Le soutien nutritionnel réduit de 50% la mortalité des insuffisants cardiaques chroniques à risque de dénutrition

Publié le jeudi 3 juin 2021
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APM news

WASHINGTON, 31 mai 2021 (APMnews) - Le soutien nutritionnel, à base de protéines, micronutriments et vitamines, diminue de moitié le risque de mortalité des patients insuffisants cardiaques chroniques à risque de dénutrition et tend à abaisser le nombre d'évènements cardiovasculaires majeurs par rapport à la nourriture hospitalière standard, selon une étude publiée dans le Journal of the American College of Cardiology (JACC).

L'insuffisance cardiaque est une pathologie caractérisée par une forte mortalité. De plus, elle peut être associée à une malnutrition.

Plusieurs études ont suggéré que la malnutrition chez les patients insuffisants cardiaques chroniques pouvait conduire à une perte de poids en quelques mois. Jusqu'à 40% des patients seraient concernés. Ce phénomène s'expliquerait par différents facteurs comme la vieillesse, l'existence de comorbidités, un oedème intestinal entraînant une malabsorption, une inflammation provoquant une perte d'appétit…

D'autres études ont montré que lors d'une hospitalisation, ces patients ont un risque plus élevé de détérioration de leur statut nutritionnel (l'équilibre entre l'apport de nutriments et la dépense de ceux-ci).

Pour prévenir les effets secondaires associés à la malnutrition, les recommandations sont d'apporter aux patients un soutien nutritionnel. Certaines études ont suggéré que ce dispositif induirait une diminution de la mortalité des patients en quelques mois. Néanmoins, les preuves étaient insuffisantes pour confirmer un tel bénéfice. Par ailleurs, par manque d'essais, il n'existe pas de recommandation spécifique sur le soutien nutritionnel des insuffisants cardiaques.

L'équipe de chercheurs de Lara Hersaberg de l'université de Bâle en Suisse a comparé l'impact d'un soutien nutritionnel à une alimentation classique de patients insuffisants cardiaques lors d'une hospitalisation.

L'étude multicentrique et randomisée s'est déroulée auprès d'une cohorte de 645 patients insuffisants cardiaques: 324 ont reçu un support nutritionnel à base de vitamines, micronutriments, minéraux et protéines par voie orale principalement (les voies entérale ou intraveineuse ont également été utilisées chez certains patients) et 321 ont reçu les plats classiques de l'hôpital (sans restriction liée au sel ou aux liquides).

Les patients ont été séparés en deux groupes en fonction de leur score NRS (Nutritional Risk Screening) 2002, un outil de dépistage du risque de dénutrition et malnutrition: ceux ayant un score inférieur à 4, soit des patients présentant un risque de dénutrition modéré, et ceux ayant un score supérieur à 4, ayant un risque élevé à très élevé de dénutrition et malnutrition.

Grâce au soutien nutritionnel, les patients du groupe d'intervention ont eu un apport énergétique quotidien moyen plus élevé par rapport à ceux du groupe contrôle (1.419 kcal vs 1.190 kcal) ainsi que plus de protéines (53,4 g contre 46,7 g).

A la sortie de l'hôpital, 25,2% des patients du groupe d'intervention ont reçu un soutien nutritionnel oral supplémentaire en ambulatoire, contre seulement 0,9% des patients du groupe témoin.

Après 30 jours d'hospitalisation, 8,4% des patients du groupe ayant reçu le soutien nutritionnel sont décédés, contre 14,8% des patients du groupe contrôle. En analysant les scores NRS, le soutien nutritionnel a montré plus d'avantages chez les patients ayant un score élevé (supérieur à 4) -qui ont un risque de décès plus élevé- par rapport aux patients ayant un risque nutritionnel modéré.

Après 180 jours, la mortalité était plus statistiquement significative: 31,5% patients du groupe contrôle sont décédés, contre 26,5% chez ceux ayant reçu le soutien nutritionnel.

Pour comprendre ce résultat, les chercheurs ont analysé plusieurs paramètres du NRS (indice de masse corporelle, sévérité de la maladie, perte de poids involontaire ou d'appétit…). Ils ont estimé que les apports alimentaires de la semaine précédente avaient une forte association avec la mortalité. Ainsi, les patients ayant mangé moins de 50% ou moins de 25% des apports alimentaires recommandés avaient un risque plus élevé de décès.

Par ailleurs, 17,4% des patients avec soutien nutritionnel ont déclaré un évènement cardiovasculaire majeur dans les 30 jours contre 26,9% des patients avec un régime alimentaire classique de l'hôpital.

Il n'y avait pas de différence entre les deux groupes sur les admissions en soins intensifs ou sur la durée de séjour à l'hôpital.

La qualité de vie a été jugée meilleure pour les patients avec soutien nutritionnel.

"Le risque nutritionnel était fortement associé à une mortalité à court et à long termes, corroborant les rapports précédents dans cette population de patients", notent les chercheurs. "Nos données démontrent que le risque de mortalité est 30 à 50% plus élevé chez les patients insuffisants cardiaques ayant des scores NRS élevé ou très élevé, supérieurs à 4 ou 5" sur six mois, pointent-ils. Les résultats "prouvent que les patients bénéficiant d'un accompagnement nutritionnel ont un risque de mortalité réduit de 50%", ajoutent-ils.

"L'amélioration de la mortalité observée dans notre étude peut être en partie expliquée par des améliorations de certaines fonctionnalités associées au soutien nutritionnel. Deux principaux mécanismes mènent à la malnutrition dans l'insuffisance cardiaque, les patients qui ont un oedème de la paroi intestinale provoquant une malabsorption, et une inflammation de bas grade entraînant une perte d'appétit central et de la fatigue", soulignent-ils.

Ces données soutiennent aussi l'idée que dépister la malnutrition/dénutrition à l'hôpital et l'instauration d'une stratégie de soutien nutritionnel individualisée dans cette population de patients seraient intéressants.

Des essais supplémentaires sont nécessaires pour valider leurs résultats et notamment évaluer l'impact du soutien nutritionnel après l'hospitalisation.

Source: APMnews

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