Première xénogreffe cardiaque : un rejet atypique, la cause infectieuse encore non démontrée

Publié le jeudi 23 juin 2022
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WASHINGTON, 23 juin 2022 (APMnews) - Le premier patient ayant bénéficié d'une xénogreffe cardiaque semble être décédé, en mars, d'une dysfonction du greffon mais dont les caractéristiques apparaissent atypiques et le rôle potentiel d'un virus porcin reste à élucider, selon un article de l'équipe de la faculté de médecine du Maryland à Baltimore publié mercredi dans The New England Journal of Medicine (NEJM).

En janvier, l'University of Maryland School of Medicine (UMSOM) avait annoncé la première greffe au monde d'un coeur de porc génétiquement modifié chez un homme de 57 ans au stade terminal d'une arythmie, trois jours après l'intervention puis son décès en mars. L'équipe indiquait ensuite en mai avoir identifié la présence d'un cytomégalovirus porcin sans toutefois pouvoir établir son rôle dans la mort du patient.

Dans le Brief Report publié mercredi, le Dr Bartley Griffith et ses collègues de l'UMSOM -avec également des employés de Revivicor et le groupe auquel elle est rattachée, United Therapeutics, qui développent ces greffons génétiquement modifiés- détaillent la procédure suivie, notamment la surveillance des éventuels virus porcins et les traitements mis en oeuvre.

L'évolution clinique du patient à J43 après la transplantation suggérait une infection: il commençait à être somnolent, il a été intubé puis une hypotension s'est développée. Une radio pulmonaire a montré une infiltration et la bronchoscopie a mis en évidence des ulcères diffus superficiels dans les voies respiratoires primaires et secondaires, évoquant une infection virale ou fongique, malgré le traitement prophylactique qui était en cours.

Les analyses ont mis en évidence la présence d'un cytomégalovirus porcin ou pCMV, qui était "inattendue" en raison de l'ensemble des mesures de prévention qui avaient été mises en oeuvre sur le greffon avant la transplantation puis après l'intervention, commentent les chercheurs.

"Il est incertain que la détection du pCMV par la présence de l'ADN dans le plasma ou par test PCR représente le virus en réplication dans le xénogreffon ou chez le receveur ou encore de la perte de matériel génétique issu du xénogreffon", ajoutent-ils.

C'est à J56 qu'une biopsie du greffon a mis en évidence un rejet humoral de grade 1 selon la classification ISHLT, avec 40% des myocytes nécrosées, des lésions irréversibles. A l'examen post mortem, le coeur pesait 600 g, contre 328 g lors de l'intervention, et l'analyse histopathologique a donné des résultats qui "ne correspondaient pas à un rejet typique".

Le dysfonctionnement du greffon, en parallèle à un déconditionnement cardiovasculaire sévère du patient et une évolution postopératoire compliquée, a conduit à un sevrage compassionnel des soins palliatifs plus avancés à J60 post-greffe. "Des études supplémentaires sont en cours pour caractériser les mécanismes pathophysiologiques qui ont entraîné ces lésions", indiquent les chercheurs.

Dans un éditorial associé, Elizabeth Phimister, rédactrice en chef du NEJM, revient sur les techniques de modification génétique des xénogreffons en particulier, rappelant qu'en théorie, elles permettent de réduire le risque de zoonose, notamment les rétrovirus endogènes porcins dans le cas rapporté.

"Le coeur transplanté fonctionnait normalement, sans rejet humoral apparent. Une insuffisance diastolique est survenue au 49e jour après la transplantation pour des raisons qui ne sont pas encore connues […]. Savoir si cette infection a contribué à la dysfonction du greffon ou à la détérioration clinique du patient est un point à éclaircir", commente-t-elle, ajoutant que les analyses préliminaires d'échantillons des régions thoracique et abdominale du patient ne montrent pas de signe d'infection par le pCMV.

Source: APMnews

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