Infarctus du myocarde: mieux vaut revasculariser tard que jamais !

Publié le vendredi 24 septembre 2021
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D'après Bouisset et al,  Percutaneous Myocardial Revascularization in Late-Presenting Patients with STEMI, Journal of The American College of Cardiology 2021; Vol 78, n°13: 1291-1305

Le Docteur Frédéric Bouisset (Cardiologie, CHU de Toulouse) et le Docteur Edouard Gerbaud (Cardiologie, CHU de Bordeaux) sous la direction du Professeur Jean Ferrières (Cardiologie, CHU de Toulouse) viennent de publier une étude qui va changer la pratique quotidienne.

À ce jour, la revascularisation tardive au-delà de la 12e heure des infarctus du myocarde reste un sujet très controversé. Afin de documenter l'intérêt de la revascularisation tardive dans l'infarctus du myocarde admis à l'hôpital ou en clinique entre la 12e et la 48e heure après la survenue de la douleur initiale, les auteurs ont utilisé les données de l'étude française FAST-MI qui enregistre au niveau de l'ensemble du territoire national les infarctus du myocarde depuis 2005.

Ainsi, 13 129 patients souffrant d'un infarctus du myocarde ont été analysés : les auteurs ont évalué la part des infarctus du myocarde admis tardivement en milieu hospitalier et leur suivi à long terme. 

Environ 20 % des infarctus du myocarde français sont admis tardivement à l'hôpital, après la 12ème heure de survenue des premiers symptômes. Ces infarctus tardifs sont plutôt des femmes, des sujets âgés, des diabétiques ou des hypertendus. A l'admission à l'hôpital, la douleur thoracique est moins typique et ces patients sont plus souvent admis dans les services d'urgence (70 %) par rapport à l'admission directe en cardiologie (56 %) pour les infarctus les plus précoces.  Globalement, les infarctus du myocarde vus tardivement bénéficient moins souvent d'une angioplastie coronaire : 77 % contre 87 %, avec un moins bon résultat de l'angioplastie sur l'artère responsable de l'infarctus du myocarde.

Sur l'ensemble des patients vus tardivement, c'est-à-dire au-delà de la 12e heure :

  • 68 % des patients ont finalement été revascularisés avant la 48e heure après la douleur thoracique.
  • Parmi ces infarctus vus tardivement au-delà de la 12e heure, la mortalité au premier mois est de 2,1 % s'ils sont revascularisés contre 7,2 % s'ils n'ont pas eu la chance d'être revascularisés.
  • Après un suivi de 5 ans, la mortalité est de 30 pour 1000 personnes-années chez les revascularisés contre 79 pour 1000 chez les patients qui n'ont pas été revascularisés. 
  • Après une analyse multivariée tenant compte des différents facteurs pouvant influencer le pronostic chez ces patients, on enregistre une baisse de 35 % du risque de mortalité à long terme chez les patients qui ont bénéficié d'une revascularisation coronaire.

Cette étude montre sans équivoque l'intérêt d'une revascularisation tardive de l'artère responsable de l'infarctus du myocarde jusqu'à la 48e heure. Dans tous les pays, les délais d'hospitalisation pour un infarctus du myocarde se sont allongés durant crise COVID au prix d'une augmentation significative de la mortalité des patients. Le circuit de l'hospitalisation urgente des patients souffrant d'un infarctus du myocarde reste très performant en France et il ne faudrait pas que la crise sanitaire actuelle nous fasse revenir de longues années en arrière.