CM d’autres maladies chroniques où la variabilité biologique possède une valeur pronostique propre. Ces données ouvrent ainsi la voie à un éventuel monitoring longitudinal de la transthyrétine sérique comme biomarqueur de réponse thérapeutique.
Il convient néanmoins de rester prudents car il s’agit d’une analyse post-hoc exploratoire avec les limites inhérentes à ce type de méthodologie notamment un risque de confusion résiduelle. On ignore encore si cette variabilité reflète directement la dynamique amyloïde ou plus globalement la sévérité clinique des patients. Malgré ces réserves, cette présentation constitue probablement l’un des travaux mécanistiques les plus intéressants présentés cette année dans le domaine de l’ATTR-CM.
Références
1. Maurer MS et al. ATTRibute-CM Trial
2. Présentation ESC-HFA 2026 – “sTTR variability and outcomes in ATTR-CM”




