Les hospitalisations pour valvulopathies non rhumatismales en forte progression (BEH)

Publié le mardi 11 février 2020
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SAINT-MAURICE (Val-de-Marne), 11 février 2020 (APMnews) - Les valvulopathies non rhumatismales avec hospitalisation ont progressé de 43% entre 2006 et 2016, alors que la mortalité pour ce type d'atteinte est restée stable, selon deux études publiées mardi dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).

A l'inverse, les valvulopathies rhumatismales avec hospitalisation et la mortalité associée ont diminué d'environ 42% sur les mêmes périodes, relève le BEH.En France, la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam) a estimé qu'en 2016, 341.500 personnes ont été prises en charge pour une valvulopathie, ce qui a représenté 1,12 milliard d’euros de dépenses pour l'assurance maladie.

Clémence Grave de Santé publique France et ses collègues ont mené une étude observationnelle de l'incidence des valvulopathies et leur évolution en France entre 2006 et 2016 en utilisant les données médico-administratives françaises. Ils ont aussi étudié la mortalité qui lui est associée, entre 2000 et 2014.

Les données recueillies ont permis de classer les valvulopathies selon trois groupes étiologiques: non rhumatismale, rhumatismale, ou congénitale.

L'incidence des valvulopathies non rhumatismales en forte croissance

En 2006, le taux d’incidence annuelle standardisé des patients hospitalisés pour valvulopathies rhumatismales était de 36,3/100.000 personnes-années. Ce taux a augmenté de 43% en 10 ans pour atteindre 52,1/100.000 personnes-années en 2016. "L’augmentation était la plus importante chez les patients de plus de 75 ans", précisent les auteurs.

Ils justifient cette croissance par le vieillissement de la population (et par l'augmentation des valvulopathies d'origine dégénérative) et par une meilleure prise en charge des patients. "De plus, l'implantation d'une valve aortique par voie percutanée s'est fortement développée ces dernières années et permet désormais de prendre en charge les patients chez qui la chirurgie est contre-indiquée", estiment-ils. Selon eux, cette tendance devrait se poursuivre.

En outre, les taux d’incidence annuelle étaient plus élevés à l’Ouest qu’à l’Est de la France ainsi que dans les départements proches de Rouen, de Toulouse et de Clermont-Ferrand. "Cela pourrait en partie s’expliquer par une prise en charge hospitalière importante des rétrécissements aortiques dans les CHU de ces trois villes, et notamment à Rouen où ont été effectués les premiers TAVI (Transcatheter Aortic Valve Implantation)", notent les auteurs.

Le taux de mortalité standardisé pour valvulopathies non rhumatismales était de 11,8/100.000 personnes-années (âge moyen: 85 ans) et est resté stable entre 2000 et 2014. Il reflétait néanmoins des évolutions différentes en fonction de l’âge: une diminution annuelle moyenne significative de la mortalité avec valvulopathie était observée dans les classes d’âge les plus jeunes (de -2 à -8% par an) alors qu’elle augmentait chez les patients de plus de 85 ans (de 1,5 à 3,4%).

"L’amélioration de la prise en charge des valvulopathies et de leurs facteurs de risque pourraient expliquer la stabilité de la mortalité avec valvulopathie non rhumatismale", notent les auteurs. Et notamment chez les plus jeunes, permettant un décès à un âge plus avancé.

Des disparités régionales sont à noter, avec une mortalité pour valvulopathies non rhumatismales plus élevée au Nord-Ouest. Ces disparités départementales de mortalité ne sont pas totalement superposables aux disparités d’incidence des patients hospitalisés pour valvulopathies. Selon les auteurs, des différences de pratiques ou d'accès aux soins entre les départements pourraient en être à l'origine.

L'incidence des valvulopathies rhumatismales diminue

À l’inverse, le taux d’incidence annuelle standardisé des patients hospitalisés pour valvulopathies rhumatismales a diminué de 42% entre 2006 et 2016, passant de 5,4/100.000 personnes-années à 3,1/100.000 personnes-années.Des disparités départementales ont été observées, avec une incidence d’hospitalisations pour valvulopathies rhumatismales plus élevée en Ile-de-France, dans les DOM-TOM et dans le Sud-Est de la France.

Pour les auteurs, ces observations sont en accord avec la littérature et une meilleure prise en charge des angines à streptocoques A.

Les taux d'incidence plus élévés "pourraient être en lien avec l’épidémiologie du rhumatisme articulaire aigu et avec les mouvements de population", expliquent-ils. "L’incidence du rhumatisme articulaire aigu est faible de nos jours dans les pays occidentaux, mais reste élevé dans les pays en développement. Or, selon les données de l’Insee, la part des immigrés dans la population totale est la plus importante en Ile-de-France, dans le Sud-Est et en Guyane. Cela peut en partie expliquer les disparités départementales des valvulopathies rhumatismales."
 
Le taux de mortalité standardisé des valvulopathies rhumatismales était de 3,5 pour 100.000 personnes-années en 2014. Ce taux a diminué de 42,6% entre 2000 et 2014 et concernait toutes les classes d’âge. La diminution annuelle moyenne la plus importante était observée pour les patients décédés entre 45 et 65 ans (-4,7 à -5,4%).

Valvulopathies congénitales

Le taux d’incidence annuelle standardisé des patients hospitalisés pour valvulopathies congénitales était de 1,1/100.000 personnes-années en 2016, stable depuis 2006. Le taux de mortalité standardisé était aussi stable entre 2000 et 2014 autour de 0,056/100.000 personnes-années.

Source: APMnews

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