MITRA-FR : évaluation de l’efficacité de la réparation mitrale percutanée dans l’insuffisance mitrale avec réduction de la FEVG

Publié le mercredi 29 août 2018
dans

Congrès de la Société Européenne de Cardiologie (ESC) 2018

Benjamin Essayagh

Le compte-rendu de cet essai randomisé vous est proposé par Benjamin Essayagh, interne à Nice et membre du CCF.

L’étude MITRA-FR est un essai contrôlé randomisé évaluant l'efficacité de la réparation percutanée de la valve mitrale dans l’insuffisance mitrale (IM) sévère secondaire avec réduction de la fraction d'éjection ventriculaire gauche (FEVG).

La question posée

L’objectif de MITRA-FR était de démontrer l’efficacité clinique du MitraClip en complément du traitement médical, versus le traitement médical seul, dans l'insuffisance cardiaque avec une FEVG < 40% et une insuffisance mitrale secondaire sévère.

Le principe de l’étude

Dans cette étude multicentrique étaient inclus 307 patients de 37 centres français avec une insuffisance mitrale secondaire sévère (surface d'orifice régurgitant (SOR) de > 20 mm2 ou volume régurgitant de > 30 ml par battement), et insuffisance cardiaque symptomatique (NYHA ≥ II et hospitalisés au moins une fois dans l’année précédant l’inclusion pour insuffisance cardiaque) avec fraction d'éjection ventriculaire gauche (FEVG) < 40%.

Les patients étaient randomisés en deux groupes similaires : réparation percutanée de la valve mitrale (Mitraclip) en plus du traitement médical (groupe d'intervention ; 152 patients) ou traitement médical seul (groupe témoin ; 152 patients). Le critère principal de jugement était un critère composite comprenant le décès, quelle qu'en soit la cause, ou une hospitalisation non planifiée pour insuffisance cardiaque à 12 mois.

Les principaux résultats

Critère d’évaluation composite primaire

Figure : Critère d’évaluation composite primaire (MITRA-FR, ESC 2018)

À 12 mois (avec un suivi > 99%), le critère primaire d'efficacité était de 54,6 % (83 patients sur 152) dans le groupe d'intervention et de 51,3 % (78 patients sur 152) dans le groupe témoin (RR 1,16; 95 %[IC], 0,73 à 1,84 ; P=0,53).

Le taux de mortalité, toutes causes confondues, était de 24,3 % (37 patients sur 152) dans le groupe d'intervention et de 22,4 % (34 patients sur 152) dans le groupe témoin (RR 1,11 ; IC à 95 %, 0,69 à 1,77).

Le taux d'hospitalisation non planifiée pour insuffisance cardiaque était de 48,7 % (74 patients sur 152) dans le groupe d'intervention et de 47,4 % (72 patients sur 152) dans le groupe témoin (rapport de risque, 1,13 ; IC à 95 %, 0,81 à 1,56).

A noter :

  • Une sécurité et efficacité de la technique d’implantation (0 décès péri-procédure et 0 conversion chirurgicale urgente avec ≥ 80% de fuite grade ≤ II à 1 an)
  • L’absence de différence significative dans l’analyse en sous-groupe également (FEVG ≥ ou < 30% et SOR < 30 ou > 40mm2 notamment)

Conclusion

Chez patients présentant une insuffisance mitrale secondaire sévère, la procédure de réparation percutanée de l’IM est sure et efficace (pas de complications, diminution significative de la fuite et amélioration du stade NYHA) mais ne modifie pas le pronostique du patient.

Ces résultats suggèrent que le mauvais pronostique est lié à la cardiopathie sous-jacente, plus qu’à l’insuffisance mitrale qui n’est probablement qu’un marqueur de sévérité.

Référence bibliographique

Percutaneous Repair or Medical Treatment for Secondary Mitral Regurgitation. NEJM August 27, 2018.

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