Télésurveillance de l'insuffisance cardiaque : un impact organisationnel varié dans les services de cardiologie hospitaliers

Publié le vendredi 17 mars 2023
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BÂLE (Suisse), 16 mars 2023 (APMnews) - La télésurveillance de l'insuffisance cardiaque avec le système Chronic Care Connect* Cardiologie (Air Liquide) a entraîné des modifications organisationnelles dans les services de cardiologie hospitaliers français l'ayant adopté, de nature variée, montre une étude qualitative publiée dans l'International Journal of Environmental Research and Public Health (IJERPH).

La télésurveillance des patients atteints d'insuffisance cardiaque a fait l'objet de nombreuses études sur son intérêt clinique et médico-économique, mais peu de données sont disponibles sur son impact organisationnel, soulignent Sarah Alami d'Air Liquide Santé International, qui a financé l'étude, et ses collègues.

La Haute autorité de santé (HAS) a publié en décembre 2020 un guide pour aider à l'évaluation de l'impact organisationnel de ces systèmes de télésurveillance, avec une définition de cette notion et la proposition de critères d'évaluation, rappellent les auteurs. Cette évaluation de l'impact organisationnel est désormais incluse dans l'évaluation faite par la Commission nationale d'évaluation des dispositifs médicaux et technologies de santé (Cnedimts), ajoutent-ils.

Ils ont ainsi réalisé une enquête standardisée sur la perception par les professionnels hospitaliers de l'impact organisationnel de la mise en oeuvre du système Chronic Care Connect* pour la télésurveillance des insuffisants cardiaques. Un questionnaire a été envoyé à 31 services de cardiologie utilisant ce système pour l'insuffisance cardiaque, dont 29 ont répondu (couvrant 63% des patients télésuivis par ce système sur la période d'étude). Plusieurs professionnels ont répondu dans la plupart des services: des cardiologues dans 27 services et des infirmières dans 18 services. La plus grande partie des services participants étaient du secteur public (83%) et 17% du secteur privé.

Parmi les services ayant répondu, 96% estimaient que la télésurveillance du patient était associée à un raccourcissement du délai de prise en charge après une décompensation cardiaque.

Les infirmières sont très impliquées dans la reconnaissance des alertes (96% des services répondants) tandis que les cardiologues interviennent moins à cette étape (55%). Les étapes du diagnostic après une alerte, de la réponse à l'alerte, et de l'intervention après une alerte impliquaient autant les cardiologues que les infirmières, mais ces dernières y consacraient 10h par semaine en moyenne contre 2h pour les médecins, ces durées dépendant aussi du nombre de patients télésuivis.

Les trois quarts des services géraient les alertes du lundi au vendredi aux heures de bureau.

Plus de la moitié des services (55%) ont alloué spécifiquement un temps de consultation externe pour les alertes urgentes, et ce, à partir de l'introduction de la télésurveillance pour 88% d'entre eux.

En outre, 62% des services ont créé une structure organisationnelle dévolue à la titration des médicaments de l'insuffisance cardiaque chronique -pour deux tiers d'entre eux, après le déploiement du système de télésurveillance.

Une procédure d'admission directe en service de cardiologie pour les urgences a été mise en place par 86% des services, afin d'éviter de passer par le service des urgences. Pour 84% d'entre eux, cette procédure a été initiée au moment de l'introduction du système de télésurveillance.

Une équipe spécifique dans 83% des services

Une équipe spécifique à la télésurveillance a été mis en place dans 83% des services. Dans les autres, le nombre de patients était jugé insuffisant pour justifier une équipe spécifique, ou les moyens financiers étaient insuffisants. Cette équipe intégrait dans tous les cas au moins un cardiologue, et dans 83% des cas au moins une infirmière. Cela représentait en moyenne 1,3 équivalent temps plein (ETP).

La plupart du temps, le recours à la télésurveillance n'a pas nécessité d'équipement supplémentaire, du moment que le service disposait d'ordinateurs et d'une ligne téléphonique à cet effet. Quatre services ont cependant financé la création d'une salle de télésurveillance spécifique.

Les professionnels interrogés ont rapporté des difficultés à assurer la continuité des soins lorsque des membres de l'équipe étaient en congés.

Par ailleurs, une formation à l'utilisation du dispositif et à la gestion quotidienne de leur maladie est nécessaire pour les patients. Cette formation prenait en moyenne quatre heures par patient sur une période de 12 mois, selon les professionnels ayant répondu à l'enquête, soit six semaines pour un professionnel de santé à temps plein pour former 50 patients.

Dans la moitié des services, les cardiologues ont pu déléguer certaines procédures médicales aux infirmières, qu'elles soient limitées à la détection des alertes, la prescription d'examens de laboratoire standards ou la modification du traitement sous la supervision d'un cardiologue, ou que cette délégation de tâches soit plus large et faite dans le cadre d'un accord avec les autorités de santé.

Cette étude montre "une grande variété de structures organisationnelles", ce qui nécessite d'évaluer les impacts clinique et économique de ces modèles et de diffuser les pratiques les plus performantes, commentent les auteurs.

Une étude quantitative est en cours à partir du système national des données de santé (SNDS) à ce sujet, qui doit compléter les données qualitatives recueillies dans cette étude à partir des perceptions des professionnels de santé, indiquent-ils. Cette étude permettra d'évaluer les impacts sur le taux de ré-hospitalisation et la durée de séjour aux urgences ou en hospitalisation, ainsi que les impacts clinique et économique, en fonction de la structure organisationnelle et des ressources humaines du service.

(IJERPH, publication en ligne du 28 février)

Source: APMnews

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