Late Breaking Science : diminution spectaculaire en 20 ans de la morbi-mortalité cardiovasculaire du diabétique !

Mis à jour le mercredi 2 septembre 2020
dans
Antonin Trimaille

Auteur :
Antonin Trimaille - @A_Trimaille
Membre du Collège des Cardiologues en Formation, Strasbourg

Relecture : Professeur Albert Hagège, Paris

 

En direct de l'ESC Congress 2020

D’après la présentation de Christine Gyldenkerne (Aarhus, Danemark), "Nationwide trends for myocardial infarction and mortality among type 2 diabetes patients".

Messages clés

  • Plusieurs études ont retrouvé une diminution de la morbi-mortalité cardiovasculaire chez les diabétiques avec pathologie cardiovasculaire
  • Cette étude retrouve une diminution progressive depuis 1996 de l’incidence des infarctus du myocarde et de la mortalité chez les diabétiques nouvellement diagnostiqués sans pathologie cardiovasculaire préalable
  • Cette évolution semble être expliquée au moins en partie par une augmentation de la prescription des médicaments à visée cardiovasculaire chez les diabétiques

Contexte

Plusieurs études de cohorte ont montré une diminution progressive de la morbi-mortalité cardiovasculaire chez les patients diabétiques avec une pathologie cardiovasculaire1–3. En revanche, l’évolution de la prise en charge et du pronostic des patients diabétiques nouvellement diagnostiqués et sans pathologie cardiovasculaire préalable n’est pas connue.

Cette étude a pour objectif d’analyser l’évolution de l’incidence des infarctus du myocarde et de la mortalité chez des patients avec un diabète de type 2 nouvellement diagnostiqués et sans pathologie cardiovasculaire au Danemark.

Principe de l'étude

Il s’agit d’une étude de cohorte nationale comparant des patients diabétiques nouvellement diagnostiqués à une population contrôle. Les patients diabétiques ont été définis comme les individus ayant achetés pour la première fois un traitement antidiabétique entre 1996 et 2011. Cette cohorte était scindée en 4 parties selon la date du diagnostic de diabète : 1996-1999, 2000-2003, 2004-2007, 2008-2011. Ces patients étaient comparés à une population contrôle constituée d’individus de la population générale matchés sur l’âge et le sexe selon un ratio de 1:5. Les patients étaient suivis durant 7 ans et l’analyse a porté sur l’incidence des infarctus du myocarde et des décès durant cette période. L’utilisation des médicaments à visée cardiovasculaire (statines, inhibiteur de l’enzyme de conversion, antagoniste des récepteurs à l’angiotensine 2, inhibiteurs calciques, diurétiques thiazidiques, bétabloquant, aspirine) a été collectée. Les patients diabétiques de type 1, ceux âgés de moins de 30 ans et ceux avec une pathologie cardiovasculaire préexistante étaient exclus de l’étude.

Principaux résultats

Au total, 211 278 patients diabétiques ont été inclus dans l’analyse et comparés à 1 140 414 individus contrôles. Une augmentation progressive du nombre de diagnostics de diabète de type 2 a été observée au cours du temps (39 710 nouveaux diagnostics entre 1996 et 1999 vs 71 963 de 2008 à 2011). Parallèlement, l’âge moyen des patients diabétiques nouvellement diagnostiqués a légèrement diminué (passant de 62.7 ans chez les patients diagnostiqués entre 1996 et 1999 à 61.2 ans chez ceux diagnostiqués entre 2008 et 2011).

Incidence des infarctus du myocarde

L’incidence des infarctus du myocarde au cours des 7 années suivant le diagnostic de diabète de type 2 a progressivement diminué chez les patients diabétiques passant de 6.9% chez ceux diagnostiqués entre 1996 et 1999 à 2.8% chez ceux diagnostiqués entre 2008 et 2011 (Figure 1).

Figure 1. Incidence des infarctus du myocarde dans les 7 années suivant le diagnostic de diabète de type 2 selon la date du diagnostic.

En comparant la cohorte des diabétiques avec la population contrôle, on observe une réduction progressive au cours du temps de la différence d’incidence des infarctus du myocarde. Les patients diagnostiqués diabétiques entre 1996 et 1999 présentaient en effet un excès d’incidence d’infarctus du myocarde de 3.2% alors que ceux diagnostiqués entre 2008 et 2011 avaient une incidence quasiment similaire à celle de la population contrôle (différence de +0.6%) (Figure 2).

