Cancers digestifs : une étude montre l'importance de la mortalité cardiaque

Publié le jeudi 24 juin 2021
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WASHINGTON, 21 juin 2021 (APMnews) - Les patients atteints d'un cancer gastro-intestinal majeur ont une mortalité cardiaque qui a un impact significatif sur leur pronostic, les décès de causes cardiaques survenant plus tôt que les décès d'autres causes, et de plus, la chimiothérapie, la radiothérapie ou la combinaison de traitements pourraient jouer un rôle, selon une étude publiée dans JAMA Network Open.

La mortalité des cancers gastro-intestinaux peut provenir de différentes causes: spécifiques au cancer ou liée à des troubles pulmonaires, des maladies cardiovasculaires, des cancers secondaires et parfois à des séquelles de la chimiothérapie. Toutefois, l'association entre les décès pour causes cardiaques et les cancers gastro-intestinaux n'est pas bien définie.

Daryl Ramai du Brooklyn Hospital Center de New York aux Etats-Unis et ses collègues italiens ont étudié la mortalité cardiaque spécifique chez les personnes atteintes de cancers gastro-intestinaux majeurs (colorectal, oesophage, estomac, pancréas et hépatocellulaire).

Ils ont analysé les données extraites de la base nationale du registre américain Surveillance, Epidemiology and End Results Registry (SEER). Au total, les données de 359.032 patients ayant reçu une chimiothérapie ou une radiothérapie ou une combinaison de traitements adjuvants pour leur cancer gastro-intestinal ont été analysées.

Plus précisément, 87,4% avaient un cancer colorectal, 5,9% gastrique, 2,6% hépatocellulaire, 2,1% de l'oesophage et 2% du pancréas. La plupart des cancers étaient localisés, à l'exception des cancers du pancréas dont la moitié avait une atteinte régionale ou à distance.

Toutes les tumeurs gastro-intestinales majeures étaient associées à une mortalité cardiaque survenant plus précocement que la mortalité non cardiaque (les causes de mortalité non cardiaque ne sont pas détaillées): la durée de survie médiane était de 121 mois vs 287 mois pour les autres causes.

Les patients atteints d'un cancer hépatocellulaire avaient la durée médiane de survie cardiaque la plus courte (98 mois), derrière ceux atteints d'un cancer pancréatique (105 mois), du cancer de l'oesophage et de l'estomac (113 mois) et du cancer colorectal (122 mois).

Dans le détail, le taux de survie cardiaque des patients atteints d'un cancer colorectal était de 89,3% à 10 ans et 4,9% à 15 ans, contre 97,7% à 10 ans et 62,3% à 15 ans pour la survie "hors causes cardiaques de décès".

Les patients atteints d'un cancer de l'oesophage avaient un taux de survie cardiaque de 85,7% à 10 ans et 3,9% à 15 ans contre 97,1% à 10 ans et 60,8% à 15 ans pour les autres causes de mortalité. Chez ceux atteints d'un cancer gastrique, le taux de survie cardiaque était de 87,1% à 10 ans et de 3,7 % à 15 ans par rapport aux autres causes mortalité (97,5% à 10 ans et 62% à 15 ans). Ceux avec cancer du pancréas avaient un taux de survie cardiaque spécifique de 84,6% à 10 ans et 2,8% à 15 ans (par rapport à la mortalité d'autres causes de 98,2% à 10 ans et 68,1% à 15 ans).

Concernant les patients atteints par un carcinome hépatocellulaire, les chercheurs n'ont pas été en mesure de déterminer la survie médiane de ces patients pour les autres causes de mortalité.

En évaluant l'impact du type de traitement, pour le cancer colorectal par exemple, le taux de survie cardiaque était plus faible chez ceux ayant reçu une chimiothérapie seule à 15 ans (0% vs 74,8% pour les autres causes de mortalité) et chez ceux ayant reçu une radiothérapie seule (1,9% vs 59%). Il n'était pas meilleur non plus chez les patients ayant été opérés (5,2% vs 58,7% à 15 ans) et ceux ayant eu un traitement combiné radiothérapie + chimiothérapie (2,7% vs 68,9%). Des résultats similaires ont été observés pour les autres cancers.

En analysant les facteurs associés à la mortalité cardiaque, les chercheurs montrent que les femmes atteintes d'un cancer colorectal étaient moins susceptibles de décéder pour cause cardiaque.

Plusieurs hypothèses ont été avancées par les chercheurs pour expliquer ces résultats, notamment l'effet des traitements. "Ces cancers sont couramment traités par des antimétabolites, des agents alkylants et des inhibiteurs de microtubules" dont certains peuvent "avoir un effet cardiotoxique", être associés à "un risque accru de maladie thrombo-embolique veineuse, à des perturbations de la conduction électrique" ou encore à des "arythmies et des épanchements péricardiques", avancent-ils.

Les rayonnements ionisants peuvent aussi avoir un effet cardiaque. "Notre étude a trouvé que les patients atteints d'un cancer de l'oesophage ayant reçu une radiothérapie avaient un taux de survie cardiaque le plus faible [17% à 15 ans]". Or, "la proximité étroite de l'oesophage vis-à-vis du coeur peut conduire à un risque de rayonnement accidentel pendant le traitement du cancer", observent les chercheurs.

Par ailleurs, l'équipe précise que des études cliniques sur les cancers du sein, du poumon et du lymphome hodgkinien ont démontré une association entre l'irradiation thoracique et des effets cardiovasculaires.

Toutefois, d'autres études sont nécessaires pour déterminer les mécanismes sous-jacents.

Source: APMnews

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