Les antiépileptiques inducteurs enzymatiques associés à un risque cardiovasculaire plus élevé

Publié le jeudi 7 octobre 2021
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WASHINGTON, le 6 octobre 2021 (APMnews) - L'exposition aux médicaments antiépileptiques inducteurs enzymatiques est associée à un risque d'événements cardiovasculaires plus élevé dans le temps chez les patients épileptiques, selon une étude publiée lundi dans le JAMA Neurology.

Chez les personnes épileptiques les facteurs de risque cardiovasculaires, tels que l'hypertension, la dyslipidémie, le diabète de type 2 et la fibrillation atriale, sont courants au moment du diagnostic.

Plusieurs études suggèrent que ces personnes présentent un risque élevé de maladies cardiovasculaires, notamment de cardiopathie ischémique, d'accident ischémique transitoire (AIT), d'accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique et hémorragique, par rapport à la population générale. Ce phénomène pourrait être associé à l'épilepsie elle-même et au traitement médicamenteux, ainsi qu'aux comportements sédentaires ou encore au tabagisme.

Colin Josephson, de l'Université de Calgary au Canada, et ses collègues, ont étudié l'influence des antiépileptiques inducteurs enzymatiques sur le risque d'événements cardiovasculaires.

Pour cette étude, ils ont analysé les données de trois cohortes : une de 31 479 personnes diagnostiquées après le 1er janvier 1990, une de 7 501 patients diagnostiqués après 1998, et une de 3 790 patients qui avaient plus de 65 ans au moment du diagnostic, le 1er janvier 1990 ou après.

Les participants dans le groupe traité étaient définis comme les patients ayant reçu au moins 4 prescriptions consécutives d'un antiépileptique inducteur enzymatique - la carbamazépine, l'eslicarbazépine, l'oxcarbazépine, le phénobarbital, la phénytoïne, la primidone, le rufinamide ou le topiramate - les 4 premiers mois après leur diagnostic.

L'analyse a été réalisée en appariant les patients des différentes cohortes en fonction d'un score de propension.

Sur la première cohorte, 11 803 participants ont été exposés à des antiépileptiques inducteurs enzymatiques contre 19 976 participants sans ces médicaments. L'âge médian de ces participants au moment du diagnostic était de 32 ans. La durée médiane de suivi était de 9 ans (10 pour ceux sous antiépileptiques inducteurs enzymatiques contre 8 chez les non-traités).

En tenant compte de l'âge au moment du diagnostic, du sexe, des comorbidités et du statut socio-économique, le groupe avec des antiépileptiques inducteurs enzymatiques avait un risque plus élevé de 21 % de développer une maladie cardiovasculaire que les patients non traités.

Ainsi, 1 % des patients traités ont eu un AVC ischémique contre 0,5 % dans celui sans traitement, 1,4 % ont eu un infarctus du myocarde contre 0,7 %. Enfin, 2 % des participants traités ont eu un AIT contre 1 % dans le groupe sans traitement.

Chez les personnes de plus de 65 ans (3ème cohorte), le risque d'événements cardiovasculaires était aussi présent mais statistiquement non significatif.

Effet dose-dépendant

L'incidence cumulée des événements cardiovasculaires (cardiopathie ischémique, d'AIT et d'AVC ) était légèrement plus élevée dans le groupe des participants traités au cours des 8 à 10 premières années de suivi. En revanche, passés 10 ans, il y avait une divergence importante entre les deux groupes, avec un risque accru continu dans le groupe traité aux antiépileptiques inducteurs enzymatiques, "suggérant un effet cumulatif chronique", notent les chercheurs.

Le risque d'événements cardiovasculaires était plus élevé de 54 % chez les participants du groupe traités mais recevant une dose quotidienne d'antiépileptiques doublée par rapport aux autres membres de ce groupe et sur un suivi de 25 ans. Ce résultat "suggère un effet dose-dépendant" entre le risque de maladies cardiovasculaires et la prise d'antiépileptiques inducteurs enzymatiques, indiquent-ils.

Parmi les hypothèses, ils avancent que l'utilisation à répétition de ces médicaments pourrait être liée à plusieurs mécanismes physiologiques, comme l'élévation du taux de cholestérol total, mais aussi à des augmentations des taux de lipoprotéines de basse densité (LDL), de triglycérides, de protéine C réactive et d'homocystéine.

De plus, ils ont relevé que l'épaisseur intima-média de la carotide, des marqueurs de l'infarctus du myocarde et de l'AVC, "semble être plus élevée chez les patients ayant une exposition prolongée aux antiépileptiques inducteurs enzymatiques".

Des interactions entre cette classe thérapeutique et des médicaments cardiovasculaires (anticoagulants et antihypertenseurs) lorsqu'ils sont prescrits pour la prévention primaire sont également possibles. L'équipe recommande, d'ailleurs, de poursuivre les travaux de recherche dans cette direction.

(JAMA Neurology, publication mise en ligne le 4 octobre)

Source: APMnews

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