Figure 2. Comparaison de l'évolution au cours du temps de l’incidence des infarctus du myocarde entre une population de diabétiques nouvellement diagnostiqués et une population contrôle.

Mortalité

L’incidence des décès au cours des 7 années suivant le diagnostic de diabète de type 2 a progressivement diminuée passant de 28.8% chez les patients diagnostiqués entre 1996 et 1999 à 16.6% chez ceux diagnostiqués entre 2008 et 2011 (Figure 3).

Figure 3. Incidence des décès dans les 7 années suivant le diagnostic de diabète de type 2 selon la date du diagnostic.

Une réduction au cours du temps de la mortalité a été observée chez les patients diabétiques et dans la population contrôle. La diminution de mortalité a été plus importante chez les patients diabétiques : l’excès de mortalité était de 9.7% chez les patients diagnostiqués diabétiques entre 1996 et 1999 par rapport à la population contrôle et de 4.5% chez les patients diagnostiqués entre 2008 et 2011 en comparaison avec la population contrôle (Figure 4).

Figure 4. Comparaison de l'évolution au cours du temps de l’incidence de la mortalité entre une population de diabétiques nouvellement diagnostiqués et une population contrôle.

Evolution de la prise en charge cardiovasculaire des patients diabétiques

La prescription de médicaments hypolipémiants (statines) et anti-hypertenseurs (inhibiteur de l’enzyme de conversion, antagoniste des récepteurs à l’angiotensine 2, inhibiteurs calciques, diurétiques thiazidiques), à visée cardiaque (bétabloquant) et vasculaire (aspirine) a augmenté au cours du temps chez les patients diabétiques (Figure 5).

Figure 5. Proportion de patients diabétiques bénéficiant des principales classes de médicaments à visée cardiovasculaire selon la date du diagnostic de diabète de type 2.

Discussion

Cette étude retrouve une diminution progressive depuis 1996 de l’incidence des infarctus du myocarde et des décès dans les 7 années suivant le diagnostic de diabète de type 2 dans une population de patients sans pathologie cardiovasculaire préalable au Danemark.

Cette amélioration du pronostic cardiovasculaire semble être expliquée au moins en partie par une amélioration de la prise en charge thérapeutique cardiovasculaire des patients diabétiques. En plus de l’augmentation de prescription des médicaments hypolipémiants et anti-hypertenseurs, on peut imaginer que la poursuite de l’amélioration du pronostic des diabétiques de type 2 passera dans les prochaines années par l’apport de nouvelles classes médicamenteuses (inhibiteurs de SGLT-2 en particulier) et la poursuite de la prise en charge des autres facteurs de risque cardiovasculaire (sevrage tabagique, activité physique).

La principale limite de l’étude est sa nature observationnelle qui ne permet pas de conclure sur les déterminants de l’amélioration du pronostic des diabétiques de type 2. L’étude n’étant pas encore publiée, nous ne disposons pas de détails permettant de juger de la qualité du suivi des patients et de son évolution au cours du temps. Enfin, l’étude ne portant que sur la population danoise, la généralisation des résultats à d’autres pays doit se faire avec précaution. 

Conclusion

Dans cette étude, le risque d’infarctus du myocarde et de décès a diminué progressivement au cours du temps chez les patients nouvellement diagnostiqués diabétiques de type 2 et sans pathologie cardiovasculaire initialement. Cette diminution coïncide avec une augmentation de l’utilisation des médicaments cardiovasculaires hypolipémiants et cardiovasculaires.

Références bibliographiques

  1. Gregg EW, Li Y, Wang J, Rios Burrows N et al. Changes in Diabetes-Related Complications in the United States, 1990–2010. N Engl J Med 2014;370:1514–23. DOI: 10.1056/NEJMoa1310799
  2. Rawshani A, Rawshani A, Franzén S et al. Mortality and Cardiovascular Disease in Type 1 and Type 2 Diabetes. N Engl J Med 2017;376:1407–18. DOI: 10.1056/NEJMoa1608664
  3. Gregg EW, Cheng YJ, Srinivasan M et al. Trends in cause-specific mortality among adults with and without diagnosed diabetes in the USA: an epidemiological analysis of linked national survey and vital statistics data. Lancet 2018;391:2430–40. DOI: 10.1016/S0140-6736(18)30314-3

Pour en savoir plus, consultez les résultats détaillés en langue anglaise publiés lors de l'ESC 2020 : "Nationwide trends for myocardial infarction and mortality among type 2 diabetes patients".

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