Arrêts cardiaques hospitaliers et Covid-19: une mortalité très élevée, même après réanimation cardio-pulmonaire

Mis à jour le jeudi 8 octobre 2020
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LONDRES, WASHINGTON, 1er octobre 2020 (APMnews) - Les arrêts cardiaques intra-hospitaliers sont fréquents chez les patients atteints d’une forme grave de Covid-19 et sont associés à une très faible survie en particulier chez les patients âgés, selon les résultats d’une étude américaine menée sur plus de 5.000 patients publiée jeudi dans le British Medical Journal (BMJ).

Une étude américaine menée sur une plus petite cohorte de patients Covid-19 ayant présenté un arrêt cardiaque intra-hospitalier et dont les résultats ont été publiés lundi dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) suggère un pronostic encore plus sévère, avec une mortalité de 100%.

Plusieurs rapports ont fait état d’un pronostic si mauvais pour les patients atteints d’une forme grave de Covid-19 subissant un arrêt cardiaque à l’hôpital, que l’intérêt de la réanimation cardio-pulmonaire dans ce contexte fait débat.

Afin d’estimer l’incidence et les facteurs de risque des arrêts cardiaques intra-hospitaliers ainsi que le pronostic associé à la réanimation cardio-pulmonaire chez les patients atteints d’une forme grave de Covid-19, Salim Hayek du Frankel Cardiovascular Center à Ann Arbor (Michigan) et ses collègues ont mené une large étude de cohorte multicentrique.

Ils ont étudié les données de 5.019 patients atteints d’une forme grave de Covid-19 hospitalisés dans 68 unités de soins intensifs réparties sur l’ensemble des Etats-Unis et inclus dans l’étude STOP-COVID.

Parmi eux, 14% ont présenté un arrêt cardiaque à l’hôpital, après 7 jours en moyenne. Sur l’ensemble des patients en arrêt cardiaque, 57,1% ont reçu une réanimation cardio-pulmonaire.

Dans une analyse multivariée, plusieurs caractéristiques ont été associées à un risque accru d’arrêt cardiaque à l’hôpital: être admis dans un hôpital ne disposant que d’un faible nombre de lits de soins intensifs, un âge plus avancé, être noir de peau et présenter un score mSOFA (permettant d’estimer la sévérité du Covid-19) plus élevé à l’admission. La maladie coronaire et l’insuffisance cardiaque congestive n’étaient pas associées aux arrêts cardiaques à l’hôpital.

Au total, 93,2% des patients ayant fait un arrêt cardiaque à l’hôpital sont morts, dont 42,9% n’avaient pas reçu de réanimation cardio-pulmonaire car ils avaient demandé que celle-ci ne soit pas tentée.

La majorité des patients en arrêt cardiaque était non choquable (73%) au moment de la réanimation cardio-pulmonaire, c’est-à-dire qu’ils présentaient une activité électrique mais sans pouls (49,8%) ou une asystole (23,8%).

Si 33,8% des patients qui ont bénéficié d’une réanimation cardio-pulmonaire ont retrouvé une circulation spontanée au bout de 6 minutes en médiane, seuls 12% ont survécu et sont sortis de l’hôpital et seuls 7% avec un état neurologique normal ou légèrement altéré.

La survie diminuait avec l’âge: 21,2% des patients âgés de moins de 45 ans survivaient contre seulement 2,9% des plus de 80 ans.

Dans une analyse multivariée, un âge de plus de 80 ans, le sexe masculin, l’admission dans un hôpital ne disposant que d’un faible nombre de lits de soins intensifs étaient indépendamment associés à un risque de décès accru après une réanimation cardio-pulmonaire, alors que le score mSOFA ne l’était pas.

Les auteurs estiment qu’environ un patient sur 7 atteints d’une forme grave de Covid-19 connaît un arrêt cardiaque à l’hôpital, qui est associé à une faible survie, en particulier chez les patients âgés.

Ils soulignent que la forte association entre l’admission dans un hôpital ne disposant que de peu de lits de soins intensifs et un risque plus important d’arrêt cardiaque intra-hospitalier suggère un effet majeur des ressources hospitalières, de leur expertise et de la pression existante sur l’unité sur le pronostic des patients.

En outre, ces arrêts cardiaques sont principalement de causes non cardiaques puisque les trois quarts des patients sont non choquables au moment de l’arrêt cardiaque (73% présentant une activité électrique sans pouls ou une asystole), ajoutent les auteurs. Ces derniers pointent l’insuffisance respiratoire et les évènements prothrombotiques largement décrits chez les patients atteints de Covid-19 comme contributeurs majeurs des arrêts cardiaques observés dans ce contexte.

Une mortalité de 100% dans un hôpital américain

Dans une Research Letter publiée lundi dans le JAMA, Shrinjaya Thapa du William Beaumont hospital à Royal Oak (Michigan) et ses collègues analysent les données d’une cohorte de 1.309 patients atteints de Covid-19 et admis au Beaumont Health à Royal Oak entre le 15 mars et le 3 avril.

Parmi eux, 4,6% ont présenté un arrêt cardiaque intra-hospitalier (au bout de 8 jours en médiane après leur admission en soins intensifs) et ont subi une réanimation cardio-pulmonaire.

Dans 96,3% des cas, le rythme cardiaque initial des patients était non choquable, avec une absence de pouls dans 81,5% des cas et une asystole dans 14,8% des cas.

Si plus de la moitié des patients en arrêt (53,7%) ont retrouvé une circulation spontanée au bout de 8 minutes en médiane, aucun n’a survécu.

Les auteurs estiment que les risques et les avantages d'une réanimation cardio-pulmonaire prolongée doivent être discutés pour ce sous-groupe de patients, notamment parce que le processus de réanimation génère des aérosols qui peuvent exposer le personnel soignant à un risque accru de contracter le Sars-CoV-2.

(BMJ, publication en ligne du 1er octobre; JAMA, publication en ligne du 28 septembre)

Source : APMnews

Mots clés: Facteurs de risque Facteurs de risque

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