The RENAL-AF study : Apixaban dans l’insuffisance rénale terminale

Mis à jour le jeudi 21 novembre 2019

Auteur :
Jean-Claude Deharo
Chef du service Cardiologie/Rythmologie, Hôpital de la Timone, Marseille.

 

En direct de l'AHA 2019

D'après Sean D Pokorney du Duke Clinical Research Institute, Durham (USA), le 16/11/2019.

L’insuffisance rénale est une situation dans laquelle la fibrillation atriale est fréquente. On le sait, les antivitamines K sont très difficiles à manier chez l'insuffisant rénal chronique particulièrement au stade de dialyse. Par ailleurs, les anticoagulants oraux directs sont théoriquement contre-indiqués en cas d’insuffisance rénale sévère. Cependant, aux États-Unis, l’Apixaban a une autorisation de mise sur le marché chez l’hémodialysé.

L’étude RENAL-AF est la première étude randomisée comparant antivitamines K et Apixaban chez l’hémodialysé. Cette étude en simple aveugle a un critère principal de sécurité : délai de survenue d’un saignement majeur ou cliniquement significatif non majeur. Les critères secondaires comprenaient la survenue d’AVC et la mortalité. L’étude a débuté les inclusions en janvier 2017 et a été interrompue en janvier 2019 en raison d’un trop faible taux d’inclusion et de financement : 154 patients seulement ont été inclus sur 42 sites aux États-Unis. Les patients étaient randomisés entre une pleine dose d’Apixaban (éventuellement adaptée selon les critères habituels) et la Warfarine.

Les résultats ne montrent pas de différence significative sur le critère principal : 31,5 % dans le groupe Apixaban versus 25,5 % dans le groupe Warfarine. Par ailleurs, le taux d’accident vasculaire cérébral n’est pas statistiquement différent : 2,4 % avec l’Apixaban contre 2,8 % avec la Warfarine. La mortalité n’est pas non plus différente : 11 % avec l’Apixaban et 5,6 % avec la Warfarine. On notera essentiellement que le TTR sous Warfarine était particulièrement bas (environ 44 %), témoignant de la difficulté de manipulation des antivitamines K chez le dialysé.

En conclusion, cette étude, dont les résultats ne peuvent être utilisés qu’à titre exploratoire, est rassurante quant à l’utilisation de l’Apixaban aux doses habituelles chez l’hémodialysé. En France, ce médicament reste contre-indiqué chez l’hémodialysé et il faudra probablement attendre les résultats d’autres études en cours pour inclure cette nouvelle donnée dans notre pratique.

Pour consulter la publication des résultats de l'étude, cliquez sur "RENal hemodialysis patients ALlocated apixaban versus warfarin in Atrial Fibrillation - RENAL-AF"