Prévention de la mort subite chez les footballeurs : un dépistage à 16 ans insuffisamment efficace (étude britannique)

Publié le lundi 20 août 2018
dans

WASHINGTON, 14 août 2018 (APMnews) - Un dépistage des maladies cardiaques chez les footballeurs de 16 ans apparaît insuffisamment efficace pour prévenir toutes les morts subites chez ces sportifs, selon une grande étude britannique sur 10 ans, publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM).

Des cas de décès subits chez des jeunes sportifs, dont certains ont été médiatisés, ont posé la question de l'intérêt d'un dépistage systématique des pathologies cardiaques pouvant conduire à une mort subite, avant la pratique d'un sport intensif. Cela a été pratiqué au Royaume-Uni chez tous les adolescents affiliés à un club de football.

Entre 1996 et 2006, 11.168 adolescents de 16,4 ans en moyenne affiliés à l'English Football Association ont reçu un dépistage incluant un questionnaire de santé, un examen physique, un électrocardiogramme (ECG) et une échocardiographie.

Ce dépistage a détecté 42 pathologies cardiaques à risque de mort subite (0,38% des participants). Plus de la moitié (26 cas) étaient des syndromes de Wolff-Parkinson-White, un trouble du rythme cardiaque. Les autres étaient des cardiomyopathies hypertrophiques, cardiomyopathies ventriculaires droites arythmogènes, syndromes du QT long, valves aortiques bicuspides avec régurgitation...

Seuls 2 sur les 42 étaient symptomatiques au moment du dépistage.

Le dépistage des 42 cas à risque de mort subite a permis de traiter la majorité des syndromes de Wolff-Parkinson-White par ablation, de prescrire un traitement par bêta-bloquant aux syndromes du QT long, d'intervenir chirurgicalement pour d'autres pathologies, et les patients ayant une cardiomyopathie ont reçu le conseil de ne pas faire de football en compétition.

Malheureusement, 2 d'entre eux ont tout de même continué ce sport à un haut niveau et sont décédés subitement.

L'étude montre aussi que durant les années qui ont suivi le dépistage, 6 autres morts subites sont survenues chez des personnes pour lesquelles le dépistage avait donné un résultat négatif. Le décès a eu lieu en moyenne 6,8 ans après le dépistage. L'autopsie a montré que dans 5 cas, la mort subite était liée à une cardiomyopathie.

Ainsi, le dépistage a permis de détecter et traiter un certain nombre de pathologies à risque. Mais "un dépistage dans la fin de l'adolescence échouera à détecter une proportion substantielle d'athlètes ayant ou qui auront une cardiomyopathie" et feront une mort subite, constatent donc Aneil Malhotra de l'université de Londres et ses collègues.

Ils ne savent pas si cela est lié à une sensibilité insuffisante des tests réalisés ou au fait qu'à l'âge où ils ont été faits la maladie n’était pas encore détectable.

Par ailleurs, le taux de mort subite de 6,8 cas pour 100.000 footballeurs était "considérablement plus élevé que des estimations antérieures", notent les chercheurs. Il était toutefois similaire à ce qui a été observé chez des basketteurs. Il est possible que le risque de mort subite soit plus élevé dans certains sports, suggèrent-ils.

(NEJM, 9 août, vol. 379, n°6, p524-534)

Source : APM International

En savoir plus sur la mort subite du sportif

Dépêche précédente

Hausse de la mortalité cardiovasculaire chez des patients VIH insuffisants cardiaques sous antiprotéase

Dépêche suivante

Diabète de type 2 : pas ou peu de surrisque de décès ou d’événements cardiovasculaires quand 5 facteurs de risque sont à la cible

0 commentaire — Identifiez-vous pour laisser un commentaire