Une réduction de 20% des admissions hospitalières pour infarctus du myocarde pendant le premier confinement

Publié le jeudi 11 février 2021
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APM news

PARIS, WASHINGTON, 2 février 2021 (APMnews) - LONDRES, LILLE, 5 février 2021 (APMnews) - Durant la première vague épidémique de Covid-19, une diminution d’environ 20% des admissions pour infarctus du myocarde à l’hôpital a été observée dans les Hauts-de-France et en Pays de la Loire, un retour à la normale plus rapide ayant été associé à des campagnes de communication spécifiques, selon une étude française publiée dans The Lancet Regional Health et un communiqué du CHU de Lille.

Dans une étude publiée en septembre 2020 dans The Lancet Public Health, Jules Mesnier de l’hôpital Bichat à Paris et ses collègues avaient estimé qu’en France, pendant le premier confinement, les admissions hospitalières pour infarctus du myocarde (IDM) avaient chuté de 30%, rappelle-t-on.

Durant la même période, une réduction de moitié (-48%) des passages aux urgences en Pays de la Loire était rapportée par l'observatoire régional des urgences (ORU), en particulier pour les maladies vasculaires cérébrales hors accidents ischémiques transitoires (-11%) et les cardiopathies ischémiques (-29%), rappelle-t-on.

Si dans la plupart des pays touchés par le Covid-19, une réduction des admissions pour IDM a été rapportée, ces résultats sont souvent extrapolés sur la base d’un échantillon d’établissements (principalement situés dans les grandes villes) prenant en charge ce genre de pathologie, expliquent Eric Van Belle du CHU de Lille et ses collègues. Or, l'annonce du confinement annoncé a été suivie par une migration de la population urbaine vers les campagnes, ce qui pourrait avoir entraîné une diminution du nombre de patients réellement exposés.

Afin de supprimer ce biais, ils ont étudié de manière exhaustive l’incidence des admissions pour IDM durant le premier confinement, dans deux régions françaises inégalement touchées par la maladie et ayant adopté deux stratégies de communication différentes (et représentant 1/7e de la population française). Ils ont également décrit l’amplitude des changements d’incidence d’admissions pour IDM en fonction de l’incidence des décès liés au Covid-19 dans la région.

L’ensemble des cas d’IDM survenus entre le 1er janvier et le 17 mai 2020 et sur la même période en 2019 (servant de contrôle) ont été relevés dans tous les centres disposant d’équipements adaptés à la prise en charge des IDM dans les Hauts-de-France (6 millions d’habitants environ) et en Pays de la Loire (3,8 millions).

Dans les Hauts-de-France, durant le confinement (18 mars-10 mai), 1.500 décès liés au Covid-19 ont été observés. Une baisse de 23% des admissions pour IDM a été notée: 272 cas d’IDM (111 STEMI et 161 NSTEMI) en moins ont été recensés par rapport à 2019, ce qui correspond à 18% des décès liés au Covid-19.

La région Pays de la Loire a été bien moins touchée par le Covid-19 avec 382 décès associés à la maladie rapportés durant la même période. Une diminution de 19% des admissions pour IDM était relevée: 138 IDM (63 STEMI et 75 NSTEMI) en moins par rapport à 2019, ce qui représente 36% des décès liés au Covid-19.

En combinant les deux régions, la mortalité hospitalière pour infarctus aigu a augmenté pendant le premier confinement par rapport à la même période un an plus tôt (5% vs 3,4%), montrent les auteurs.

Ils concluent que la réduction des admissions pour IDM est d’environ 20% et qu’elle n’est pas liée à l’intensité de l’épidémie de Covid-19, la région la moins touchée par la pandémie étant aussi celle qui enregistre un nombre d’IDM "manquants" plus élevé en comparaison du nombre de décès par Covid-19 (36% contre 18%).

L'explication la plus probable est une autolimitation dans l'accès aux soins.

Les chercheurs estiment que "cette baisse du nombre d’hospitalisations pour IDM pèsera lourd indirectement dans le bilan total des décès liés à l’épidémie". Dans ces 2 régions, sur la période de 7 semaines étudiées, ils évoquent un chiffre proche de 600 patients qui ont présenté un infarctus sans être hospitalisés quand dans la même période 1.800 patients sont décédés du Covid-19, est-il précisé dans un communiqué du CHU de Lille.

Des campagnes de communications efficaces

Les auteurs ont aussi étudié l’impact des campagnes de communication de santé publique.

Ils rappellent qu’à l’échelle nationale, la Société française de cardiologie (SFC) a publié début avril 2020 un communiqué de presse pour rappeler les symptômes de l’infarctus du myocarde et le caractère prioritaire du traitement des urgences cardiovasculaires tandis que le gouvernement relayait un message de santé publique à cet égard dans le même temps.

A l’échelle régionale, si les Hauts de France ont mené une campagne de communication spécifique pendant 2 semaines début avril, aucune campagne particulière supplémentaire n’était réalisée en Pays de la Loire.

En étudiant les admissions pour IDM sur toute la période de l’étude (1er janvier-17 mai), les auteurs observent que dans les Hauts-de-France, le déclin des infarctus du myocarde a commencé avant le confinement (-25% une semaine avant le confinement, pour atteindre -56% la première semaine du confinement) et est redevenu normal en 6 semaines (trois semaines avant la fin du confinement).

En Pays de la Loire, la dynamique est très différente avec une diminution progressive des admissions pour IDM au début du confinement, et un retour à la normale, progressif également, après la fin du confinement.

Ils estiment que la campagne réalisée dans les Hauts-de-France a permis d'accélérer le retour à la normale, plus rapide qu'en Pays de la Loire.

Le CHU de Lille rappelle l’importance de la continuité de soins, notamment dans le domaine des maladies cardiaques, même en période Covid.

Source: APMnews

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