Cardiologie interventionnelle : l'incidence des cancers triplée chez des enfants exposés au cathétérisme cardiaque

Publié le jeudi 17 juin 2021
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PARIS, 16 juin 2021 (APMnews) - Le taux d'incidence des cancers chez des enfants souffrant de cardiopathie congénitale et pris en charge en cardiologie interventionnelle est apparu 3 fois plus élevé que dans la population générale, selon des données d'une cohorte française présentées mardi au e-congrès de la Société française de radioprotection (SFRP).

Kossi Abalo de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a rappelé lors de sa présentation que les enfants présentaient "une radiosensibilité élevée aux rayonnements ionisants du fait de l'immaturité de leurs tissus et organes", et que leur longue espérance de vie était "compatible avec la survenue d'une pathologie radio-induite à long terme".

Il a pointé que si les expositions médicales à visée diagnostique délivraient des doses de rayonnements "faibles, parfois modérées", elles étaient itératives et pouvaient avoir des effets tardifs.

Dans le domaine de la cardiologie interventionnelle, les actes diagnostiques et thérapeutiques "supplantent de loin la chirurgie lourde" mais impliquent la délivrance de doses de rayonnements ionisants comprises entre 3 millisieverts (mSv) et plus de 100 mSv, a-t-il noté.

Le chercheur a présenté les résultats de l'étude COCCINELLE, qui est une cohorte nationale multicentrique rétrospective visant à étudier le risque de cancer après cardiologie interventionnelle pédiatrique. Elle est menée auprès d'enfants souffrant de cardiopathie congénitale et pris en charge avant l'âge de 16 ans dans 15 centres de cathétérisme cardiaque en France, entre 2000 et 2013.

"Une étude récente a montré que chez les patients pédiatriques recevant tout un ensemble d'examens de radiodiagnostic, on a mis en évidence que le cathétérisme cardiaque ne représentait que 1,5% de l'ensemble des examens réalisés mais qu'en termes de doses, cet examen cumulait à lui seul plus de 60% des doses efficaces cumulées", a rappelé le chercheur.

L'analyse a été réalisée à partir des données de 17.104 patients. L'âge médian à la première procédure était d'un peu plus de 2 ans, les enfants ayant moins de 1 an dans environ 40% des cas. La grande majorité des cas (environ 80%) n'avaient reçu qu'une seule procédure.

Au cours du suivi réalisé jusqu'à fin 2015, 59 des enfants avaient développé un cancer, les plus fréquents étant des leucémies (15), des lymphomes (23) et des tumeurs du système nerveux central (6).

Le calcul des taux d'incidence des cancers dans cette cohorte (ratio d'incidence standardisée) a révélé un risque multiplié par 3,4 et significatif de développer un cancer chez les enfants sujets à un cathétérisme cardiaque, par rapport à la population générale française.

Le risque était multiplié par 2,3 pour les leucémies, 11 pour les lymphomes et 3,4 pour les cancers solides. Le surrisque pour les tumeurs du système nerveux central (+90%) n'était pas statistiquement significatif.

"On a aussi montré que les excès de cancers étaient statistiquement significatifs quel que soit le nombre de procédures reçues par les patients, avec une tendance non significative à l'augmentation", a précisé Kossi Abalo.

Une sous-analyse réalisée grâce aux données du système national des données de santé (SNDS) sur 9.533 des patients de la cohorte a révélé qu'après exclusion des sujets porteurs de facteurs de prédisposition au cancer (notamment syndrome de Down et transplantation), le surrisque de cancer en lien avec l'exposition aux rayonnements ionisants en cardiologie interventionnelle n'était plus significatif.

"Cette étude nous a permis de mettre en évidence des taux d'incidence des cancers 3 fois plus élevés chez les patients exposés au cathétérisme cardiaque pendant l'enfance, en comparaison avec la population générale", a conclu Kossi Abalo. Pour la suite, il sera "important de regarder ces résultats à la lumière des doses qui sont réellement reçues par ces patients", a-t-il précisé.

Source: APMnews

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