Les premières données du registre FRENSHOCK

Publié le mercredi 12 septembre 2018
dans

Congrès de la Société Européenne de Cardiologie (ESC) 2018

Clément Delmas

 
Ce résumé d’étude vous est proposé par Clément Delmas du CHU Toulouse et membre du groupe Urgences et Soins Intensifs de Cardiologie (USIC) de la Société Française de Caridologie (SFC).
 
 

Mené par le groupe USIC de la SFC avec pour objectif de déterminer la mortalité du choc cardiogénique en France, le registre FRENSHOCK a été réalisé sur une période de 6 mois entre avril et octobre 2016.

Méthodes

Afin de pouvoir être inclus, les patients devaient présenter au moins :

  • un critère de bas débit cardiaque, défini par une PAS < 90 mmHg, ou la nécessité de maintenir un traitement inotrope ou vasopresseur et/ou un bas débit cardiaque IC < 2,2 L/min/m2, mis en évidence par échocardiographie ou cathétérisme droit (1) ;
  • un critère de surcharge gauche et/ou droite défini par la clinique, l’imagerie (RT ou TDM thoracique), la biologie (élévation des peptides natriurétiques (NtproBNP > 900pg/ml ou BNP > 400 pg/ml)), l’échocardiographie et/ou le cathétérisme droit (2) ;
  • un critère de malperfusion d’organes défini cliniquement ou par la biologie (défaillance rénale ou hépatique ou élévation du lactate).

Cette définition innovante du choc cardiogénique (CC) a ainsi permis d’inclure certains patients jusqu’ici oubliés, à savoir les patients avec défaillance droite isolée, mais également ceux avec un bas débit cardiaque sans hypotension mais remplissant les critères de surcharge et de malperfusion.

Résultats

Ainsi, 772 patients présentant un CC ont été inclus dans FRENSHOCK sur 48 centres universitaires ou non, publics et privés, sur des USIC et des réanimations. Il s’agit d’un des plus gros registres prospectifs de CC quelle qu’en soit son étiologie au monde et permet déjà de faire une image du CC en France dans la vraie vie.

Les patients étaient majoritairement des hommes (71%), avec un âge médian de 66 ans (entre 18 et 98 ans). Si les facteurs de risque cardiovasculaire sont fréquents (HTA (47%), dyslipidémie (36%), diabète et tabagisme (28%)), près d’un tiers des patients n’en présentait aucun. Il s’agissait de patients co-morbides, avec notamment de fréquents antécédents de revascularisation myocardique (22% d’angioplasties), d’AOMI (12%), d’insuffisance rénale (21%), d’AVC (8%) et de BPCO (6%).

De manière très intéressante, le diagnostic de CC était majoritairement posé en se basant sur des critères purement cliniques (> 80% des cas), avec une place majeure de l’échocardiographie (>70% des cas) et un rôle faible de l’évaluation hémodynamique invasive dans moins de 10% des cas.

Les patients étaient connus pour une cardiomyopathie dans plus de 55% des cas principalement d’étiologie ischémique (53%). Leurs traitements antérieurs étaient en accord avec ces antécédents, avec fréquemment des antiagrégants (aspirine 38%), des statines (37%), des bétabloquants (41%), des bloqueurs du système rénine angiotensine (40%) et des diurétiques (furosémide 49%).

L’évaluation échocardiographique de ces patients a permis de mettre en évidence la prédominance de la défaillance biventriculaire, avec une FEVG médiane de 26% et une fonction systolique ventriculaire droite normale (TAPSE> 16mm et onde S tricuspide > 10cm/s) pour seulement 1/3 des patients.

Contrairement aux registres déjà publiés, les investigateurs pouvaient donner jusqu’à trois facteurs déclenchants par patient, afin de s’approcher des conditions réelles de la pratique clinique. Les chocs cardiogéniques non ischémiques étaient largement prédominants, puisque les CC de cette étiologie ne représentaient que 42% de la population totale (68% des IDM de type 1 et 32% des IDM de type 2). Les principales autres causes de CC étaient les arythmies supraventriculaires (15%) ou ventriculaires (14%), les facteurs déclenchants infectieux (14%), les causes iatrogènes (7%) ou encore les défauts d’observance (4%).

Conclusion

Ainsi, une coronarographie n’était réalisée pendant l’hospitalisation que chez 52% des patients. Elle s’avérait pathologique dans 81% des cas avec une répartition homogène des statuts mono, bi ou tritronculaires.
FRENSHOCK et sa définition innovante du choc cardiogénique permet une première approche descriptive du CC dans la vraie vie. Nul doute que les futures analyses apporteront plus de réponses et de pistes pour l’avenir de la prise en charge de ces patients.

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