La survie des sportifs après un arrêt cardiaque s'est améliorée avec le recours aux massages cardiaques et au défibrillateur

Publié le jeudi 3 février 2022
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APM news

PARIS, WASHINGTON, 2 février 2022 (APMnews) - Les stratégies de prévention et de formation aux massages cardiaques et aux défibrillateurs automatisés externes (DAE) ont augmenté "significativement" la survie des sportifs après un arrêt cardiaque brutal et inattendu, selon une étude française publiée dans le Journal of the American College of Cardiology (JACC).

La mort subite est une cause fréquente de décès cardiovasculaire dans le domaine du sport. Les arrêts cardiaques surviennent chez des personnes considérées comme en bonne santé et relativement moins à risque que d'autres.

En France pour réduire l'incidence des arrêts cardiaques liés au sport, une évaluation médicale est obligatoire pour participer à un sport en compétition et obtenir une licence sportive. Elle vise à détecter des personnes à risque dont la pratique sportive pourrait être contre-indiquée.

De plus, des formations à la réanimation cardiorespiratoire et à l'utilisation des défibrillateurs automatisés externes (DAE) ont été développées. L'utilisation de DAE publics en France a été mise en place progressivement depuis 2007.

L'impact de ces stratégies sur la survie après un arrêt cardiaque n'avait jamais été évalué scientifiquement jusqu'à présent.

Une équipe de chercheurs menée par le Dr Nicole Karam et le Pr Eloi Marijon de l'hôpital européen Georges-Pompidou (Paris, AP-HP), du Centre d'expertise de la mort subite de Paris, de l'université de Paris et de l'Inserm, a étudié la survie des sportifs adultes, après un arrêt cardiaque lié au sport entre 2005 et 2018 ainsi que l'impact de la mise en place des stratégies de prévention et de formation au cours du temps.

Ils ont analysé l'ensemble des données des arrêts cardiaques liés au sport du Centre d'expertise sur la mort subite de Paris, c'est-à-dire des arrêts survenant de manière brutal, inattendue, sans cause extracardiaque évidente chez des personnes participant à un programme sportif organisé (sport collectif ou individuel) nécessitant des compétitions et des entraînements réguliers.

La période d'étude a été découpée en six périodes de deux ans entre 2005 et 2018.

Au total, 377 arrêts cardiaques soudains liés au sport sont survenues dans le Grand Paris (ville de Paris + 131 communes), dont 5,3% chez de jeunes sportifs en compétition. Ils sont survenus principalement pendant l'activité sportive (92% des cas) ou dans l'heure suivant l'arrêt du sport (8%); 149 personnes ont survécu.

L'incidence des arrêts cardiaques liés au sport est restée stable, comprise entre 6,2 et 7 par million d'habitants/an entre 2005 et 2018n, ce qui suggère peut-être d'aller plus loin en matière "de stratégies de dépistage", notent les auteurs.

L'âge moyen lors de l'arrêt cardiaque était de 49,6 ans avec une majorité d'hommes (95,2%). Ils sont survenus principalement à l'extérieur du domicile (93,1%). Des passants étaient présents dans 92,3% des cas et une réanimation cardiorespiratoire a été initiée dans 68,4%. Un DAE a été utilisé avant l'arrivée des secours dans 10,5% des cas.

Le taux de massage cardiaque effectué par un tiers a augmenté dans le temps, passant de 34,9% entre 2005 et 2007 à 94,7% entre 2016 et 2018. Une augmentation de l'utilisation d'un DAE a aussi été observée, passant de 1,6% entre 2005 et 2007 à 28,8% entre 2016 et 2018. Les différences étaient significatives.

Une maladie coronaire a été identifiée comme l'une des causes principales des arrêts cardiaques (68,7%), suivie des cardiopathies structurelles non ischémiques (16,9%) et des arythmies pures (9,6%). Aucune différence significative des causes n'a été observée dans le temps. En revanche, la proportion d'arrêt cardiaque d'étiologie inconnue a baissé significativement, passant de 53,6% à 27,6% entre le début et la fin de la période d'étude.

Parmi les arrêts cardiaques survenus dans les infrastructures sportives, le taux de réanimation cardiorespiratoire a augmenté au fil du temps, atteignant 97,9% entre 2016 et 2018 contre 50% au début de l'étude en 2005, une différence statistiquement significative.

Le taux d'utilisation des DAE a également augmenté significativement, jusqu'à 34,9% au cours de la dernière période d'étude contre 3,1% au début.

Le taux de survie a aussi été quasi-multiplié par trois: il est passé de 23,8% dans la première période à 66,7% dans la dernière.

Dans l'analyse multivariée, la survie était associée à un rythme cardiaque choquable et à la réanimation cardio-respiratoire. La survie tendait à augmenter avec l'utilisation d'un DAE par un tiers, mais le résultat n'était pas statistiquement significatif.

"Alors que l'incidence des arrêts cardiaques liés au sport est restée stable au cours de la dernière décennie, la mortalité associée a significativement baissé en raison d'un triplement de la survie, principalement grâce à une meilleure réanimation", concluent les chercheurs.

"Aujourd'hui, en Ile-de-France, deux victimes d'arrêts cardiaques liés au sport sur trois survivent, comparé à moins d'un arrêt cardiaque sur 10 en dehors de l'activité sportive. L'impact spectaculaire des stratégies mises en place pour améliorer la prise en charge initiale, et donc la survie des arrêts cardiaques liés au sport, donne de grands espoirs sur la faisabilité de l'amélioration du pronostic de l'arrêt cardiaque extrahospitalier tout venant", commente le Pr Xavier Jouven du service de cardiologie de l'hôpital européen Georges-Pompidou, fondateur du Centre d'expertise mort subite, dans un communiqué de l'AP-HP.

Source: APMnews

Mots clés: Prévention Prévention

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